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Croissance à 0%, inflation, faillites record, chômage en hausse : les chiffres de l’Arizona avancés par Paul Magnette sont-ils corrects ?

Croissance à 0%, inflation, faillites record, chômage en hausse : les chiffres de l’Arizona avancés par Paul Magnette sont-ils corrects ? - Featured image

Author(s): Par Guillaume Woelfle et Grégoire Ryckmans

Le président du Parti socialiste était l’invité de Matin Première, ce lundi 31 août. Au micro de Laurent Mathieu, il a dressé un bilan particulièrement sombre de la santé économique du pays et de la Wallonie, imputable selon lui aux recettes politiques qui ne fonctionnent pas du gouvernement De Wever. Il a ainsi pointé la croissance, l’inflation, les taux d’intérêt, le nombre de faillites, le taux de création de PME, le taux d’emploi et le nombre de chômeurs en Wallonie. Après vérification, la plupart des chiffres cités sont justes (croissance, inflation, taux d’intérêt, nombre de faillites, taux d’emploi), mais d’autres données sont imprécises (taux de création de PME) ou tout à fait fausses comme le nombre de demandeurs d’emploi en hausse en Wallonie.

Au lendemain de la rentrée du Parti socialiste, son président, Paul Magnette, était l’invité de Matin Première, ce lundi 31 août. Au micro de Laurent Mathieu, il a pointé le bilan économique de l’Arizona qu’il qualifie d' »échec total ». « La croissance est à 0%, l’inflation est à 4%, les taux d’intérêt augmentent, on n’a jamais eu autant de faillites, le taux de création de PME n’a jamais été aussi bas, le taux d’emploi n’augmente pas et on a même 35.000 chômeurs en plus en Wallonie ».

« La croissance est à 0%”

Selon les dernières prévisions de la Banque nationale de Belgique, « sur la base des hypothèses actuelles, la croissance économique en Belgique ralentirait considérablement, tombant à un niveau quasi nul au deuxième trimestre de 2026, avant de repartir assez rapidement à la hausse. En glissement annuel, la croissance du PIB s’établirait à 0,6% cette année, contre 1% l’an dernier. »

Autrement dit, lors du dernier trimestre écoulé, la croissance économique était bien à un niveau « quasi nul », mais la croissance étant généralement évoquée sur une base annuelle, elle devrait s’établir pour l’année en cours à 0,6%.

La déclaration de Paul Magnette est donc plutôt vraie, légèrement exagérée.

“L’inflation est à 4%”

L’inflation selon l’indice européen des prix à la consommation harmonisé, est publiée mensuellement par Statbel, l’office de statistique officiel de la Belgique. Lors de son dernier rapport en août 2026, il la situait à 3,6% par rapport à aout 2026 contre 3,3% en juin et 4,0% en mai. En début d’année, elle était plutôt autour de 2% avec un bond à 4,2% en avril.

Selon les dernières prévisions de la Banque nationale de Belgique, l’inflation totale devrait atteindre 3,4% en moyenne sur l’année 2026.

L’affirmation de Paul Magnette est donc plutôt vraie, légèrement surévaluée.

“Les taux d’intérêt augmentent”

Il n’existe pas de taux d’intérêt officiel ou légal en Belgique. Cela implique donc qu’il n’y a pas une seule et unique source de référence qui permette d’établir que les taux sont à la hausse ou à la baisse. D’ailleurs, les taux d’intérêt peuvent désigner plusieurs réalités différentes.

Pour les entreprises et les particuliers, il s’agit des taux d’intérêt auxquels ils empruntent auprès de leur banque. Pour l’État, il s’agit des taux proposés par les candidats à l’acquisition de parts de la dette belge sur le marché obligataire.

Ces différents taux ne sont pas forcément identiques, mais ils se suivent puisqu’ils dépendent tous, d’une manière ou d’une autre, des « taux directeurs » fixés par la Banque centrale européenne (BCE) qui s’élevaient, lors de leur dernière mise à jour en juillet dernier à 2,25% ce qui concerne le taux de dépôt, qui sert de référence. Ce taux a été augmenté, pour la première fois depuis juillet 2025, en juin dernier en raison des craintes sur l’inflation liée à la guerre au Moyen-Orient.

Le taux précédent était de 2%, mais il était avant cela en baisse constante depuis son record de 4% en septembre 2023, au plus fort de l’inflation liée à la guerre en Ukraine et la reprise économique post-Covid.

De manière générale, lorsque ce taux directeur augmente, les taux sur le marché hypothécaire pour les particuliers ou obligataire pour les États augmentent, et c’est d’ailleurs la raison d’être de ces taux directeurs.

En ce qui concerne les taux constatés par les particuliers auprès de leur banque, l’une des références est le baromètre des taux du site immotheke-finotheker qui renseigne un taux de 4,26% pour un emprunt de 250.000 euros à taux fixe pendant 25 ans, avec apport de 20% du montant. Ce taux-là augmente sans discontinuer depuis mars 2025, et est au plus haut depuis avril 2012.

Enfin, le taux auquel la Belgique emprunte sur le marché des obligations (c’est le nom donné aux parts de la dette belge) a augmenté en août 2026 à 3,8% sur dix ans, son niveau le plus élevé depuis 2012. Là encore, l’explication provient d’une inflation élevée générée notamment par des craintes autour de la situation géopolitique au Moyen-Orient, et l’augmentation des taux directeurs de la Banque centrale Européenne, expliquait alors Jean Deboutte, directeur de l’Agence fédérale de la dette.

Paul Magnette a donc raison lorsqu’il indique que les taux d’intérêt augmentent.

“On n’a jamais eu autant de faillites”

Le nombre de faillites en Belgique est enregistré chaque mois par Statbel pour les trois régions du pays. Un décompte annuel est ensuite réalisé en fin d’année. Ce décompte annuel ne montre évidemment pas de chiffre record pour 2026 car l’année est en cours. Il montre néanmoins que, depuis l’année 2000, le record du nombre de faillites annuelles date de 2013 avec 11.740 faillites déclarées dans le pays. Les chiffres de l’année 2025 ont frôlé ce record, mais ne l’ont pas battu avec 11.685 faillites.

Pour l’année 2026, le nombre de 6947 faillites déjà référencées pour les sept premiers mois ne permet pas à lui seul de savoir si l’année en cours battra le record. Pour le déterminer, nous pouvons comparer le nombre de faillites sur les douze derniers mois et répéter cet exercice jusqu’aux données les plus anciennes en janvier 2000.

Cette méthode recense un total de 11.861 sur les douze derniers mois, juste en dessous du record d’avril 2026 (de 11.918 faillites sur les douze derniers mois). En 2013, le nombre le plus haut sur douze mois a été en décembre 2013 avec 11.740 faillites enregistrées.

Paul Magnette a donc raison lorsqu’il dit : « on n’a jamais eu autant de faillites », en Belgique, selon les données disponibles.

“Le taux de création de PME n’a jamais été aussi bas”

Le taux de création de PME représente le nombre de créations de PME « rapportées au nombre de PME assujetties à la TVE actives au 31 décembre de la précédente année », rapporte le SPF Economie sur son site. Autrement dit, s’il y a eu 110 PME créées cette année contre 100 au 31 décembre de l’année dernière, le taux de création est de 10%.

Le SPF calcule ce taux sur base des chiffres absolus de Statbel et indique pour la dernière année disponible (2024) un taux de 9,7% de création de PME. Depuis 2014, c’est le deuxième taux le plus faible après 2015 (9,5%). Toutes les autres années, ce taux était entre 10% et 11,6%.

En conclusion, le dernier chiffre disponible (2024) n’est pas forcément assez récent pour pouvoir donner une vue précise de la situation actuelle. Ce chiffre n’est pas non plus imputable à l’Arizona puisque le gouvernement De Wever a prêté serment en février 2025. Enfin, la période de 10 ans proposée par le SPF Economie est un peu courte pour conclure que ce taux n’a « jamais été aussi bas ».

Les données disponibles ne permettent donc pas de confirmer complètement l’affirmation de Paul Magnette selon laquelle ce « taux de création de PME n’a jamais été aussi bas », et si c’est le cas, cela ne peut pas être imputé au gouvernement fédéral actuel comme le sont toutes les autres affirmations.

Invité à réagir, le PS indique que même si « les chiffres les plus récents datent effectivement de 2024, […] on constate une tendance qui s’accentue ces derniers mois. Le rapport annuel PME de GraydonCreditSafe-UCM-Unizo publié en mars 2026 montre que le taux de création nette d’entreprises est toujours en diminution. Si les données ne permettent pas encore de le vérifier avec certitude, on ne peut pas affirmer que cette déclaration est fausse étant donné le contexte de récession décrit (tel que le nombre de faillites qui augmente, la baisse de la consommation des ménages qui s’aggrave avec les mesures prises telles que les sauts d’index). Tout au plus, on peut dire qu’il s’agit d’une tendance qui n’est pas encore documentée. »

“Le taux d’emploi n’augmente pas”

La mesure du taux d’emploi, c’est-à-dire le ratio entre le nombre de personnes qui travaillent et le nombre de personnes en âge de travailler est généralement estimé par l’enquête sur les forces de travail trimestrielle publiée par Statbel. En Belgique, le dernier taux, lors du 1er trimestre de 2026 pour la population de 20-64 ans était de 72,8%.

Lors de l’entrée en fonction du gouvernement Arizona, en février 2025, il était de 72,6%. Il a ensuite augmenté à 73,3% pour se stabiliser depuis trois trimestres autour de 72,7%-72,8%.

Avant cela, sur la période post-Covid 2021-2024, le taux d’emploi avait globalement augmenté de 70% à 72%.

L’affirmation de Paul Magnette selon laquelle le taux d’emploi n’augmente pas est donc vraie.

“On a même 35.000 chômeurs en plus en Wallonie”

Contacté, l’entourage de Paul Magnette indique avoir consulté les chiffres du Forem, l’Office wallon de la formation professionnelle et de l’emploi, entre 2024, dernière année d’action du précédent gouvernement wallon et 2026.

Le tableau interactif du Forem renseigne 232.490 demandeurs d’emploi en moyenne en 2024 contre 267.221 en moyenne sur l’année 2026, qui est toujours en cours. La différence est de 34.731 demandeurs d’emploi, très proche du chiffre de 35.000 cité par Paul Magnette.

© RTBF / Capture d’écran montrant une différence d’environ 35.000 demandeurs d’emploi en Wallonie entre 2024 et 2026.

Cette méthode pose cependant deux problèmes.

D’une part, le chômage est cyclique, il augmente à peu près chaque année à la même période (en juillet, lorsque les jeunes sortent de l’école ou de formation et s’inscrivent au Forem) pour baisser à peu près chaque année à la même période (souvent au mois de novembre). En conséquence, on ne peut pas comparer une année complète (2024) avec une année incomplète (2026). On ne peut pas non plus comparer deux mois différents de deux années différentes, par exemple février 2025, mois d’arrivée de l’Arizona et juillet 2026, chiffres les plus récents.

Pour contourner cet écueil, il faudrait comparer le dernier chiffre disponible (juillet 2026 : 260.484 demandeurs d’emploi) avec le même mois de 2024 (242.079 demandeurs d’emploi). La différence n’est plus que de 18.405 demandeurs d’emploi.

D’autre part, les chiffres du Forem ont subi un changement de méthodologie suite à une décision du gouvernement wallon précédent, dans lequel figurait le PS et dont la ministre de l’Emploi était Christie Morreale (PS). À travers le décret relatif à l’accompagnement orienté coaching et solutions des chercheurs d’emploi du 12 novembre 2021, tous les demandeurs d’emploi doivent désormais être inscrits au Forem, ce qui n’était pas forcément le cas avant. L’objectif de cette réforme était d’avoir une vue plus réaliste, fidèle et complète de la population à la recherche d’un emploi.

Cela concerne par exemple des jeunes qui ne touchent pas le chômage, des exclus du chômage repris au CPAS, des personnes migrantes qui arrivent dans le pays et qui n’ont pas droit au chômage. Toutes ces personnes, par le passé, n’étaient pas obligées d’être inscrites au Forem, et étaient parfois automatiquement retirées des décomptes après trois mois. Aujourd’hui, elles sont inscrites et reprises dans la catégorie « Demandeurs d’emploi libres inoccupés » sans pour autant qu’on puisse en déduire qu’il y a plus de demandeurs d’emploi qu’avant.

Ce décret est entré en vigueur en décembre 2021. Et depuis lors, c’est bien cette catégorie de demandeurs d’emploi libres qui a explosé : 12.273 personnes en janvier 2022, 112.787 aujourd’hui, en partie avant les vagues d’exclusion du chômage qui sont venues grossir ce groupe, en partie après.

Car à cette réforme s’est ajoutée la réforme du chômage du gouvernement fédéral excluant les demandeurs d’emploi de plus de deux ans et les jeunes en stage d’insertion, ce qui a drastiquement fait baisser deux catégories (les demandeurs d’emplois demandeurs d’allocation, et les jeunes demandeurs d’emploi en stage d’insertion) mais qui a continué à alimenter la catégorie des demandeurs d’emploi libres inoccupés.

Autrement dit, en raison de ces deux réformes, les comparaisons statistiques sont impossibles.

La comparaison la plus pertinente, car elle évite l’effet de ceux des réformes, et la plus récente, consistera à comparer le dernier mois avant les premiers effets de la réforme du chômage (février 2026) avec d’autres mois de février, et sans tenir compte du nombre de demandeurs d’emploi sans les libres inoccupés.

  • Février 2024 : 170.758
  • Février 2025 : 172.719
  • Février 2026 : 171.215

Cette comparaison donne alors des chiffres tout à fait stables, avec moins de 500 demandeurs d’emploi en plus en deux ans.

Paul Magnette a donc tort lorsqu’il indique qu’il y a 35.000 demandeurs d’emploi en plus en Wallonie. Et si le chiffre existe bel et bien sur le site du Forem, il ne tient pas compte des ruptures statistiques provoquées par la réforme de l’inscription au Forem et l’exclusion du chômage après deux ans.

Contacté, le PS conteste cette analyse et indique que « si l’on compare la moyenne des sept premiers mois de 2024 et la moyenne des sept premiers mois de 2026, on constate qu’il y avait 227.583 demandeurs d’emploi en 2024 contre 267.221 en 2026, soit une progression de 39.638 demandeurs d’emploi ».

Or ce calcul est à nouveau influencé par l’obligation d’inscription de tous les demandeurs d’emploi qui fausse les comparaisons. « Nous prenons en compte le nombre total de demandeurs d’emploi pour évaluer la situation sur le marché du travail car cela permet de neutraliser les changements réglementaires qui maquillent les chiffres du chômage sans que ces personnes ne soient réellement retournées à l’emploi », conteste le PS pour qui « On ne peut pas dire que le chiffre est faux. On peut tout au plus dire qu’il n’est pas possible de vérifier si, sans la réforme du chômage, il y aurait eu davantage ou moins de chômeurs indemnisés. »

Le PS maintient donc sa présentation des chiffres du chômage en Wallonie, malgré les ruptures statistiques expliquées.

En conclusion

Paul Magnette a globalement raison sur la plupart des sept points factuels évoqués sur La Première ce lundi matin. La croissance est bien proche de 0%, l’inflation proche des 4%, les taux d’intérêt qui augmentent, le nombre de faillites à un record, et le taux d’emploi qui n’augmente pas.

En revanche, les données disponibles ne permettent pas de trancher définitivement le fait que le taux de création de PME est au plus bas, ni de confirmer une augmentation de 35.000 demandeurs d’emploi en Wallonie. Sur ce dernier point, les comparaisons prudentes évitant les ruptures statistiques montrent plutôt un nombre de chômeurs stable en Wallonie, contrairement à ce qu’indique Paul Magnette.