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Pourquoi ces publications qui font le lien entre les incendies en Gironde et l’installation de panneaux photovoltaïques sont trompeuses

Pourquoi ces publications qui font le lien entre les incendies en Gironde et l'installation de panneaux photovoltaïques sont trompeuses - Featured image

Author(s): Par AFP Factuel édité par Grégoire Ryckmans

De nombreux internautes établissent une corrélation entre les parcelles incendiées en France ces dernières semaines et l’installation de centrales solaires, sous-entendant que les incendies seront volontairement allumés à cette fin. Ces affirmations sont infondées : les zones touchées par ces incendies ne correspondent pas aux localisations de projets photovoltaïques. De plus, la législation encadre strictement les localisations d’installations de centrales solaires. En outre, les incendies comme ceux qui font rage dans les forêts du Sud-ouest, font toujours l’objet d’investigations poussées pour en déterminer les causes et aucun élément des enquêtes ne pointe à ce stade une responsabilité des entreprises de panneaux photovoltaïques.

 

Depuis le 22 juillet 2026, l’incendie de Gironde a déjà brûlé 42.000 hectares, soit la plus grande surface ravagée par un feu de forêt en France depuis celui des Landes de Gascogne en 1949, qui avait parcouru environ 50.000 hectares.

Avec plus de 91.000 hectares détruits depuis janvier sur l’ensemble du territoire, 2026 est déjà l’année ayant enregistré le plus de surfaces brûlées en France en vingt ans de mesures satellitaires, selon le système européen de surveillance des feux (Effis).

En juillet 2022, la même région avait été en proie à deux incendies simultanés : l’un à La Teste-de-Buch, sur le bassin d’Arcachon, l’autre à Landiras et Hostens, au sud de Bordeaux. Les pompiers avaient mis douze jours à contenir les flammes, qui avaient détruit près de 20.000 hectares de forêt de pins.

© AFP / Jean-Michel CORNU, Sylvie HUSSON / Carte montrant les zones brûlées en Gironde et dans les Landes lors de plusieurs mégafeux en 2022, ainsi que les deux incendies en cours le 24 juillet 2026, selon les données Effis du 24 juillet à 14h45.

Sur les réseaux sociaux, les incendies de juillet 2026 ont fait resurgir des théories qui circulent depuis plusieurs années : selon celles-ci, les feux auraient été volontairement déclenchés pour faciliter l’installation de panneaux photovoltaïques, qui permettent de produire de l’électricité en convertissant directement la lumière du soleil en électricité.

Une vidéo issue d’un journal télévisé de TF1 diffusé en 2024 est utilisée par de nombreux comptes pour faire le lien entre ces incendies et les projets d’installations de parcs photovoltaïques. Ces contenus ont cumulé des millions de vues depuis leurs mise en ligne (1, 2, 3).

Une autre vidéo, publiée sur TikTok, partagée 12.400 fois et cumulant 520.000 vues depuis le 25 juillet 2026, alimente aussi cette théorie : « Il y a trois ans [sic], en 2022, on est venu éteindre les feux sur Hostens […] Regardez ce qu’il y a maintenant, c’est bizarre. Des panneaux photovoltaïques », affirme un homme depuis son tracteur. « C’est quand même dingue de voir ça. Quatre ans après, des champs de panneaux », conclut-il.

© Captures d’écran prises le 28 juillet 2026 sur TikTok / Croix orange ajoutée par l’AFP.

Des publications reprenant la même vidéo circulent également sur Facebook, TikTok et sur X (1, 2, 3). Elle a notamment été relayée par Silvano Trotta, relais fréquent d’infox sur les vaccins ou le climat, qui écrit : « Quand une forêt brûle, un parc solaire la remplace. Magique…. ».

© Captures d’écran prises le 27 juillet (à gauche) et 28 juillet 2026 (à droite) sur X. / Croix rouge et orange ajoutées par l’AFP.

Des panneaux installés avant les incendies de 2022

Dans le cas précis de la commune d’Hostens, située au sud de Bordeaux, une recherche par mots-clés sur Google (« Hostens photovoltaïque ») a permis à l’AFP de retrouver les dossiers de permis de construire et d’autorisation de défrichement concernant deux centrales photovoltaïques SARL (Société à responsabilité limitée) situées dans la commune d’Hostens : celle du « Haut de la Lande », et celle du « Chemin de Tuzan » (liens archivés ici et ici).

Ces documents ont été publiés en août 2010 et rendus disponibles à la consultation depuis octobre 2021 sur le site de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) de la Nouvelle-Aquitaine.

© Capture d’écran prise le 28 juillet 2026 sur le site de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) de la Nouvelle-Aquitaine. Encadrés verts ajoutés par l’AFP.

Un article publié par le quotidien français Sud Ouest le 28 octobre 2010 confirme également l’ancienneté du projet, qui avait reçu un « accueil favorable » au sein de la municipalité.

Le quotidien explique que le premier dossier (« Haut de la Lande ») « concerne une surface de 21 hectares. Il s’agit d’un terrain dégagé, sur lequel plusieurs coupes rases ont été réalisées, et ce bien avant la tempête de janvier 2009 ».

Le second dossier (« Chemin de Tuzan ») porte quant à lui « sur un terrain mitoyen, de 38 hectares. […] En partie boisé, il a subi des dégâts lors du passage de [la tempête, ndlr] Klaus » de 2009.

Ces deux centrales photovoltaïques n’ont pas été construites à la suite d’un incendie.

© Capture d’écran prise le 29 juillet 2026 sur le site de Sud Ouest. / Encadrés verts ajoutés par l’AFP.

L’article de Sud Ouest précise également que « la zone est située en bordure de la RD 3, qui mène d’Hostens au Tuzan ». Ces éléments ont permis à l’AFP de géolocaliser précisément le lieu où la vidéo TikTok virale a été tournée.

Située le long de la route départementale D3, la centrale photovoltaïque apparaît déjà sur les images satellitaires de Google Earth datées du 1er septembre 2014, soit plusieurs années avant les incendies de 2022 (lien archivé ici).

© Capture d’écran prise le 28 juillet 2026 sur Google Earth. / Encadrés verts ajoutés par l’AFP.

Des images Google Street View datant de juillet 2014 montrent également le chantier de la centrale avant la pose définitive des panneaux solaires (lien archivé ici).

En comparant la vidéo virale aux images Google Street View de juin 2026, plusieurs éléments permettent de confirmer qu’il s’agit du même site : les rangées des panneaux solaires (encadrés en jaune), une petite construction beige (encadrée en bleu) ainsi qu’une structure bleu foncé (encadrée en vert) (lien archivé ici).

© Captures d’écran prises le 28 juillet 2026 sur TikTok (à gauche) et Google Maps (à droite) / Encadrés colorés, mettant en évidence les similitudes entre les deux images, ajoutés par l’AFP.

D’autres indices visuels, tels que la forme des arbres bordant la « D3 » empruntée par le tracteur, confirment également le lieu exact du tournage.

© Captures d’écran prises le 28 juillet 2026 sur TikTok (à gauche) et Google Maps (à droite). / Encadrés colorés, mettant en évidence les similitudes, ajoutés par l’AFP.

Mais les accusations d’incendies volontaires pour installer des parcs solaires ne s’arrêtent pas à cette vidéo filmée aux abords d’Hostens.

Le projet Horizeo et une vidéo de TF1 au centre de publications virales

De nombreuses publications et commentaires prétendent que d’autres parcs photovoltaïques ont tiré parti, ou vont bénéficier, des incendies actuels en Gironde. Sur les réseaux sociaux, des internautes affirment que des entreprises impliquées dans un projet appelé Horizeo auraient volontairement provoqué des incendies afin de faciliter l’installation de panneaux photovoltaïques – une rumeur déjà vérifiée en 2022 par nos confrères de 20 Minutes et TF1.

Le 11 janvier 2021, Engie et Neoen ont dévoilé, en Gironde, un projet de centrale photovoltaïque (liens archivés ici, ici et ici). Baptisé Horizeo, ce projet, estimé à 600 millions d’euros, prévoit la construction d’un parc photovoltaïque d’une puissance de 800 mégawatts (MW), l’un des plus vastes d’Europe, sur 680 hectares de forêt au sud de Bordeaux (lien archivé ici et ici).

Depuis sa présentation, le projet fait l’objet d’une vive opposition locale. Des syndicats sylvicole et agricole, des chasseurs ainsi que plusieurs associations environnementales craignent une hausse des risques d’incendie et d’inondation, ainsi qu’un accaparement de la forêt.

La zone destinée au projet Horizon n’a pas été touchée par les incendies récents

Pourtant, en comparant la carte du projet Horizeo avec les zones touchées par les incendies récents dans la région, l’AFP a constaté qu’il ne s’agit pas des mêmes secteurs (lien archivé ici).

La zone destinée au projet, reconnaissable à sa forme triangulaire, n’a pas été affectée par les flammes, comme le confirment les images satellitaires du programme spatial Copernicus (lien archivé ici).

© Captures d’écran prises le 29 juillet 2026 sur le site de Copernicus (à gauche) et celui du projet Horizeo (à droite) / Comparaison et mises en évidence effectuées par l’AFP.

L’outil cartographique FIRMS (Fire Information for Resource Management System), lié à la Nasa, aboutit à la même conclusion : l’emprise du projet Horizeo, sur la commune de Saucats, est située à environ 35 km à vol d’oiseau du foyer de l’incendie de juillet 2026, dans la commune de Saumos (liens archivés ici et ici).

L’implantation du projet Horizeo est aussi distante d’entre 13 et 15 kilomètres des incendies de 2022 ayant touché la commune de Landiras.

© Capture d’écran prise le 29 juillet 2026 sur le site de l’outil de la Nasa, Firms, montrant la distance entre l’implantation du projet Horizeo et les incendies de 2022 en Gironde.

Interrogé le 29 juillet 2026 par l’AFP, le délégué général du Syndicat des énergies renouvelables (SER), Alexandre Roesch, a expliqué que l’affirmation selon laquelle les incendies ont pour but l’installation de parcs photovoltaïques, n’a « aucun sens » : « C’est vraiment de la fake news ! ».

Les incendies, « c’est que des mauvaises nouvelles pour nous », estime le délégué général du SER, qualifiant les publications qui affirment le contraire de « cyniques ».

En France, les parcelles ont un statut juridique. On appelle cela une « qualification » ou « destination ». Selon le Code de l’urbanisme, il existe plusieurs destinations de construction (exploitation agricole et forestière, habitation, commerce et activités de service, etc.).

« Si on veut construire un parc solaire sur une parcelle forestière, il faut changer sa destination » en sollicitant une autorisation auprès du Préfet, explique M. Roesch. Or, « si une parcelle qui est classée forestière brûle, ça ne change absolument rien à sa qualification de ‘parcelle forestière' ».

« La destruction accidentelle ou volontaire du boisement ne fait pas disparaître la destination forestière du terrain », peut-on lire dans l’article L341-1 du code forestier (lien archivé ici).

© Capture d’écran effectuée le 29 juillet 2026 du site legifrance. / Encadré rouge ajouté par l’AFP.

Une corrélation infondée à ce jour

Les internautes qui établissent un lien entre l’installation de panneaux photovoltaïques et les terrains forestiers incendiés s’appuient aussi fréquemment sur des reportages diffusés par TF1 en 2022 (lien archivé ici). Ceux-ci donnaient la parole à des habitants et à des propriétaires de Gironde, qui affirmaient avoir été démarchés après les incendies par des promoteurs souhaitant installer des panneaux photovoltaïques sur leurs parcelles.

D’autres exemples ont alimenté les soupçons de certains internautes. Ainsi, vingt ans après l’incendie de 2004 à Cruis, dans les Alpes-de-Haute-Provence, la société Boralex a mis en service une centrale photovoltaïque, malgré les contestations (liens archivés ici et ici). Sur son site, l’entreprise explique avoir « répondu à une consultation lancée par la commune afin de revaloriser les parcelles détruites avec pour objectif d’y développer un projet solaire ».

Alexandre Roesch, le délégué général du SER, n’exclut pas que des promoteurs « peu sérieux » puissent encore tenter de démarcher des mairies ou des propriétaires de terrains après des incendies, mais explique que ce qui avait été observé en 2022 n’est « plus possible » avec la législation en 2026.

Aucun élément des enquêtes ne pointe vers les entreprises de panneaux photovoltaïques

Autre élément de vérification, les incendies importants font l’objet d’une enquête des autorités pour en déterminer les causes. À ce jour, aucune enquête ni élément factuel n’ont établi la responsabilité d’entreprises de panneaux photovoltaïques dans l’origine des feux de ces dernières années en Gironde.

En février 2024 par exemple, le parquet de Bordeaux a requis un non-lieu, faute de responsable, après une enquête sur l’incendie « d’origine criminelle » de Landiras-1, le plus gros des quatre gigantesques feux survenus en Gironde l’été 2022 (lien archivé ici).

Concernant l’incendie à La Teste-de-Buch, près d’Arcachon, survenu au même moment, les « faits ne présentent pas de caractère criminel et s’inscrivent dans un contexte de délit involontaire », selon le parquet, citant une camionnette équipée d’une benne qui a été victime d’une panne et a pris feu.

Pour les incendies de juillet 2026, c’est une opération de débroussaillement menée sur un chantier qui aurait déclenché l’incendie de forêt le plus dévastateur dans le pays depuis 1949.

Une législation française qui rend la thèse peu crédible

Aujourd’hui, la législation interdit les installations solaires « dans les zones forestières lorsqu’elles nécessitent un défrichement de plus de 25 hectares », explique le ministère de l’Agriculture français, rendant peu crédible l’hypothèse du mégafeu en Gironde pour favoriser de grands projets photovoltaïques.

« Les incendies rendent même les choses encore plus compliquées », ajoute M. Roesch.

En effet, selon les observations de son syndicat, la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) de Gironde vérifie l’historique des dix dernières années des parcelles boisées et refuse les projets photovoltaïques si un incendie a eu lieu durant cette période. Contactée le 29 juillet 2026, la DDTM de Gironde n’avait pas répondu aux sollicitations de l’AFP au moment de la publication de cet article.

Le 28 juillet 2026, le deuxième « méga-décret » de simplification des normes des collectivités locales et de l’action de l’État dans les territoires a été publié au Journal officiel (liens archivés ici et ici).

Il prévoit, entre autres, une facilitation des projets photovoltaïques en relevant le seuil à partir duquel un projet photovoltaïque doit être soumis à une évaluation environnementale systématique et à un permis de construire. Cela devrait permettre une économie annuelle de 465.000 euros pour les entreprises, les collectivités et l’Etat, selon le décret.