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29 Sep: Le MR propose de fermer 60 gares et non 481 comme le dénonce ecolo j, voici lesquelles

Le MR propose de fermer 60 gares et non 481 comme le dénonce ecolo j, voici lesquelles

Une publication Instagram du mouvement de jeunesse du parti Ecolo, ecolo j, dénonce la volonté du président du MR de vouloir supprimer 481 gares sur les 554 que compte notre réseau belge. Une telle déclaration n’a jamais été prononcée par Georges-Louis Bouchez. Le parti libéral a, en revanche, proposé de fermer 60 gares dans le contexte des discussions budgétaires du gouvernement fédéral. Une proposition qui s’inscrit dans ce que dit l’accord de gouvernement.

© BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR / La gare de Jurbise est la 88e gare la plus fréquentée du lundi au vendredi sur un total de 554 gares.

C’est une publication Instagram qui a été partagée plus de 4000 fois, likée plus de 15.000. « Le président du MR vient d’annoncer vouloir supprimer 481 des 554 gares belges. Soit un démantèlement de 87% du réseaux ferroviaire en pleine crise climatique. C’est de la folie. » Elle est postée par deux profils : ecolo j, le mouvement de jeunesse d’Ecolo, et gaetan_b, Gaëtan De Baene, ex-conseiller communal Ecolo à Ittre.

Dans les slides suivantes, les auteurs précisent : « Ce 18/09, il affirme dans un article du Soir que les gares comme Quévy, Frameries ou même Jurbise ne devraient plus exister parce qu’elles allongent le temps de trajet entre villes, comme Mons et Bruxelles. En réalité, 481 gares belges sur 554 ont une fréquentation similaire ou inférieure à Jurbise. Le MR semble avoir trouvé une de ses prochaines cibles… Voici par ordre alphabétique les gares ciblées. Vous avez trouvé la vôtre ? Indiquez-la en commentaire, elle pourrait bientôt disparaître… » et de lister ensuite les centaines de gares qui seraient concernées.

Dans le commentaire du post ainsi que dans une autre publication de Gaëtan De Baene, deux sources sont citées. La première ce sont les statistiques publiées par la SNCB avec le nombre de voyageurs montés par gare en 2024.

Deuxième source : une interview croisée de l’économiste Bruno Colmant et du président du MR Georges-Louis Bouchez publiée dans le journal Le Soir le 18 septembre intitulée « 150.000 à 200.000 fonctionnaires en moins, c’est possible ».

Si vous voulez qu’on fasse Mons-Bruxelles en 40 minutes, vous devez alors ne plus avoir d’arrêt comme Quévy, Frameries, même Jurbise, etc.

À la première question posée par les journalistes du Soir « M. Bouchez, vous voulez supprimer 60 gares. Pourquoi ? », le président du MR répond : « Parce que les modes de transport doivent être utilisés pour remplir les fonctions qui leur ont été assignées. Les trains, c’est fait pour relier les villes entre elles. Les TGV, les grandes villes entre elles. Et les bus pour relier les villages. Le problème de la SNCB, c’est qu’on a une vitesse commerciale qui est beaucoup trop basse pour un coût qui est extrêmement élevé. Si vous voulez qu’on fasse Mons-Bruxelles en 40 minutes, vous devez alors ne plus avoir d’arrêt comme Quévy, Frameries, même Jurbise, etc. »

À aucun endroit dans l’interview, il ne fait mention de la suppression de 481 gares. À propos de Jurbise, il parle donc de « point d’arrêt ».

Extrapolation

Contacté, Gaëtan De Baene explique : « J’ai voulu montrer ce que ça donnait si on appliquait son raisonnement à la Belgique. J’ai donc pris la gare de Jurbise et j’ai regardé les fréquentations similaires. » L’auteur explique avoir repris les valeurs du tableau de la SNCB et avoir multiplié par cinq la fréquentation moyenne par jour du lundi au vendredi afin d’obtenir la fréquentation totale du lundi au vendredi. Ensuite, il a ajouté les valeurs du samedi et du dimanche pour avoir la fréquentation moyenne sur toute la semaine, comme l’a fait Le Soir avec les valeurs de 2023. L’auteur a ensuite trié son tableau en prenant les gares avec une fréquentation inférieure à celle de Jurbise. « Finalement, j’arrive à ce chiffre de 481 gares. »

Ce calcul est donc une extrapolation sur base des propos tenus par le président du MR qui, à aucun moment, n’annonce vouloir supprimer 481 de gares dans cette interview. Pourquoi ne pas avoir repris le nombre de 60 gares dont parle le journal Le Soir ? « Quand j’ai lu 60 gares dans l’article et la mention de la gare de Jurbise, je n’ai pu m’empêcher de voir qu’il y avait une très claire dissonance entre la taille de la gare de Jurbise et les 60 gares qui sont les moins fréquentées et dont il serait apparemment question. Les ordres de grandeur ne sont pas du tout comparables. La gare la plus fréquentée des 60 les moins fréquentées étant de 546 montées par semaine (Viroux) et la gare de Jurbise étant de 9509 montées par semaine en 2024. »

60 gares: celles qui comptent moins de 100 montées par jour

Contacté, Georges-Louis Bouchez clarifie ses propos. « Je n’ai bien évidemment jamais dit ça et je ne l’envisage pas la moindre seconde », précise-t-il. « Ce que j’assume, c’est qu’on a la possibilité aujourd’hui, de fermer une soixantaine de gares, celles qui sont fréquentées par moins de 100 personnes par jour. Ca veut dire que, sur une journée, il y a moins de 100 personnes qui montent et qui descendent. Pourquoi ce raisonnement ? Parce que, pour moins de 100 personnes, on peut gérer le remplacement par un bus. »

Le nombre de 481 gares n’est donc pas correct. Il s’appuie sur un raisonnement qui n’est pas celui de la proposition du MR dans le cadre des discussions budgétaires. Le parti libéral a proposé la suppression de 60 gares, celles qui ont une fréquentation de moins de 100 personnes entre le lundi et le vendredi. Il est donc possible d’établir la liste des gares visées. Les voici :

Gaëtan De Baene maintient son raisonnement : pourquoi citer Jurbise dans ce cas ? « Il n’a peut être pas dit « je vais supprimer 481 gares » mot pour mot, j’explique d’ailleurs dans mon post comment je suis parvenu à ce chiffre avec la source. Il a par contre très clairement dit que Jurbise faisait partie des arrêts qui, selon lui, devraient être supprimés. Ce qui veut dire que 480 autres gares belges ayant les mêmes fréquentations pourraient l’être si on suit son raisonnement. »

« Je ne les ai pas données en exemple pour dire qu’il fallait les fermer », répond le président du MR. « Si on veut un Bruxelles-Mons en 40 minutes, c’est techniquement possible avec des trains à 120km/h. Mais alors, il faut prévoir des trains qui ne s’arrêtent plus à ces arrêts. Est-ce que ça ne doit plus jamais s’arrêter à une gare comme Jurbise ? Je n’ai pas du tout dit ça. »

Dans la proposition du MR, il y aurait donc les 60 gares à faire disparaître et d’autres gares, où la SNCB ferait diminuer le nombre d’arrêts afin d’améliorer la vitesse commerciale.

Supprimer des gares, « une possibilité » dans l’accord de gouvernement

Le gouvernement fédéral envisage-t-il de supprimer des gares ? La proposition du MR s’inscrit en fait clairement dans l’esprit de l’accord de gouvernement. À la p103, on peut lire : « Les arrêts seront adaptés aux évolutions de la demande effective et potentielle, avec […] la possibilité de fermer d’anciens arrêts actuellement désertés par les usagers. Cet exercice prendra en compte le potentiel d’amélioration de la ponctualité, de la vitesse commerciale, des modes alternatifs de transport public et des réalités budgétaires. »

L’accord ne prévoit certainement pas de supprimer automatiquement des arrêts sur la base d’un simple seuil de fréquentation

Nous avons donc interrogé le ministre de la Mobilité fédéral, Jean-Luc Crucke (Les Engagés), pour savoir s’il était question, à l’heure actuelle de supprimer des gares. « Je n’ai aucun tabou », répond-il. « Mais l’accord ne prévoit certainement pas de supprimer automatiquement des arrêts sur la base d’un simple seuil de fréquentation. Il demande également de tenir compte de la demande actuelle et potentielle, de l’impact sur la ponctualité et la vitesse commerciale, de l’existence d’alternatives de transport public et des réalités budgétaires. Il rappelle également l’importance du train local pour l’accessibilité des zones rurales. C’est cette ligne que je défends depuis le début de la législature. »

Une gare fermée, 20.000 euros d’économie

Le ministre rappelle également que la SNCB est une entreprise publique autonome avec un cadre décisionnel bien précis. « Une fermeture ne se décide pas par une déclaration politique », explique Jean-Luc Crucke. « Elle suppose une décision de son conseil d’administration dans le cadre prévu par son contrat de service public. » Ainsi, « toute évolution doit donc être objectivée et concertée avec les autorités locales et les opérateurs de transport concernés. »

Nous sommes donc très loin des milliards d’économies recherchés

Dans le contexte de recherches d’économies par le gouvernement fédéral, le ministre fédéral propose de « remettre l’enjeu budgétaire (de cette mesure, ndlr) à sa juste proportion ». Et de détailler les économies que représente la fermeture d’une gare. « Selon les chiffres communiqués par la SNCB, fermer un point d’arrêt représente environ 20.000 euros d’économie annuelle en frais d’entretien des abords et des équipements de vente. Nous sommes donc très loin des milliards d’économies recherchés au niveau fédéral. La question des points d’arrêt doit d’abord être traitée comme une question de qualité, d’efficacité et de maillage de l’offre ferroviaire, pas comme une mesure d’assainissement budgétaire. »

En conclusion,

  • Il est faux de dire que le président du MR « vient d’annoncer vouloir supprimer 481 des 554 gares belges ». Il s’agit d’une extrapolation.
  • Le MR a en revanche bien proposé de supprimer 60 gares, celles qui comptent, en moyenne, moins de 100 montées par jour du lundi au vendredi.
  • Dans son accord de gouvernement, le gouvernement fédéral s’est donné la possibilité de fermer ou d’ouvrir des gares mais pas sur le seul critère d’un seuil de fréquentation.
  • Si fermetures il y avait, elles devraient se faire dans le cadre d’un processus décisionnel strict où le gouvernement ne peut pas décider seul. Les opérateurs de transports, comme la SNCB, et les autorités locales doivent être concertées.
Croissance à 0%, inflation, faillites record, chômage en hausse : les chiffres de l’Arizona avancés par Paul Magnette sont-ils corrects ? - Featured image

31 Août: Croissance à 0%, inflation, faillites record, chômage en hausse : les chiffres de l’Arizona avancés par Paul Magnette sont-ils corrects ?

Croissance à 0%, inflation, faillites record, chômage en hausse : les chiffres de l’Arizona avancés par Paul Magnette sont-ils corrects ?

Le président du Parti socialiste était l’invité de Matin Première, ce lundi 31 août. Au micro de Laurent Mathieu, il a dressé un bilan particulièrement sombre de la santé économique du pays et de la Wallonie, imputable selon lui aux recettes politiques qui ne fonctionnent pas du gouvernement De Wever. Il a ainsi pointé la croissance, l’inflation, les taux d’intérêt, le nombre de faillites, le taux de création de PME, le taux d’emploi et le nombre de chômeurs en Wallonie. Après vérification, la plupart des chiffres cités sont justes (croissance, inflation, taux d’intérêt, nombre de faillites, taux d’emploi), mais d’autres données sont imprécises (taux de création de PME) ou tout à fait fausses comme le nombre de demandeurs d’emploi en hausse en Wallonie.

© RTBF / Paul Magnette, invité de Matin Première, ce lundi 31 août 2026.

Au lendemain de la rentrée du Parti socialiste, son président, Paul Magnette, était l’invité de Matin Première, ce lundi 31 août. Au micro de Laurent Mathieu, il a pointé le bilan économique de l’Arizona qu’il qualifie d' »échec total ». « La croissance est à 0%, l’inflation est à 4%, les taux d’intérêt augmentent, on n’a jamais eu autant de faillites, le taux de création de PME n’a jamais été aussi bas, le taux d’emploi n’augmente pas et on a même 35.000 chômeurs en plus en Wallonie ».

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

« La croissance est à 0%”

Selon les dernières prévisions de la Banque nationale de Belgique, « sur la base des hypothèses actuelles, la croissance économique en Belgique ralentirait considérablement, tombant à un niveau quasi nul au deuxième trimestre de 2026, avant de repartir assez rapidement à la hausse. En glissement annuel, la croissance du PIB s’établirait à 0,6% cette année, contre 1% l’an dernier. »

Autrement dit, lors du dernier trimestre écoulé, la croissance économique était bien à un niveau « quasi nul », mais la croissance étant généralement évoquée sur une base annuelle, elle devrait s’établir pour l’année en cours à 0,6%.

La déclaration de Paul Magnette est donc plutôt vraie, légèrement exagérée.

“L’inflation est à 4%”

L’inflation selon l’indice européen des prix à la consommation harmonisé, est publiée mensuellement par Statbel, l’office de statistique officiel de la Belgique. Lors de son dernier rapport en août 2026, il la situait à 3,6% par rapport à aout 2026 contre 3,3% en juin et 4,0% en mai. En début d’année, elle était plutôt autour de 2% avec un bond à 4,2% en avril.

Selon les dernières prévisions de la Banque nationale de Belgique, l’inflation totale devrait atteindre 3,4% en moyenne sur l’année 2026.

L’affirmation de Paul Magnette est donc plutôt vraie, légèrement surévaluée.

“Les taux d’intérêt augmentent”

Il n’existe pas de taux d’intérêt officiel ou légal en Belgique. Cela implique donc qu’il n’y a pas une seule et unique source de référence qui permette d’établir que les taux sont à la hausse ou à la baisse. D’ailleurs, les taux d’intérêt peuvent désigner plusieurs réalités différentes.

Pour les entreprises et les particuliers, il s’agit des taux d’intérêt auxquels ils empruntent auprès de leur banque. Pour l’État, il s’agit des taux proposés par les candidats à l’acquisition de parts de la dette belge sur le marché obligataire.

Ces différents taux ne sont pas forcément identiques, mais ils se suivent puisqu’ils dépendent tous, d’une manière ou d’une autre, des « taux directeurs » fixés par la Banque centrale européenne (BCE) qui s’élevaient, lors de leur dernière mise à jour en juillet dernier à 2,25% ce qui concerne le taux de dépôt, qui sert de référence. Ce taux a été augmenté, pour la première fois depuis juillet 2025, en juin dernier en raison des craintes sur l’inflation liée à la guerre au Moyen-Orient.

Le taux précédent était de 2%, mais il était avant cela en baisse constante depuis son record de 4% en septembre 2023, au plus fort de l’inflation liée à la guerre en Ukraine et la reprise économique post-Covid.

De manière générale, lorsque ce taux directeur augmente, les taux sur le marché hypothécaire pour les particuliers ou obligataire pour les États augmentent, et c’est d’ailleurs la raison d’être de ces taux directeurs.

En ce qui concerne les taux constatés par les particuliers auprès de leur banque, l’une des références est le baromètre des taux du site immotheke-finotheker qui renseigne un taux de 4,26% pour un emprunt de 250.000 euros à taux fixe pendant 25 ans, avec apport de 20% du montant. Ce taux-là augmente sans discontinuer depuis mars 2025, et est au plus haut depuis avril 2012.

Enfin, le taux auquel la Belgique emprunte sur le marché des obligations (c’est le nom donné aux parts de la dette belge) a augmenté en août 2026 à 3,8% sur dix ans, son niveau le plus élevé depuis 2012. Là encore, l’explication provient d’une inflation élevée générée notamment par des craintes autour de la situation géopolitique au Moyen-Orient, et l’augmentation des taux directeurs de la Banque centrale Européenne, expliquait alors Jean Deboutte, directeur de l’Agence fédérale de la dette.

Paul Magnette a donc raison lorsqu’il indique que les taux d’intérêt augmentent.

“On n’a jamais eu autant de faillites”

Le nombre de faillites en Belgique est enregistré chaque mois par Statbel pour les trois régions du pays. Un décompte annuel est ensuite réalisé en fin d’année. Ce décompte annuel ne montre évidemment pas de chiffre record pour 2026 car l’année est en cours. Il montre néanmoins que, depuis l’année 2000, le record du nombre de faillites annuelles date de 2013 avec 11.740 faillites déclarées dans le pays. Les chiffres de l’année 2025 ont frôlé ce record, mais ne l’ont pas battu avec 11.685 faillites.

Pour l’année 2026, le nombre de 6947 faillites déjà référencées pour les sept premiers mois ne permet pas à lui seul de savoir si l’année en cours battra le record. Pour le déterminer, nous pouvons comparer le nombre de faillites sur les douze derniers mois et répéter cet exercice jusqu’aux données les plus anciennes en janvier 2000.

 

Cette méthode recense un total de 11.861 sur les douze derniers mois, juste en dessous du record d’avril 2026 (de 11.918 faillites sur les douze derniers mois). En 2013, le nombre le plus haut sur douze mois a été en décembre 2013 avec 11.740 faillites enregistrées.

Paul Magnette a donc raison lorsqu’il dit qu' »on n’a jamais eu autant de faillites », en Belgique, selon les données disponibles.

“Le taux de création de PME n’a jamais été aussi bas”

Le taux de création de PME représente le nombre de créations de PME « rapportées au nombre de PME assujetties à la TVE actives au 31 décembre de la précédente année », rapporte le SPF Economie sur son site. Autrement dit, s’il y a eu 110 PME créées cette année contre 100 au 31 décembre de l’année dernière, le taux de création est de 10%.

Le SPF calcule ce taux sur base des chiffres absolus de Statbel et indique pour la dernière année disponible (2024) un taux de 9,7% de création de PME. Depuis 2014, c’est le deuxième taux le plus faible après 2015 (9,5%). Toutes les autres années, ce taux était entre 10% et 11,6%.

En conclusion, le dernier chiffre disponible (2024) n’est pas forcément assez récent pour pouvoir donner une vue précise de la situation actuelle. Ce chiffre n’est pas non plus imputable à l’Arizona puisque le gouvernement De Wever a prêté serment en février 2025. Enfin, la période de 10 ans proposée par le SPF Economie est un peu courte pour conclure que ce taux n’a « jamais été aussi bas ».

Les données disponibles ne permettent donc pas de confirmer complètement l’affirmation de Paul Magnette selon laquelle ce « taux de création de PME n’a jamais été aussi bas », et si c’est le cas, cela ne peut pas être imputé au gouvernement fédéral actuel comme le sont toutes les autres affirmations.

Invité à réagir, le PS indique que même si « les chiffres les plus récents datent effectivement de 2024, […] on constate une tendance qui s’accentue ces derniers mois. Le rapport annuel PME de GraydonCreditSafe-UCM-Unizo publié en mars 2026 montre que le taux de création nette d’entreprises est toujours en diminution. Si les données ne permettent pas encore de le vérifier avec certitude, on ne peut pas affirmer que cette déclaration est fausse étant donné le contexte de récession décrit (tel que le nombre de faillites qui augmente, la baisse de la consommation des ménages qui s’aggrave avec les mesures prises telles que les sauts d’index). Tout au plus, on peut dire qu’il s’agit d’une tendance qui n’est pas encore documentée. »

“Le taux d’emploi n’augmente pas”

La mesure du taux d’emploi, c’est-à-dire le ratio entre le nombre de personnes qui travaillent et le nombre de personnes en âge de travailler est généralement estimé par l’enquête sur les forces de travail trimestrielle publiée par Statbel. En Belgique, le dernier taux, lors du 1er trimestre de 2026 pour la population de 20-64 ans était de 72,8%.

Lors de l’entrée en fonction du gouvernement Arizona, en février 2025, il était de 72,6%. Il a ensuite augmenté à 73,3% pour se stabiliser depuis trois trimestres autour de 72,7%-72,8%.

Avant cela, sur la période post-Covid 2021-2024, le taux d’emploi avait globalement augmenté de 70% à 72%.

L’affirmation de Paul Magnette selon laquelle le taux d’emploi n’augmente pas est donc vraie.

“On a même 35.000 chômeurs en plus en Wallonie”

Contacté, l’entourage de Paul Magnette indique avoir consulté les chiffres du Forem, l’Office wallon de la formation professionnelle et de l’emploi, entre 2024, dernière année d’action du précédent gouvernement wallon et 2026.

Le tableau interactif du Forem renseigne 232.490 demandeurs d’emploi en moyenne en 2024 contre 267.221 en moyenne sur l’année 2026, qui est toujours en cours. La différence est de 34.731 demandeurs d’emploi, très proche du chiffre de 35.000 cité par Paul Magnette.

© RTBF / Capture d’écran montrant une différence d’environ 35.000 demandeurs d’emploi en Wallonie entre 2024 et 2026.

Cette méthode pose cependant deux problèmes.

D’une part, le chômage est cyclique, il augmente à peu près chaque année à la même période (en juillet, lorsque les jeunes sortent de l’école ou de formation et s’inscrivent au Forem) pour baisser à peu près chaque année à la même période (souvent au mois de novembre). En conséquence, on ne peut pas comparer une année complète (2024) avec une année incomplète (2026). On ne peut pas non plus comparer deux mois différents de deux années différentes, par exemple février 2025, mois d’arrivée de l’Arizona et juillet 2026, chiffres les plus récents.

Pour contourner cet écueil, il faudrait comparer le dernier chiffre disponible (juillet 2026 : 260.484 demandeurs d’emploi) avec le même mois de 2024 (242.079 demandeurs d’emploi). La différence n’est plus que de 18.405 demandeurs d’emploi.

D’autre part, les chiffres du Forem ont subi un changement de méthodologie suite à une décision du gouvernement wallon précédent, dans lequel figurait le PS et dont la ministre de l’Emploi était Christie Morreale (PS). À travers le décret relatif à l’accompagnement orienté coaching et solutions des chercheurs d’emploi du 12 novembre 2021, tous les demandeurs d’emploi doivent désormais être inscrits au Forem, ce qui n’était pas forcément le cas avant. L’objectif de cette réforme était d’avoir une vue plus réaliste, fidèle et complète de la population à la recherche d’un emploi.

Cela concerne par exemple des jeunes qui ne touchent pas le chômage, des exclus du chômage repris au CPAS, des personnes migrantes qui arrivent dans le pays et qui n’ont pas droit au chômage. Toutes ces personnes, par le passé, n’étaient pas obligées d’être inscrites au Forem, et étaient parfois automatiquement retirées des décomptes après trois mois. Aujourd’hui, elles sont inscrites et reprises dans la catégorie « Demandeurs d’emploi libres inoccupés » sans pour autant qu’on puisse en déduire qu’il y a plus de demandeurs d’emploi qu’avant.

Ce décret est entré en vigueur en décembre 2021. Et depuis lors, c’est bien cette catégorie de demandeurs d’emploi libres qui a explosé : 12.273 personnes en janvier 2022, 112.787 aujourd’hui, en partie avant les vagues d’exclusion du chômage qui sont venues grossir ce groupe, en partie après.

Car à cette réforme s’est ajoutée la réforme du chômage du gouvernement fédéral excluant les demandeurs d’emploi de plus de deux ans et les jeunes en stage d’insertion, ce qui a drastiquement fait baisser deux catégories (les demandeurs d’emplois demandeurs d’allocation, et les jeunes demandeurs d’emploi en stage d’insertion) mais qui a continué à alimenter la catégorie des demandeurs d’emploi libres inoccupés.

Autrement dit, en raison de ces deux réformes, les comparaisons statistiques sont impossibles.

La comparaison la plus pertinente, car elle évite l’effet de ceux des réformes, et la plus récente, consistera à comparer le dernier mois avant les premiers effets de la réforme du chômage (février 2026) avec d’autres mois de février, et sans tenir compte du nombre de demandeurs d’emploi sans les libres inoccupés.

  • Février 2024 : 170.758
  • Février 2025 : 172.719
  • Février 2026 : 171.215

Cette comparaison donne alors des chiffres tout à fait stables, avec moins de 500 demandeurs d’emploi en plus en deux ans.

Paul Magnette a donc tort lorsqu’il indique qu’il y a 35.000 demandeurs d’emploi en plus en Wallonie. Et si le chiffre existe bel et bien sur le site du Forem, il ne tient pas compte des ruptures statistiques provoquées par la réforme de l’inscription au Forem et l’exclusion du chômage après deux ans.

Contacté, le PS conteste cette analyse et indique que « si l’on compare la moyenne des sept premiers mois de 2024 et la moyenne des sept premiers mois de 2026, on constate qu’il y avait 227.583 demandeurs d’emploi en 2024 contre 267.221 en 2026, soit une progression de 39.638 demandeurs d’emploi ».

Or ce calcul est à nouveau influencé par l’obligation d’inscription de tous les demandeurs d’emploi qui fausse les comparaisons. « Nous prenons en compte le nombre total de demandeurs d’emploi pour évaluer la situation sur le marché du travail car cela permet de neutraliser les changements réglementaires qui maquillent les chiffres du chômage sans que ces personnes ne soient réellement retournées à l’emploi », conteste le PS pour qui « On ne peut pas dire que le chiffre est faux. On peut tout au plus dire qu’il n’est pas possible de vérifier si, sans la réforme du chômage, il y aurait eu davantage ou moins de chômeurs indemnisés. »

Le PS maintient donc sa présentation des chiffres du chômage en Wallonie, malgré les ruptures statistiques expliquées.

En conclusion

Paul Magnette a globalement raison sur la plupart des sept points factuels évoqués sur La Première ce lundi matin. La croissance est bien proche de 0%, l’inflation proche des 4%, les taux d’intérêt qui augmentent, le nombre de faillites à un record, et le taux d’emploi qui n’augmente pas.

En revanche, les données disponibles ne permettent pas de trancher définitivement le fait que le taux de création de PME est au plus bas, ni de confirmer une augmentation de 35.000 demandeurs d’emploi en Wallonie. Sur ce dernier point, les comparaisons prudentes évitant les ruptures statistiques montrent plutôt un nombre de chômeurs stable en Wallonie, contrairement à ce qu’indique Paul Magnette.

Pourquoi ces publications qui font le lien entre les incendies en Gironde et l'installation de panneaux photovoltaïques sont trompeuses - Featured image

31 Juil: Pourquoi ces publications qui font le lien entre les incendies en Gironde et l’installation de panneaux photovoltaïques sont trompeuses

De nombreux internautes établissent une corrélation entre les parcelles incendiées en France ces dernières semaines et l’installation de centrales solaires, sous-entendant que les incendies seront volontairement allumés à cette fin. Ces affirmations sont infondées : les zones touchées par ces incendies ne correspondent pas aux localisations de projets photovoltaïques. De plus, la législation encadre strictement les localisations d’installations de centrales solaires. En outre, les incendies comme ceux qui font rage dans les forêts du Sud-ouest, font toujours l’objet d’investigations poussées pour en déterminer les causes et aucun élément des enquêtes ne pointe à ce stade une responsabilité des entreprises de panneaux photovoltaïques.

Non, les packs d’eau ne seront pas interdits à la vente à partir du 12 août 2026 à cause de l’Union européenne - Featured image

08 Juil: Non, les packs d’eau ne seront pas interdits à la vente à partir du 12 août 2026 à cause de l’Union européenne

Non, les packs d’eau ne seront pas interdits à la vente à partir du 12 août 2026 à cause de l’Union européenne

Des utilisateurs du réseau social X et une eurodéputée française indiquent que les bouteilles d’eau ne pourront plus être vendues par paquets avec emballage plastique à partir du mois d’août. Selon eux, un nouveau texte imposé par l’Union européenne contraindrait les supermarchés à vendre les bouteilles en plastique à la pièce. Un règlement européen prévoit effectivement de réduire les emballages à usage unique. Cependant, il n’est pas encore certain que les films plastiques actuellement utilisés disparaissent. Si c’était le cas, cette partie du règlement ne s’appliquerait de toute façon pas avant 2030.

© Getty Images / Image d’illustration représentant des packs d’eau dans un supermarché.

« Les packs d’eau groupés seront interdits par l’UE à partir du 12 août 2026. Vous devrez donc prendre vos bouteilles d’eau 1 par 1 au supermarché. C’est sûr qu’avec ça on va régler le problème de la canicule. Le texte de référence est le PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation – UE 2025/40) », indique un utilisateur sur le réseau social X.

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

Publié le 2 juillet 2026 par un compte définit comme « parodique », la publication de « KimJongUnique » a fait plus de 600.000 vues et a été partagée plus de 2000 fois depuis sa mise en ligne.

© Capture d’écran X / RTBF / Capture d’écran issue du réseau social X. La croix rouge a été ajoutée par la RTBF.

L’eurodéputée française Virginie Joron (Rassemblement National – Patriotes pour l’Europe) a également publié sur ses comptes Facebook et Instagram un texte qui indique que les packs d’eau allaient disparaître dans un peu plus d’un mois, en dénonçant une décision de l’Union européenne. La même publication, sur X cette fois, a accumulé plus de 195.000 « impressions » depuis sa mise en ligne le 1er juillet 2026.

« Canicule et besoin d’eau ? L’UE a encore fait fort ! Bruxelles va vous obliger à porter vos bouteilles d’eau une par une ? ! Le règlement PPWR entre en vigueur le 12 août 2026. Un des objectifs à terme : réduire les emballages groupés. Résultat concret : adieu les packs d’eau avec poignée, bonjour les bouteilles à transporter séparément. https://www.secoloditalia.it/…/lultima-genialata…/… Pour votre mal de dos, envoyez la facture de votre kiné à ceux qui ont voté pour ».

© Capture d’écran X / RTBF / Capture d’écran issue du réseau social X. La croix rouge a été ajoutée par la RTBF.

Le message de Mme Joron renvoie vers un article (version archivée ; version traduite automatiquement en français ici) du média italien « Secolo d’Italia », soutenu par l’extrême droite italienne, et titré : « La dernière idée « verte » de Bruxelles : adieu les packs d’eau, les bouteilles s’achèteront à l’unité ».

L’application d’une directive qui prend effet en 2030

Les différentes publications font référence au « PPWR ». Il s’agit de la « Packaging and Packaging Waste Regulation », soit le « Règlement relatif aux emballages et aux déchets d’emballages ».

Ce règlement 2025/40 est un acte législatif contraignant adopté par l’Union européenne qui vise à « réduire au minimum les quantités d’emballages et de déchets générés tout en réduisant l’utilisation de matières premières primaires et en favorisant la transition vers une économie circulaire, durable et compétitive ». Il vise aussi a lutter contre les PFAS, ces polluants éternels présents dans certains emballages.

Le règlement européen s’inscrit également dans le cadre d’un accord entre les États membres pour fixer un objectif de réduction de 5% d’ici à 2030 par rapport à 2018 du volume total de déchets d’emballages dans l’UE, puis de 10% en 2035 et 15% d’ici à 2040. Cet accord prévoit globalement (dans l’article 5 du texte) que tous les emballages dans l’UE devront être recyclables à partir de 2030 et effectivement recyclés « à échelle » d’ici à 2035, « de façon à encourager l’essor d’une économie circulaire ».

Le règlement européen prévoit aussi différentes catégories afin de classer les déchets en fonction de leur recyclabilité :

  • A (recyclabilité supérieure ou égale à 95%)
  • B (supérieure à 80%)
  • C (supérieure ou égale à 70%)

« Les emballages d’une classe inférieure à la classe C devraient être considérés comme techniquement non recyclables et la mise sur le marché de ces emballages devrait être soumise à des restrictions », précise le texte.

Qu’en est-il des emballages en plastique des packs de bouteilles ?

Le film plastique souple, résistant et transparent qui maintient les bouteilles d’eau ou de soda en « pack » s’appelle un film de fardelage (ou film thermorétractable). Le plastique utilisé pour fabriquer ces films est composé de Polyéthylène Basse Densité et est dénommé généralement par ses initiales : PEBD.

Ce PEBD est actuellement utilisé par les industriels, essentiellement pour trois raisons :

  • **Pratique** : lors de l’emballage en usine, le film plastique est enroulé lâchement autour des bouteilles, puis le pack passe dans un tunnel chauffant. Sous l’effet de la chaleur, le plastique se rétracte (il rétrécit) de façon uniforme pour épouser et serrer fermement les bouteilles entre elles. Ce phénomène est appelé thermorétractabilité.
  • **Flexibilité et résistance** : le PEBD possède une structure moléculaire ramifiée (ses chaînes de polymères ont beaucoup de ramifications, contrairement au PEHD rigide des bouteilles de lait). Cela lui donne sa souplesse, sa capacité à s’étirer sans se déchirer facilement, et une excellente résistance aux chocs durant le transport.
  • **Transparence** : cela permet aux consommateurs de voir la marque et le produit à travers l’emballage.

Contrairement aux films fins de l’industrie agroalimentaire qui intègrent souvent des barrières dites « complexes » (comme du polyamide), le film de fardelage des packs d’eau est historiquement un plastique 100% pur PEBD. Par ailleurs, le PEBD est recyclable, mais son processus de recyclage est plus complexe que ceux du PET ou du PEHD. Accepté par exemple dans les sacs bleus de Bruxelles-Propreté, il est parfois refusé par d’autres programmes de collecte sélective.

Que dit précisément le règlement européen au sujet de ces emballages ?

Le règlement européen 2025/40 vise la disparition, à terme, des emballages à usage unique. L’annexe V de ce PPWR prévoit spécifiquement le cas des « Emballages groupés en plastique à usage unique ». Leur usage en est restreint s’ils sont « utilisés au point de vente » et « conçus comme des emballages pratiques permettant aux consommateurs d’acheter plusieurs exemplaires du produit ou les encourageant à le faire. » Concrètement, une grande surface ne pourra plus utiliser ce type de films pour rassembler plusieurs produits, afin d’en faire une promotion spécifique, par exemple.

« Les emballages groupés nécessaires pour faciliter la manipulation », comme ceux utilisés pour assembler des bouteilles et en faire packs d’eau, sont « exclus » de ces restrictions.

L’industrie du packaging se pose actuellement la question de l’interprétation de cette annexe V : un pack de six bouteilles d’eau maintenu par un film plastique est-il jugé comme « nécessaire pour faciliter manipulation » ?

Des acteurs industriels font valoir des arguments techniques contre cette éventuelle interdiction et une interprétation restrictive qui les contraindraient à se tourner vers d’autres solutions comme le carton, par exemple. Ils jugent que son utilisation pour faire des paquets de bouteilles serait moins pertinente pour des raisons d’hygiène ou de transfert d’odeurs avec le carton humide. Par ailleurs, ils estiment que l’interdiction de ces films de fardage serait contre-productive puisqu’elle pousserait à utiliser des matériaux jugés moins vertueux.

Pourtant, le sort définitif de cette partie de l’annexe V qui concerne ces films de fardelage pour le transport vers les magasins n’est pas à 100% figé d’ici 2030. La Commission européenne a publié un document d’orientation et une FAQ (Foire Aux Questions) afin de donner des précisions sur l’application du règlement et de son Annexe V. Elle y indique notamment qu’elle fournira des lignes directrices d’ici le mois de février 2027 concernant les questions liées à l’interprétation du texte sur l’utilisation de ces films plastiques pour le transport des packs de boissons et leur manipulation.

Pas de suppression des packs en 2026, mais des changements prévus d’ici à 2030

Concernant les délais d’application, le PPWR n’est pas un texte qui rentre entièrement en vigueur à une date unique. Le règlement intègre un calendrier échelonné, où chaque catégorie de mesure a sa propre date d’application inscrite explicitement dans l’article correspondant.

La date du 12 août 2026 mentionnée dans les publications analysées correspond à la date d’application générale du règlement. La mise en application officielle du règlement a eu lieu le 11 février 2025, et elle sera mise en œuvre dans tous les pays membres à partir de ce 12 août 2026. Cela concerne notamment les limites concernant les matériaux qui contiennent des PFAS. Ce qui devient réellement illégal à partir de cette date, ce sont les emballages alimentaires contenant des PFAS au-dessus des seuils fixés.

L’article 25 du PPWR, fixe cependant une date différente et volontairement plus tardive concernant l’utilisation de certains emballages mentionnés dans l’annexe V, comme les films de fardelage : le 1er janvier 2030.

D’autres changements prévus par le PPWR impacteront également les packs d’eau, tels qu’ils sont commercialisés actuellement, à cette échéance. Il s’agit cependant d’éléments invisibles à l’œil nu :

  • Pour l’éventuel film plastique qui pourra encore entourer les bouteilles pour le transport : d’ici 2030, la loi imposera qu’il contienne au moins 35% de PEBD recyclé (rPEBD).
  • Pour les bouteilles en plastique PET : ces bouteilles devront intégrer au moins 30% de PET recyclé (rPET) en 2030, puis 65% en 2040.

Par ailleurs, des alternatives comme les bacs de plastique solides avec des bouteilles consignées en plastique réutilisables ou en verre sont possibles dans le cas où ces plastiques seraient totalement proscrits. C’est d’ailleurs un système de « consigne » qui doit être mis en place à terme par les États membres, selon le règlement PPWR.

 

Un climatiseur mobile sans tuyau de sortie, ni unité extérieure à 138 euros ? Attention, à cette arnaque - Featured image

01 Juil: Un climatiseur mobile sans tuyau de sortie, ni unité extérieure à 138 euros ? Attention, à cette arnaque

Un climatiseur mobile sans tuyau de sortie, ni unité extérieure à 138 euros ? Attention, à cette arnaque

Sur plusieurs sites et applications d’information, des publicités vantent les mérites d’un climatiseur « révolutionnaire ». Un nouveau système qui permettrait de bénéficier de la climatisation sans installation lourde, sans unité extérieure et sans tuyaux d’évacuation. Le tout pour un prix bien en dessous de ceux affichés pour des climatiseurs mobiles d’entrée de gamme. Derrière les marques Coolizi, Jiuberry, Epicooler, CollingAce ou Breezo par exemple, se cachent pourtant des arnaques.

© Capture d’écran / L’image utilisée pour illustrer l’histoire de « Thomas » l’ingénieur à l’origine de Coolix a été générée à l’aide de l’IA.

Suite à la vague de chaleur qui a touché notre pays en cette fin de mois de juin, de nombreuses personnes se sont renseignées sur les systèmes qui permettent de refroidir leurs logements, de nombreuses personnes se sont renseignées sur les systèmes qui permettent de refroidir leurs logements. Très logiquement, suivant l’algorithme de leurs recherches, elles ont ensuite été exposées à des publicités pour des climatiseurs.

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

Dans ce contexte, des publicités faisant la promotion d’un « climatiseur sans unité extérieure qui fait fureur en France », accompagnées d’un visuel marquant, sont diffusées largement sur des sites et applications d’information en Belgique francophone et en France. Suite à la diffusion de l’une de ces publicités sur le site de la RTBF et sur son application RTBF Actus, plusieurs internautes ont signalé ces contenus.

© Capture d’écran RTBF / Captures d’écran de l’application RTBF Actus (30/06/2026)

Un publireportage basé sur « une belle histoire »

Dans l’article vers lequel les internautes sont renvoyés, l’histoire commence par « Thomas », un ingénieur décrit tantôt comme lyonnais, tantôt parisien. Cet ingénieur « bouleverse l’industrie du refroidissement » avec l’invention d’un climatiseur au concept simple qui vise à « aspirer l’air chaud, le refroidir rapidement et le rejeter ». « Sans compresseur, sans réfrigérant et sans la facture d’électricité qui les accompagne ».

Après la construction d’un « prototype fonctionnel », le résultat est décrit de la sorte : « Un refroidissement réel dans n’importe quelle pièce, en moins de deux minutes, sans machines encombrants (sic.), sans réfrigérant et sans installation coûteuse ».

Suivent alors des témoignages élogieux de personnes au sujet de ce « climatiseur révolutionnaire ». Exemple : « ‘J’ai installé le prototype dans mon salon alors qu’il faisait 35°C et j’ai appuyé sur le bouton », se souvient un certain M. Beaumont. « En deux minutes, le thermomètre affichait 17°C. J’ai refait le test quatre fois pour en être certain.' »

Enfin, la page décrit un produit appelé « Coolizi », avant de le proposer à la vente via un lien, en ces termes :

  • Refroidit n’importe quelle pièce de 35 °C à 17 °C en moins de 2 minutes – testé, reproductible, constant
  • Jusqu’à 90% de consommation électrique en moins qu’une climatisation classique –
  • Fonctionne pendant des heures avec une faible consommation
  • Aucune installation requise – branchez et appuyez sur un bouton
  • Silencieux (< 40 dB) – plus silencieux qu’une bibliothèque, utilisable la nuit
  • Ultra portable (moins de 1 kg) – facile à déplacer de la chambre au bureau

Des performances irréalistes d’après les principes de la thermodynamique

Francesco Contino, professeur à l’Ecole Polytechnique de l’UCLouvain, a analysé les caractéristiques affichées de l’appareil vendu. « Les propriétés techniques décrites sur le site concernant cet appareil sont aberrantes en termes scientifiques », explique l’expert des questions énergétiques. « Il y a des incohérences évidentes en matière de respect des principes de la thermodynamique qui indiquent que la fiche technique est certainement mensongère ». Parmi les éléments, il y a notamment :

  • **Des performances irréalistes** : passer de 35 degrés à 17 degrés (- 18 degrés) en moins de 2 minutes pour « n’importe quelle pièce » est physiquement impossible pour un appareil mobile de moins de 1 kg. Un climatiseur capable d’un tel exploit nécessiterait une puissance colossale, bien loin d’un modèle portable sans installation.
  • **Consommation électrique très faible** : l’affirmation « jusqu’à 90% de consommation électrique en moins » est un argument marketing classique pour des ventilateurs ou rafraîchisseurs d’air (qui utilisent de l’eau en plus), mais ces appareils ne sont pas des climatiseurs et ne peuvent pas faire chuter la température d’une pièce entière de manière significative.
  • **Absence de tuyau d’évacuation** : pour réellement refroidir une pièce, la chaleur doit être évacuée vers l’extérieur, comme c’est notamment le cas avec les climatiseurs mobiles qui possèdent un tuyau qui doit être posé à l’extérieur afin d’évacuer l’air chaud aspiré de la pièce. Un appareil « sans installation » qui ne fait que souffler de l’air (éventuellement humidifié) peut donner une sensation d’un air rafraîchi mais ne réduit pas la température ambiante globale.

Un vrai climatiseur portable est plus lourd, en raison notamment du compresseur, et nécessite toujours un tuyau d’évacuation pour l’air chaud extrait de la pièce.

Des techniques marketings bien rodées pour organiser une arnaque

Au-delà des performances irréalistes, le prix affiché de 138 euros par pièce, et encore moins élevé en cas d’achat groupé, est particulièrement compétitif pour un appareil avec les performances affichées. Les prix d’entrée de gamme d’un climatiseur portable équipés d’un tuyau d’évacuation et d’un compresseur, élément essentiel de l’appareil qui permet de faire circuler le fluide frigorigène et d’augmenter sa pression et sa température pour permettre le transfert de chaleur, se situent entre 200 et 300 euros.

Le site frauduleux joue également sur une série de techniques marketings pour pousser à l’achat et maximiser les profits. Des supports visuels utilisés ont été générés par avec l’aide de l’IA (1, 2).

© Capture d’écran en ligne / Des visuels générés par IA sont utilisés sur des sites pour vendre des « climatiseurs révolutionnaires ».

La publicité évoque une promotion de 60% sur le prix pour afficher un prix aussi compétitif. Pour un produit dont la « demande explose », cela n’a pas de sens en tenant compte du principe économique de la loi de l’offre et de la demande. Si un produit est très demandé, son prix aura tendance a augmenté plutôt qu’à baisser s’il est conforme et légitime. Il s’agit par ailleurs d’une technique manipulatrice documentée déjà largement mise en évidence par des associations de consommateurs sous la dénomination anglophone « dark patterns ».

Autre technique mise en œuvre, la baisse de prix en fonction du volume. Au moment de passer commande, le site vous propose des offres encore plus attractives. 137,99 euros si vous achetez une pièce, mais 249,99 euros pour deux (125 euros/pièce), 339,99 euros (120 euros/pièce) pour trois et 399,99 euros pour quatre pièces (100 euros/pièce). Le consommateur est incité à acheter en volume. Dans le cas d’une fraude, comme c’est le cas ici, les auteurs de l’arnaque maximisent leurs profits en poussant à l’achat sur le volume.

Enfin, une autre technique de vente classique éprouvée et appliquée ici, jouer sur la supposée rareté ou la pénurie du produit. « Il nous reste actuellement environ 3200 unités en stock. Une fois écoulées, il faudra attendre au moins 8 semaines avant la prochaine livraison », indique la page.

Un ventilateur mural basique, s’il arrive

En faisant une recherche en ligne sur les noms des produits vendus, nous avons retrouvé une publication d’un site dédié au signalement des arnaques. Sur ce site, un article publié le 26 juin 2026 détaille une enquête menée sur un « réseau de faux climatiseurs qui écume la canicule 2026 ». Parmi les marques citées, nous retrouvons le « Coolizi ».

Dans cette publication, l’auteur explique que « Coolizi, Coolzy, Breezo, Cooling Ace, Jiuberry » sont « cinq marques de climatiseurs portables qui ne sont en réalité qu’une seule et même boutique, cachée derrière des sociétés écrans à Hong Kong et aux États-Unis » et que les produits sont en réalité expédiés depuis Guangzhou, en Chine.

Il explique également que les publireportages qui font la promotion de ces « innovations françaises » utilisent le même texte, quasiment mot pour mot et que seule des détails et la marque change.

Une autre enquête publiée par le site Clubic, évoque de son côté un autre climatiseur : « l’Epicooler ». Basé sur les mêmes caractéristiques, l’article détaille le procédé frauduleux en ligne des marques et l’utilisation d’images générées par IA. Concernant les personnes qui ont commandé ces climatiseurs, plusieurs d’entre elles indiquent qu’elles rencontrent de nombreux problèmes au niveau de la commande et dans le processus de livraison. Clubic indique : « Ceux qui reçoivent finalement un colis finissent par recevoir un ventilateur mural basique. »

Des espaces publicitaires concédés par les médias

Mais comment les publicités de ces produits frauduleux se retrouvent sur des plateformes comme celles de la RTBF ?

Une part importante de la publicité en ligne est aujourd’hui commercialisée via des plateformes d’achat et de vente automatisées. Les éditeurs de médias y mettent à disposition une partie de leurs espaces publicitaires, qui sont ensuite vendus en temps réel à des annonceurs au sein d’un écosystème de publicité programmatique.

Dans ce modèle, les médias qui commercialisent des espaces publicitaires n’entretiennent pas de relation directe avec chacun des annonceurs présents sur ces places de marché automatisées. « Malgré les mécanismes de contrôle mis en œuvre par les plateformes publicitaires et les éditeurs, certaines campagnes trompeuses peuvent exceptionnellement être diffusées avant d’être détectées puis retirées »,, indique Christophe Chantrenne, responsable des plateformes digitales de la RTBF.

En ce qui concerne les publicités renvoyant vers la page « Coolizi » depuis RTBF Actus, M. Chantenne indique qu’elles « ont été signalées et retirées des plateformes concernées ».

Encadré

Que faire si j’ai été victime de la fraude ?

Si vous avez été victime d’une de ces arnaques au climatiseur, vous pouvez contester la transaction que vous avez effectué via le site « Ma Carte ». 

Il s’agit de la possibilité de faire appel au « chargeback » ou à la rétrofacturation. Si vous avez acheté quelque chose en ligne avec Visa et que le produit a été livré en mauvais état, ne correspondait pas à ce que vous aviez acheté ou n’a pas été livré, et que le commerçant ne vous offre pas de solution, vous pourriez récupérer votre argent. 

Vous devez introduire votre contestation de paiement, généralement dans un délai de 30 à 90 jours suivant la transaction ou la date de livraison prévue.

Si vous avez utilisé la plateforme Paypal, vous pouvez ouvrir un litige.

Vous pouvez aussi signaler la fraude via la plateforme « Consumer Connect » du SPF Finances.

Les Engagés ont-ils trahi leurs promesses de campagne sur la revalorisation salariale des profs et les deux périodes supplémentaires devant la classe ? - Featured image

12 Juin: Les Engagés ont-ils trahi leurs promesses de campagne sur la revalorisation salariale des profs et les deux périodes supplémentaires devant la classe ?

Les Engagés ont-ils trahi leurs promesses de campagne sur la revalorisation salariale des profs et les deux périodes supplémentaires devant la classe ?

Une publication en ligne dénonce le décalage entre le programme électoral des Engagés et les mesures votées au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles concernant l’enseignement. Parmi ces mesures, on retrouve l’ajout de deux périodes face à la classe pour les enseignants du secondaire supérieur, sans contrepartie financière. Le décalage entre les propositions des Engagés dans leur programme avec le texte voté est manifeste. Si le sentiment d’avoir été trompé est bien réel pour certains électeurs, cet écart entre le programme et les faits ne s’apparente cependant pas, selon les politologues, à une « trahison » mais davantage à une « confrontation avec le réel ».

© © Tous droits réservés / Des personnes se rassemblent pour une manifestation d’enseignants devant le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles à Bruxelles, le jeudi 4 juin 2026.

Le vote du décret-programme en Fédération Wallonie-Bruxelles et particulièrement les mesures qui prévoient la réforme de l’enseignement suscitent la colère d’une partie du corps enseignant, d’élèves, de parents et de l’opposition. Le gouvernement MR-Les Engagés espère économiser 500 millions d’euros d’ici 2029 pour réduire le déficit budgétaire de la FWB.

Le 26 mai, plusieurs centaines de directions d’écoles de l’enseignement libre ont manifesté devant le siège des Engagés pour dénoncer les décisions du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles concernant l’enseignement. Un mouvement de grogne actif notamment du côté de l’enseignement libre, dont les liens avec l’ancien parti social-chrétien, PSC (devenu cdH, puis Les Engagés) sont historiques, qui illustre le sentiment que certains électeurs qui ont voté pour Les Engagés en 2024 se sentent aujourd’hui trahis.

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

C’est dans ce contexte que le compte « Profpascontent » a publié un « carrousel » (ndlr : une suite de plusieurs visuels à faire défiler sur les réseaux sociaux), sur son compte Instagam et sur Facebook, le 4 juin 2026. Une publication partagée par le compte « marsattackfwb », du nom du collectif d’acteurs de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles (profs, directions, parents et élèves) Mars Attack, né en mars 2026 pour contester les réformes budgétaires et scolaires de la majorité MR- Les Engagés.

La publication, constituée de dix visuels a accumulé plus de 8300 « J’aime » et près de 1000 partages depuis sa mise en ligne. La première image reprend le texte : « Désolé J’ai fait une erreur J’ai voté pour Les Engagés en 2024 ».

La légende de la publication débute par ce texte : « J’ai voté Les Engagés en 2024. Aujourd’hui, je m’en excuse. Pas parce que j’ai été déçu par une ambiance ou un changement de ton. Mais parce que j’avais fait le travail : j’avais lu leur programme. Noir sur blanc. Et aujourd’hui, je le relis, ligne par ligne, en face de ce que cette majorité MR – Les Engagés fait vraiment. Le résultat dans ce carrousel ». Plus loin on peut lire au sujet des Engagés : « Le parti du « courage de changer » fait aujourd’hui exactement l’inverse de ce qu’il m’avait promis. »

Parmi les dix visuels, nous avons choisi de vérifier plusieurs informations liées aux augmentations de salaire et aux deux périodes supplémentaires face à la classe. L’un des points clés du décret programme.

Deux heures devant la classe, prestées sans salaire supplémentaire

La cinquième visualisation de la publication analysée indique :

« PROMIS :

© Capture d’écran Instagram / Extrait d’un carrousel publié par les comptes Instagram de « Mars Attacks » et de « profpascontent ».

Ce texte fait référence à la partie du décret programme qui prévoit que les professeurs du secondaire supérieur (4e, 5e et 6e années) devront prester deux périodes supplémentaires de cours par semaine de 50 minutes dès la rentrée de l’année scolaire 2026-2027. Leur horaire va donc passer de 20 à 22 périodes de 50 minutes devant la classe. Soit une augmentation du temps de travail face à des élèves de 10%. Un accroissement du temps de travail qui engendre également du temps de travail supplémentaire, en préparation, accompagnement et corrections selon les opposants à la réforme et cela sans revalorisation salariale prévue en lien avec cette charge horaire supplémentaire.

Des mesures d’économies annoncées en octobre 2025 et votées ce 5 juin 2026 par la majorité

Cette disposition fait partie des mesures validées lors d’un vote au Parlement de la Fédération Wallonnie Bruxelles (FWB) par ce vote du décret-programme. Il s’agit de l’augmentation de la charge horaire des enseignants du secondaire supérieur sans compensation salariale.

Ces mesures s’inscrivent dans le plan d’économies annoncé en octobre 2025 par la majorité MR- Les Engagés pour réduire le déficit chronique de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elles visent à faire quelque 500 millions d’euros d’économies, sur un budget global de 15 milliards d’euros environ d’ici 2029 afin de réduire le déficit à 1,2 milliard par an, au lieu d’1,6 milliard actuellement.

Parmi les partis qui ont voté en faveur de ce décret programme le 5 juin 2026, on retrouve l’ensemble des députés Engagés, à l’exception de l’abstention de Mathilde Vandorpe.

Que disait le programme des Engagés en 2024 ?

Mais que contenait le programme des Engagés pour les élections de 2024 concernant l’enseignement et, en particulier, les propositions qui visaient le salaire et le temps de travail des enseignants ?

Le « Programme national pour les élections 2024 » des Engagés est un document de 701 pages. Parmi ces 701 pages, deux chapitres sont spécifiquement orientés « Enseignement ». Un volet « enseignement obligatoire » et un volet « enseignement supérieur et recherche », pour un total de plus de 63 pages consacrées de près ou de loin à l’enseignement.

Une revalorisation de salaire de 10% pour tous les enseignants ?

Dans un chapitre intitulé « Lutter contre la pénurie et revaloriser la fonction des enseignants », section 1.2 « Mieux rémunérer les enseignants et modifier leur statut » (ndlr : page 329-330) le programme des Engagés de 2024 indique : « Afin qu’une revalorisation salariale soit soutenable budgétairement et afin de lutter contre la pénurie, celle-ci devra être associée avec une augmentation des périodes consacrées à l’encadrement des élèves ».

Après avoir évoqué les enjeux liés aux statuts des professeurs et leur « nécessaire modernisation », le programme indique :

« En ce qui concerne l’enseignement, dans l’attente de cette modernisation et au vu du souhait de revalorisation salariale, nous souhaitons laisser le choix aux enseignants entre le statut de nomination actuel et un statut alternatif comprenant les éléments suivants :

– Un engagement sur base d’un contrat à durée indéterminée pour les enseignements qui ne sont pas déjà nommés.

– Une revalorisation salariale de minimum 10%.

– Une augmentation du temps en classe de deux périodes consacrées à l’encadrement ou au soutien des élèves, sauf en début et en fin de carrière. »

Le projet de nouveau statut « CDI », pas abouti

Le projet écrit par Les Engagés envisageait de permettre aux enseignants d’opter pour un statut « alternatif » à la nomination. Ce projet de changement de statut, vise à remplacer celui de la nomination par un CDI. Dans le programme des Engagés, ce nouveau statut « CDI » serait accompagné d’une augmentation salariale de « minimum 10% » en lien avec une augmentation « du temps en classe de deux périodes ».

Contactés par nos soins, Les Engagés indiquent : « Il n’a pas été prévu dans le programme d’augmenter de facto le salaire de tous les enseignants de 10%, mais bien de ceux qui seraient engagés en CDI. Aujourd’hui, le projet de « CDI enseignants » n’est pas encore finalisé. Cette augmentation n’est donc pas à l’ordre du jour. »

Les discussions autour du changement de statut se confrontent à d’autres contraintes budgétaires. Selon l’avant-projet de décret, un basculement généralisé vers le CDI ferait fortement augmenter les cotisations patronales supportées par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le surcoût pourrait atteindre plusieurs centaines de millions d’euros, selon Trends/Tendances. Les discussions à ce sujet sont actuellement en suspens, en l’absence de solutions concrètes. Les 10% d’augmentation salariale prévue dans ce cadre sont donc, à ce stade, gelés.

Deux périodes supplémentaires devant la classe pour les enseignants du secondaire supérieur

Concernant les deux heures supplémentaires, comme l’indique la publication sur Instagram, le décret-programme prévoit en effet le passage de 20 périodes à 22 périodes de 50 minutes supplémentaires devant la classe à partir de la rentrée 2026 pour les professeurs du secondaire supérieur.

Les enseignants de l’enseignement spécialisé ne sont pas concernés par cette augmentation du temps de travail. Par ailleurs, les enseignants qui entament leur première année d’enseignement (qui prestent plus d’un mi-temps) et ceux de plus de 60 ans peuvent bénéficier d’un aménagement équivalent sous forme de missions pédagogiques ou d’accompagnement.

Diminution de salaire prévue au prorata et augmentation de 5% pour les diplômés en quatre ans

Concernant le « retrait de 9% sur le salaire » évoqué dans le texte en cas de refus de prester les deux périodes devant la classe prévues, le décret-programme une réduction automatique de la rémunération au prorata. Si un professeur refuse de dispenser deux heures sur les 22 devenues obligatoires, il ne s’agit dès lors plus d’un temps plein.

Le salaire brut sera mécaniquement réduit à hauteur des heures non effectuées, soit une diminution mathématique d’environ 9,1% du salaire brut (2/22), puisqu’il manquerait deux heures sur 22 par rapport au salaire complet lié à un temps plein.

Enfin, l’augmentation salariale de 5% évoquée dans la publication pour « une poignée de jeunes enseignants » ne figure pas dans le nouveau décret-programme. Elle correspond aux revalorisations déjà prévues dans le cadre de la réforme de la formation initiale (master en quatre ans au lieu de trois ans d’études), un dossier distinct.

Le nouveau barème, acté le 30 janvier 2026, « s’appliquera aux titulaires d’un master en enseignement entrant dans la profession à partir de la rentrée 2027 ». Elle concernera donc, à terme, l’ensemble des enseignants qui sont dorénavant formés en quatre ans.

Un décalage justifié par la « nécessité de pérenniser notre système éducatif »

Le décret-programme voté ce 5 juin ne correspond effectivement pas au projet des Engagés de 2024. L’ambition de permettre volontairement aux enseignants de prester deux périodes supplémentaires devant la classe en échange d’une revalorisation d’au minimum 10% de salaire et de l’abandon du statut de la nomination n’est pas aboutie à ce stade.

Le passage de 20 à 22 périodes devant la classe pour les professeurs du secondaire supérieur sans augmentation salariale en contrepartie ne figure pas dans le programme. S’il envisageait une augmentation de deux heures de cours, c’était dans un cadre précis qui prévoyait, en contrepartie, une revalorisation salariale.

Du côté des Engagés, ce décalage est expliqué par la situation budgétaire. Le parti indique à la RTBF que « les décisions qui ont été prises ne l’ont pas été de gaieté de cœur. On est conscient qu’elles demandent un effort et qu’elles ne sont pas faciles ».

Les Engagés indiquent assumer ces mesures parce qu’elles sont « nécessaires pour pérenniser notre système éducatif ». « Le déficit est passé de 300 millions d’euros en 2019 à près de 1,5 milliard aujourd’hui. Sans intervention, la dette pourrait atteindre 21 milliards d’euros à l’horizon 2029. Dans un budget consacré pour plus de la moitié à l’enseignement obligatoire, essentiellement composé de dépenses salariales, les marges de manœuvre sont extrêmement limitées ». Pour le parti : « Stabiliser les finances de la Fédération n’est donc pas un choix de confort, mais une nécessité pour préserver durablement sa capacité à financer ses missions essentielles. »

Les Engagés ont-ils trahi leurs électeurs ?

Ce décalage entre le programme et les mesures votées par Les Engagés peut-il être considéré comme une trahison par les électeurs ?

Les programmes des partis sont parfois en décalage avec les mesures votées une fois au pouvoir pour plusieurs raisons : « Cela peut être de la trahison, cela peut être dû au fait qu’on promet une chose mais qu’on sait très bien qu’on ne va pas la tenir. Cela peut être la dimension qui impose de faire des compromis avec son ou ses partenaires de coalition, et on n’obtient donc pas nécessairement tout ce que l’on souhaitait. Cela peut être aussi lié la confrontation au réel », explique Jean Faniel, directeur général du CRISP (Centre de recherche et d’information socio-politiques).

Concernant le jeu des coalitions, résultat de notre système électoral proportionnel, il impose notamment de trouver des accords avec d’autres partis pour former des majorités. Aucun parti n’exécute donc son programme à la lettre.

Les élus ont une certaine autonomie par rapport à leurs programmes

« En Belgique, le mandat impératif n’existe pas. On ne confie pas aux élus un mandat auquel ils doivent se tenir sans avoir la possibilité d’avoir une certaine autonomie, une certaine indépendance, une prise de distance par rapport à leurs promesses », indique Jean Faniel.

Soit dans le cas présent parce que le parti doit faire des compromis, des concessions. Soit parce que la situation évolue et qu’il se confronte au réel.

« Dans le cas des Engagés, notamment par la voix de la ministre présidente et ministre du budget Elisabeth Degryse, il y a également l’idée de la confrontation au réel. C’est-à-dire qu’on aimerait bien faire plein de choses, mais on n’a pas les sous pour le faire », indique encore le docteur en sciences politiques. « Donc en termes d’analyse politique, on peut difficilement parler de trahison. On peut néanmoins constater qu’il y a des écarts avec ce qui a été promis, ou qui en tout cas était souhaité, ou annoncé dans le programme du parti. »

« Après, évidemment, on peut aussi entrer dans les détails. Il y a notamment un contre-rapport qui a été fait par des économistes qui montrent que la situation de la communauté française sur le plan budgétaire n’est pas aussi catastrophique que ce qui est annoncé par le monde politique », indique Jean Faniel. Ce contre-rapport estime que le diagnostic « d’insoutenabilité » des finances de la FWB repose sur une lecture contestable de la situation budgétaire de l’entité.

Des écarts réels entre le programme et les mesures votées

En dépit des nuances factuelles qui accompagnent la publication de « Mars Attacks » et « profpascontent », l’analyse des positions entre le programme des Engagés et ce que le parti a voté en matière d’augmentation de travail et des salaires dans l’enseignement montre effectivement des écarts. Ces écarts alimentent le sentiment de certains électeurs d’avoir été « trahis ».

Cependant, en Belgique, le mandat impératif n’existe pas et les élus ont une certaine autonomie et de l’indépendance par rapport aux programmes présentés lors des campagnes électorales. Par ailleurs, la constitution de coalitions impose de faire des concessions par rapport au projet présenté devant les électeurs.

Enfin, la « confrontation au réel », à savoir ici la situation budgétaire difficile de la FWB, impose parfois aux partis de revoir leurs copies. Dans ce contexte, chaque électeur est à même de se positionner sur la pertinence des choix ou des renoncements effectués par le parti pour lequel il a voté.

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