Pierre-Yves Dermagne (PS) a été interpellé sur des propos tenus à la Chambre, lors de l’interview politique de Matin Première de ce 16 octobre. ‘Le déficit public a doublé, les faillites explosent, la pauvreté repart à la hausse » avait-il résumé en évoquant le bilan actuel du gouvernement Arizona. Le déficit de l’État fédéral n’a pas doublé, les faillites d’entreprises sont bien à la hause. Quant à la pauvreté, les derniers indicateurs officiels ne montrent pas cette tendance à une augmentation mais ils datent de l’année 2025.
Pierre-Yves Dermagne était l’invité Matin Première ce vendredi 16 octobre. Lors de l’entretien, Laurent Mathieu est revenu sur les propos du chef du groupe PS à la Chambre ce mardi au sujet du gouvernement fédéral Arizona : « Vous avez eu des mots assez durs cette semaine à la Chambre sur le gouvernement. Vous avez notamment dit le déficit public a doublé, les faillites explosent, la pauvreté repart à la hausse ».
Des propos tenus lors de la séance plénière de la Chambre ce mardi 13 octobre, alors que les discussion fédérales sur le budget n’avait finalement pas abouties, et résumés dans un article de La Libre Belgique le même jour.
Interrogé sur ces chiffres, Pierre-Yves Dermagne a donné quelques explications en direct et à renvoyé vers des documents pour étayer ces propos. Ils nous ont été transmis par le PS.
1. Le déficit a-t-il doublé ?
« Commençons par le déficit public. Il était de 4,4% du PIB en 2024 à la fin de la Vivaldi à laquelle vous participiez, 5,2% en 2025, les prévisions sont de 5% pour 2026. Comment vous calculez qu’il a doublé exactement ? », interroge l’intervieweur politique de Matin Première.
« Ce n’est pas moi qui le calcule, c’est le Comité de Monitoring qui, dès juillet, dès mars même de cette année, indiquait que le déficit qui était de 17 milliards à la fin de la Vivaldi, moins 2,8% de déficit pour le gouvernement fédéral, allait passer à près de 40 milliards d’euros », indique M. Dermagne.
Dans sa réponse, le chef de file du Parti Socialiste à la Chambre évoque le futur (« allait passer »), après avoir utilisé le passé composé (« votre Arizona, a réussi à faire doubler le déficit ») devant le parlement fédéral ce mardi 13 octobre.

© Capture d’écran La Chambre / Extrait du compte rendu de la plénière du Séance plénière de la Chambre du mardi 13 octobre 2026 : https://www.lachambre.be/doc/PCRI/html/56/ip144x.html
Les documents transmis par le Parti Socialiste reprennent notamment des chiffres de la Cour des comptes d’octobre 2025. Le document indique page 18 que le déficit budgétaire du fédéral (à savoir l’entité 1 qui reprend le pouvoir fédéral et la sécurité sociale) s’élevait à -17,3 milliards à la fin de l’année 2024, soit la fin du gouvernement Vivaldi.
Pour mettre en évidence le fait que le déficit aurait doublé avec l’Arizona, le PS se réfère au dernier rapport du Comité de monitoring qui date de juillet 2026 et repris par Bosa, le SPF Stratégie et Appui. Celui-ci indique bien (page 18) que le déficit projeté de l’Arizona sera supérieur à – 38 milliards à la fin le l’actuelle législature qui court jusqu’en 2029.
Un calcul prospectif du Bureau du plan « à politique inchangée » à l’horizon 2029
Ce chiffre d’un solde négatif de 38 milliards de l’entité 1 à l’horizon 2029 provient de calculs du Bureau du Plan. Dans un article publié le 12 juin 2026, ce chiffre est bien cité. Une précision encadre le texte sur ce calcul : « Comme à l’accoutumée, ces perspectives sont élaborées à politique inchangée ». La précision suivante intervient dans la foulée : « Elles tiennent compte des principales informations relatives aux recettes et aux dépenses des administrations publiques disponibles au 29 mai. Elles n’anticipent pas les nouvelles mesures que les gouvernements seront amenés à prendre ni leur impact sur la croissance économique. »
Si les projections actuelles du bureau du Plan estiment donc que le déficit budgétaire pourrait s’aggraver au point de plus que doubler (17,3 milliards en 2025 à 38 milliards en 2029), ces estimations se basent sur des prévisions « à politique inchangée ».
Alors que jusqu’ici l’Arizona n’a pas réussi à trouver d’accord sur les réformes à mettre en œuvre, la volonté actuelle des partenaires de la majorité est néanmoins de parvenir à un accord dans la majorité fédérale afin d’éviter ce dérapage budgétaire. L’issue est incertaine.
Les chiffres du PS se basent sur des projections du bureau du plan, « à politique inchangée », à l’horizon 2029. À ce stade, il est faux d’affirmer que « le déficit a doublé ».
2. Le nombre de faillites explose-t-il ?
« Les faillites qui explosent. Parlons-en, je suis allé voir les chiffres. Donc, plus 5,7% en Flandre sur les 9 premiers mois de l’année ici par rapport à 2025. Mais en Wallonie, c’est moins 2%. Bruxelles, moins 4%. Donc, par exemple, à Bruxelles, en Wallonie, ça n’explose pas. C’est même beaucoup moins », poursuit Laurent Mathieu.
À ces chiffres M. Dermagne répond : « Alors il y a deux choses, il y a le nombre de faillites, et donc une société égale une société, donc une société qui fait faillite, c’est une société qui fait faillite, qu’elle soit grande ou petite, et puis il y a l’ensemble des pertes d’emploi, des destructions d’emploi, avec un chômage qui continue à augmenter, même s’ils ont exclu toute une série de demandes ». Plus tard dans l’entretien, il évoque encore « les faillites qui augmentent et qui explosent même ».
Les indicateurs cités par Laurent Mathieu se basent sur des chiffres du bureau d’informations commerciales GraydonCreditsafe repris par Belga le 1er octobre 2026. Ceux-ci indiquent pour cette année 2026 : « au cours des neuf premiers mois de l’année, 8.597 entreprises ont été déclarées en faillite en Belgique, un nombre record et une hausse de près de 2% par rapport à la même période de 2025. » Les différences régionales pointées sont bien reprises, à savoir +5,7% en Flandre mais -2,18% en Wallonie et -4,31% à Bruxelles.
Dans les documents transmis par le PS, ceux-ci reprennent les chiffres de Statbel pour l’année 2025. L’année dernière, la Belgique a bien connu un nombre record de faillites. « 11.665 entreprises ont été déclarées en faillites en Belgique. Cela représente une augmentation de 5,4% par rapport à 2024 (11.067 faillites) et le résultat le plus élevé observé depuis 2013 (11.740) », indique l’organisme. Un record pour 2025 également calculé par la société Graydon avec des chiffres à peu près similaires pour l’année passée.
Si l’on observe l’évolution du nombre de faillites depuis 2015, il y a une augmentation globale du nombre de faillites en Belgique après 2021, avec néanmoins une certaines stabilisation pour les chiffres de la Wallonie et de Bruxelles.
Les chiffres officiels montrent une augmentation des faillites en Belgique
Les tous derniers chiffres publiés par Statbel ce 16 octobre indiquent que le nombre de faillites enregistrées en septembre 2026, 1.063, est plus faible que celui du même mois, en 2025 (-13,2%) et en 2024 (-11,0%). Il s’agit cependant d’une augmentation de 117,4% par rapport au mois d’août 2026 (489).
En prenant des chiffres à un peu plus long terme pour éviter des variations trop conjoncturelles, Statbel indique : « Depuis le début de cette année, les tribunaux de l’entreprise ont prononcé 5.142 faillites en Région flamande. Cette valeur dépasse de 3,9% le précédent record établi en 2025 (4.948). »
Un nombre record que Graydon associait notamment à : « des effets importants des chocs qu’on a connus jusqu’à présent, concrètement non seulement le Covid, mais aussi le choc énergétique ». De son côté, Statbel indiquait concernant les chiffres de 2025 que « ces constatations sont toutefois à nuancer selon la région ».
Le nombre de faillites en Belgique est en augmentation depuis 2022 après des baisses en 2020 et 2021 (période exceptionnelle Covid), avec un record atteint en 2025. Ces chiffres cachent cependant des disparités régionales. Par ailleurs, s’il y a une croissance du chiffre, il n’est néanmoins pas question à ce stade d’une « explosion » des chiffres.
3. La pauvreté repart-elle à la hausse ?
« Vous dites aussi que la pauvreté repart à la hausse. Pour moi, les derniers chiffres que j’ai trouvés sur Statbel indiquent plutôt le contraire, mais ils datent déjà de février, donc j’imagine que vous avez de nouveaux chiffres officiels. », interroge plus tard Laurent Mathieu.
« Oui, regardez ce que le mouvement social met sur la table. Tous les indicateurs sont vraiment au rouge, je le répète. La croissance atone, à zéro, les créations d’emplois également, les faillites qui augmentent et qui explosent même, et les licenciements collectifs. »
Pour corroborer son affirmation le PS indique que « le taux de chômage augmente », il évoque « les exclus du chômage » et « le nombre de personnes qui dépendent du Revenu d’Intégration Sociale », « la suppression des enveloppes bien-être » mais aussi la « réforme des pensions » avec des simulation du bureau du Plan qui « montrent que le risque de pauvreté s’accroît d’ici la fin de la législature sous l’effet de la réforme, tant chez les nouveaux retraités (+0,4 point de pourcentage ; de 5,9% à 6,3%) que dans l’ensemble de la population retraitée ».
Comme indiqué par Laurent Mathieu, les derniers chiffres officiels avec des indices de pauvreté tangibles ont été publiés en février 2026 par Stabel. Ceux-ci montrent globalement une baisse globale des indices de pauvreté entre 2019 et 2025.
Si des personnes peuvent ressentir effectivement une plus grande pauvreté en raison des difficultés économiques qu’elles peuvent traverser, il n’y a aucun indicateur chiffré, officiel et récent de la pauvreté qui permet d’établir à ce stade que « la pauvreté repart à la hausse ».
L’affirmation « la pauvreté repart à la hausse » soutenue par le PS se base notamment sur des éléments indirects comme le taux de chômage ou des projections sur l’impact de réforme pour des retraités. Il s’agit de simulations, il n’est donc pas possible de déterminer actuellement l’impact réel sur les indices mesurés officiellement de pauvreté dans le futur.