Média Animation et le Conseil Supérieur de l’Éducation aux Médias (CSEM) ont collaboré pour réaliser une série de webinaires autour de la question « L’IA redéfinit-elle les enjeux de désinformation ? ». Dans cette 4e et dernière édition de la série, Jérémy Grosman aborde les enjeux des algorithmes de recommandation et leur lien avec les enjeux de désinformation et de polarisation. À la suite de son intervention, une table ronde entre professionnel·les de l’éducation aux médias a été organisée grâce à une méthode de travail collaborative, afin d’approfondir le propos et de le concrétiser.
Comprendre les algorithmes et leurs effets sur la désinfo
Avant d’aller plus loin dans les enjeux de ces technologies, Jérémy propose une explication détaillée de ce que sont les algorithmes. Dans un flux continu de publications en ligne, ces derniers permettent de hiérarchiser et de classifier les informations afin de permettre aux utilisateur·rices d’être en contact avec des contenus en lien avec leurs centres d’intérêt.
Il relativise également leurs effets sur la désinformation. En effet, selon une étude réalisée sur le réseau social Facebook et expliquée par Jérémy, l’utilisation d’un filtre chronologique visibiliserait davantage les informations fausses que les algorithmes de recommandation, qui permettent de réduire de plus de 60 % la mise en contact avec des contenus de désinformation.
Une étude portant sur la campagne de Trump en 2016 s’intéresse également au lien entre les médias traditionnels et les réseaux sociaux. Elle montre que les fausses informations peuvent d’abord exister sur les réseaux sociaux avant d’être relayées par les médias traditionnels. Ce n’est qu’à partir de cette deuxième étape que des pics de recherche apparaissent sur les réseaux sociaux.
La désinformation en ligne peut donc exister de manière latente et être dynamisée lorsqu’on lui donne une place publique. Cela renvoie à une propriété intrinsèque d’Internet : n’importe qui peut devenir émetteur.
Les limites conceptuelles de la désinformation et de la polarisation
Jérémy continue son propos en définissant les concepts de désinformation et de polarisation, souvent considérés comme acquis, tout en mettant en avant leurs limites.
Selon ses mots, « la désinformation est une notion qui caractérise essentiellement le processus de communication d’une information, à partir de la correction de l’information reçue : l’information est jugée erronée ou incomplète. » Selon lui, le concept de désinformation ne permet pas de rendre compte du processus contextuel de la création et de l’émission de cette désinformation.
La polarisation, quant à elle, est définie par la distance qui sépare des personnes, ou des groupes de personnes, en fonction de leurs positionnements, notamment politiques, ou de leurs attentes. Cette notion présente toutefois certaines limites.
Intuitivement, on pourrait considérer que les opinions extrêmes ou radicales sont nécessairement problématiques. Pourtant, selon le chercheur, leur existence peut aussi être le signe d’une démocratie saine, dans laquelle différentes positions peuvent s’exprimer et se confronter.
Le problème se pose lorsque les personnes qui défendent une opinion ne sont plus en mesure de répondre aux objections qui leur sont adressées. Cela peut notamment arriver lorsque les différentes parties d’un débat ne se situent pas au même niveau de discussion. Par exemple, alors qu’une personne cherche à discuter d’un problème concret, l’autre peut déplacer la discussion vers une question de valeurs. Les arguments avancés ne portent alors plus sur le même niveau et deviennent difficiles à confronter directement. C’est ce que Jérémy présente à travers la distinction entre les problèmes de premier ordre et les problèmes de second ordre.
Présentation de l’outil
La fiche pédagogique propose une vulgarisation des algorithmes et une relativisation des bulles algorithmiques. Elle propose ensuite un ensemble de questionnements permettant aux professeur·es de faire naître la discussion avec leurs élèves concernant leur environnement algorithmique.
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