Sur Facebook, l’image d’une petite fille amputée des deux bras, avec une mention « Gaza » a largement circulé. De nombreux commentaires en dessous de cette publication estiment qu’il s’agit d’une image générée par IA. Cependant, l’image est bien réelle. Elle a été prise dans le camp de Jabalia en juin 2025 par le photographe Yaqob Salama.
Le 25 septembre 2026, un homme politique local français, Sébastien Mura, publie la photo d’une petite fille amputée des deux bras. Dans le haut à droite de l’image, on peut lire la mention « Gaza ». Dans sa légende, indique « Ne vous arrêtez pas de parler de la PALESTINE ! GÉNOCIDE ».
La publication a suscité de nombreux partages, plus de 2300 réactions mais aussi plus de 2800 commentaires et réponses au total. Parmi l’ensemble de ces réactions, de nombreux internautes ont estimé que l’image a été réalisée à l’aide d’outil d’intelligence générative. « IA fait des miracles », « IA c’est fait du bon boulot », « chatgpt en folie ». Nous avons trouvé plus de 100 récurrences mentionnant l’IA en lien avec la publication.
D’autres utilisateurs ont commenté la photo et son commentaire en indiquant qu’il s’agissait d’un « montage » ou de « Pallywood », la mise en scène supposée des morts palestiniens avec un mot issu de la contraction des mots Palestine et Hollywood.

© Capture d’écran Facebook / De nombreux commentaires suggèrent que la photo de cette petite fille gazaouie amputée des deux bras serait générée avec des outils d’intelligence artificielle (IA).
Pour savoir si cette photo était générée par de l’intelligence artificielle, nous avons fait une recherche d’image inversée avec l’outil Google Lens. Le premier résultat nous a renvoyé vers une publication Instagram dans laquelle la même photo apparaît, avec un plan légèrement plus large, notamment dans la verticalité, on peut y distinguer le début des jambes de la petite fille.
Le compte à l’origine de ce carrousel (ndlr : plusieurs clichés rassemblés dans une publication sur les réseaux sociaux) de la jeune gazaouie amputée des deux bras est une ONG qui s’appelle « Children not numbers », active sur le terrain de l’aide aux enfants gazaouis.
Une jeune gazaouie prénommée Sarah Al-Barsh
La publication de l’ONG qui date du 4 juillet 2025 décrit cette jeune fille de « seulement 10 ans, Sarah Al-Barsh, originaire du camp de Jabalia, (elle) a perdu son père lors d’un bombardement à Gaza – et lors de cette même attaque, elle a également perdu ses deux bras. Malgré des épreuves inimaginables, elle fait preuve d’une force remarquable, utilisant ses pieds pour écrire, jouer et vivre. Elle rêve de voyager à l’étranger pour bénéficier d’un traitement prothétique, dans l’espoir de retrouver une partie de son enfance volée. ».
En se basant sur notre recherche d’image inversée et en ajoutant le prénom et le nom de la jeune fille, nous avons pu retrouver d’autres sources qui évoquent la situation de Sarah Al-Barsh.
L’agence de presse turque Anadolu, une source fiable, a publié le 7 mai 2025 un reportage en arabe consacré à la jeune fille. « La petite Sarah a perdu ses deux bras lors d’un bombardement israélien qui a tué son père, mais elle insiste pour apprendre et dessiner avec ses pieds, et rêve de prothèses et d’une paix qui mettra fin à la famine et à la destruction à Gaza. » L’article d’Anadolu détaille aussi les circonstances de la perte de ces deux bras et renvoie vers une vidéo publiée sur X qui montre la même petite fille qui témoigne face caméra. Elle porte d’autres vêtements que sur le cliché de la publication Facebook mais les traits de son visage sont reconnaissables.
D’autres sources journalistiques attestent de l’existence de la jeune Sarah
Sarah Al-Barsh apparaît également dans un reportage sur les enfants amputés de la bande de Gaza de TRT World, la chaîne du service public turc qui diffuse de l’information en continu en anglais. Mis en ligne le 7 juillet 2025, l’article inclut plusieurs clichés de la jeune gazaouie.
Le 22 juillet 2025, la chaîne Al Jazeera publie, elle aussi, un reportage et un article en ligne en arabe avec des images de la jeune Sarah. À chaque fois, les photos sont distinctes, les habits de la petite fille sont différents, mais les traits et l’apparence de Sarah Al-Barsh sont reconnaissables. Il s’agit de la même petite fille.
Parmi les différentes sources qui attestent de l’existence de la petite gazaouie, il y a aussi des clichés sur la plateforme de téléchargement de clichés journalistiques et créatifs Getty Images. En faisant une recherche sur son nom et son prénom, nous avons également retrouvé des images d’elle, prises le 27 juin 2025 par un photographe de l’agence Anadolu.

© Photo de Saeed M. M. T. Jaras/Anadolu via Getty Images / Sarah Al-Barsh, une fillette palestinienne de 10 ans qui a perdu ses deux bras lors d’une attaque israélienne, tente de mener une vie normale le 27 juin 2025 à Gaza, dans la bande de Gaza. Vivant dans le quartier de Cheikh Radwan, à l’est de Gaza.
La légende complète des images correspond également aux autres contenus publiés à son sujet et à la même identité : « Sarah Al-Barsh, une Palestinienne de 10 ans qui a perdu ses deux bras lors d’une attaque israélienne, tente de poursuivre sa vie quotidienne le 27 juin 2025 à Gaza, dans la bande de Gaza. Vivant dans le quartier de Cheikh Radwan, à l’est de la ville de Gaza, Sarah éprouve d’énormes difficultés à accomplir ses tâches quotidiennes avec ses pieds. Ayant également perdu son père lors de cette même attaque, elle rêve de retrouver une vie normale grâce à des prothèses de bras de pointe. »
Le photographe Yaqoq Salama à l’origine du cliché
La petite fille montrée sur la vidéo existe donc bien. Cependant, l’image pourrait avoir été créée à l’aide d’IA en se basant sur des clichés existants. Qu’en est-il donc de la source de l’image ?
Retour sur la publication Instagram de « Children not numbers ». En bas de la légende, l’ONG indique comme crédit photo : @yaqob.salama.
Nous constatons que le carrousel a été publié par plusieurs comptes. Parmi eux, il y a bien le compte de Yaqob Salama. Celui-ci indique dans la biographie de son profil être originaire de Gaza et travailler comme indépendant pour plusieurs agences de presse. Il mentionne également être photographe pour l’ONG qui a publié son image. Une publication de l’organisation le confirme.
Sur le profil du photographe, nous retrouvons également l’image de la jeune Sarah Al-Barsh avec son t-shirt « Barbie ». Publié le 28 juin 2025 et marqué par un logo et son crédit image « Yaqob salama » dans le bas à gauche de l’image, le cliché est donc selon toute vraisemblance la version originale puisqu’il a aussi été publié avant les autres.
Contacté par la rédaction de Faky, Yaqob Salama a confirmé être l’auteur de la photographie. Il nous a également donné l’autorisation de la reproduire dans cet article. Malheureusement, à la publication de cet article nous n’avions pas encore pu récupérer le fichier original contenant les métadonnées de l’image afin d’apporter une preuve supplémentaire de son authenticité et des détails plus précis comme l’heure de la prise de vue ou le type d’appareil utilisé.
Cependant, les différents détecteurs d’IA comme Hive Moderation (0% de probabilité que l’image ait été générée par des outils d’intelligence artificielle générative) et les outils Synth ID de Google et Open AI ont confirmé de façon que le filigrane qu’ils ajoutent systématiquement à leurs contenus IA n’est pas présent et donc que l’image n’avait pas été générée à l’aide de leurs outils d’IA générative.