Scroll Top

Le MR propose de fermer 60 gares et non 481 comme le dénonce ecolo j, voici lesquelles

Le MR propose de fermer 60 gares et non 481 comme le dénonce ecolo j, voici lesquelles - Featured image

Author(s): Par Marie-Laure Mathot

Une publication Instagram du mouvement de jeunesse du parti Ecolo, ecolo j, dénonce la volonté du président du MR de vouloir supprimer 481 gares sur les 554 que compte notre réseau belge. Une telle déclaration n’a jamais été prononcée par Georges-Louis Bouchez. Le parti libéral a, en revanche, proposé de fermer 60 gares dans le contexte des discussions budgétaires du gouvernement fédéral. Une proposition qui s’inscrit dans ce que dit l’accord de gouvernement.

C’est une publication Instagram qui a été partagée plus de 4000 fois, likée plus de 15.000. « Le président du MR vient d’annoncer vouloir supprimer 481 des 554 gares belges. Soit un démantèlement de 87% du réseaux ferroviaire en pleine crise climatique. C’est de la folie. » Elle est postée par deux profils : ecolo j, le mouvement de jeunesse d’Ecolo, et gaetan_b, Gaëtan De Baene, ex-conseiller communal Ecolo à Ittre.

Dans les slides suivantes, les auteurs précisent : « Ce 18/09, il affirme dans un article du Soir que les gares comme Quévy, Frameries ou même Jurbise ne devraient plus exister parce qu’elles allongent le temps de trajet entre villes, comme Mons et Bruxelles. En réalité, 481 gares belges sur 554 ont une fréquentation similaire ou inférieure à Jurbise. Le MR semble avoir trouvé une de ses prochaines cibles… Voici par ordre alphabétique les gares ciblées. Vous avez trouvé la vôtre ? Indiquez-la en commentaire, elle pourrait bientôt disparaître… » et de lister ensuite les centaines de gares qui seraient concernées.

Dans le commentaire du post ainsi que dans une autre publication de Gaëtan De Baene, deux sources sont citées. La première ce sont les statistiques publiées par la SNCB avec le nombre de voyageurs montés par gare en 2024.

Deuxième source : une interview croisée de l’économiste Bruno Colmant et du président du MR Georges-Louis Bouchez publiée dans le journal Le Soir le 18 septembre intitulée « 150.000 à 200.000 fonctionnaires en moins, c’est possible ».

Si vous voulez qu’on fasse Mons-Bruxelles en 40 minutes, vous devez alors ne plus avoir d’arrêt comme Quévy, Frameries, même Jurbise, etc.

À la première question posée par les journalistes du Soir « M. Bouchez, vous voulez supprimer 60 gares. Pourquoi ? », le président du MR répond : « Parce que les modes de transport doivent être utilisés pour remplir les fonctions qui leur ont été assignées. Les trains, c’est fait pour relier les villes entre elles. Les TGV, les grandes villes entre elles. Et les bus pour relier les villages. Le problème de la SNCB, c’est qu’on a une vitesse commerciale qui est beaucoup trop basse pour un coût qui est extrêmement élevé. Si vous voulez qu’on fasse Mons-Bruxelles en 40 minutes, vous devez alors ne plus avoir d’arrêt comme Quévy, Frameries, même Jurbise, etc. »

À aucun endroit dans l’interview, il ne fait mention de la suppression de 481 gares. À propos de Jurbise, il parle donc de « point d’arrêt ».

Extrapolation

Contacté, Gaëtan De Baene explique : « J’ai voulu montrer ce que ça donnait si on appliquait son raisonnement à la Belgique. J’ai donc pris la gare de Jurbise et j’ai regardé les fréquentations similaires. » L’auteur explique avoir repris les valeurs du tableau de la SNCB et avoir multiplié par cinq la fréquentation moyenne par jour du lundi au vendredi afin d’obtenir la fréquentation totale du lundi au vendredi. Ensuite, il a ajouté les valeurs du samedi et du dimanche pour avoir la fréquentation moyenne sur toute la semaine, comme l’a fait Le Soir avec les valeurs de 2023. L’auteur a ensuite trié son tableau en prenant les gares avec une fréquentation inférieure à celle de Jurbise. « Finalement, j’arrive à ce chiffre de 481 gares. »

Ce calcul est donc une extrapolation sur base des propos tenus par le président du MR qui, à aucun moment, n’annonce vouloir supprimer 481 de gares dans cette interview. Pourquoi ne pas avoir repris le nombre de 60 gares dont parle le journal Le Soir ? « Quand j’ai lu 60 gares dans l’article et la mention de la gare de Jurbise, je n’ai pu m’empêcher de voir qu’il y avait une très claire dissonance entre la taille de la gare de Jurbise et les 60 gares qui sont les moins fréquentées et dont il serait apparemment question. Les ordres de grandeur ne sont pas du tout comparables. La gare la plus fréquentée des 60 les moins fréquentées étant de 546 montées par semaine (Viroux) et la gare de Jurbise étant de 9509 montées par semaine en 2024. »

60 gares: celles qui comptent moins de 100 montées par jour

Contacté, Georges-Louis Bouchez clarifie ses propos. « Je n’ai bien évidemment jamais dit ça et je ne l’envisage pas la moindre seconde », précise-t-il. « Ce que j’assume, c’est qu’on a la possibilité aujourd’hui, de fermer une soixantaine de gares, celles qui sont fréquentées par moins de 100 personnes par jour. Ca veut dire que, sur une journée, il y a moins de 100 personnes qui montent et qui descendent. Pourquoi ce raisonnement ? Parce que, pour moins de 100 personnes, on peut gérer le remplacement par un bus. »

Le nombre de 481 gares n’est donc pas correct. Il s’appuie sur un raisonnement qui n’est pas celui de la proposition du MR dans le cadre des discussions budgétaires. Le parti libéral a proposé la suppression de 60 gares, celles qui ont une fréquentation de moins de 100 personnes entre le lundi et le vendredi. Il est donc possible d’établir la liste des gares visées. Les voici :

Gaëtan De Baene maintient son raisonnement : pourquoi citer Jurbise dans ce cas ? « Il n’a peut être pas dit « je vais supprimer 481 gares » mot pour mot, j’explique d’ailleurs dans mon post comment je suis parvenu à ce chiffre avec la source. Il a par contre très clairement dit que Jurbise faisait partie des arrêts qui, selon lui, devraient être supprimés. Ce qui veut dire que 480 autres gares belges ayant les mêmes fréquentations pourraient l’être si on suit son raisonnement. »

« Je ne les ai pas données en exemple pour dire qu’il fallait les fermer », répond le président du MR. « Si on veut un Bruxelles-Mons en 40 minutes, c’est techniquement possible avec des trains à 120km/h. Mais alors, il faut prévoir des trains qui ne s’arrêtent plus à ces arrêts. Est-ce que ça ne doit plus jamais s’arrêter à une gare comme Jurbise ? Je n’ai pas du tout dit ça. »

Dans la proposition du MR, il y aurait donc les 60 gares à faire disparaître et d’autres gares, où la SNCB ferait diminuer le nombre d’arrêts afin d’améliorer la vitesse commerciale.

Supprimer des gares, « une possibilité » dans l’accord de gouvernement

Le gouvernement fédéral envisage-t-il de supprimer des gares ? La proposition du MR s’inscrit en fait clairement dans l’esprit de l’accord de gouvernement. À la p103, on peut lire : « Les arrêts seront adaptés aux évolutions de la demande effective et potentielle, avec […] la possibilité de fermer d’anciens arrêts actuellement désertés par les usagers. Cet exercice prendra en compte le potentiel d’amélioration de la ponctualité, de la vitesse commerciale, des modes alternatifs de transport public et des réalités budgétaires. »

L’accord ne prévoit certainement pas de supprimer automatiquement des arrêts sur la base d’un simple seuil de fréquentation

Nous avons donc interrogé le ministre de la Mobilité fédéral, Jean-Luc Crucke (Les Engagés), pour savoir s’il était question, à l’heure actuelle de supprimer des gares. « Je n’ai aucun tabou », répond-il. « Mais l’accord ne prévoit certainement pas de supprimer automatiquement des arrêts sur la base d’un simple seuil de fréquentation. Il demande également de tenir compte de la demande actuelle et potentielle, de l’impact sur la ponctualité et la vitesse commerciale, de l’existence d’alternatives de transport public et des réalités budgétaires. Il rappelle également l’importance du train local pour l’accessibilité des zones rurales. C’est cette ligne que je défends depuis le début de la législature. »

Une gare fermée, 20.000 euros d’économie

Le ministre rappelle également que la SNCB est une entreprise publique autonome avec un cadre décisionnel bien précis. « Une fermeture ne se décide pas par une déclaration politique », explique Jean-Luc Crucke. « Elle suppose une décision de son conseil d’administration dans le cadre prévu par son contrat de service public. » Ainsi, « toute évolution doit donc être objectivée et concertée avec les autorités locales et les opérateurs de transport concernés. »

Nous sommes donc très loin des milliards d’économies recherchés

Dans le contexte de recherches d’économies par le gouvernement fédéral, le ministre fédéral propose de « remettre l’enjeu budgétaire (de cette mesure, ndlr) à sa juste proportion ». Et de détailler les économies que représente la fermeture d’une gare. « Selon les chiffres communiqués par la SNCB, fermer un point d’arrêt représente environ 20.000 euros d’économie annuelle en frais d’entretien des abords et des équipements de vente. Nous sommes donc très loin des milliards d’économies recherchés au niveau fédéral. La question des points d’arrêt doit d’abord être traitée comme une question de qualité, d’efficacité et de maillage de l’offre ferroviaire, pas comme une mesure d’assainissement budgétaire. »

En conclusion,

  • Il est faux de dire que le président du MR « vient d’annoncer vouloir supprimer 481 des 554 gares belges ». Il s’agit d’une extrapolation.
  • Le MR a en revanche bien proposé de supprimer 60 gares, celles qui comptent, en moyenne, moins de 100 montées par jour du lundi au vendredi.
  • Dans son accord de gouvernement, le gouvernement fédéral s’est donné la possibilité de fermer ou d’ouvrir des gares mais pas sur le seul critère d’un seuil de fréquentation.
  • Si fermetures il y avait, elles devraient se faire dans le cadre d’un processus décisionnel strict où le gouvernement ne peut pas décider seul. Les opérateurs de transports, comme la SNCB, et les autorités locales doivent être concertées.
Fact Checker Logo
EU Flag
Cofinancé par l’Union européenne