Une pétition en ligne qui réclame le départ de Kylian Mbappé du Real Madrid a recueilli plus de 30 millions de signatures en quelques jours. Le joueur subit actuellement des critiques d’une partie des supporters de son club. Cependant, la validité des signatures recueillies par le site « Mbappe Out » est remise en cause. La plateforme en ligne permet facilement d’enregistrer plusieurs votes par personne, d’automatiser le processus à l’aide de l’IA ou même le trafic des chiffres par l’auteur du site lui-même. Le nombre de signataires anormalement élevé et l’explosion des chiffres permettent d’affirmer que les chiffres affichés ne sont pas représentatifs de la réalité.
Blessé aux ischio-jambiers, l’attaquant star du Real Madrid Kylian Mbappé a provoqué la colère de certains supporters en passant quelques jours de repos accordés par son club en Sardaigne, et fait face à une nouvelle tempête médiatique. Pour de nombreux fans madrilènes, l’escapade du buteur français en Italie est celle de trop.
Accueilli à son arrivé dans la capitale espagnole par 80.000 personnes à l’été 2024, une partie des supporters a aujourd’hui pris en grippe son « numéro 10 ». Ces derniers le tiennent en partie responsable de la saison qu’ils estiment ratée de leur équipe. Rassemblés sur les réseaux sociaux derrière un visuel représentant le joueur barré d’un tampon « Fuera », qui veut dire « dehors » en espagnol, certains supporters demandent à présent clairement à leur direction le départ de la superstar française.
Dans ce contexte, un site a été lancé pour inviter les mécontents à signer une pétition en ligne afin de demander le départ de l’attaquant de l’équipe de France à la direction du Real Madrid.
Ce site, « Mbappeout.replit.app« , est très basique. Il ne contient qu’une seule page, composée du titre en anglais : « MBAPPE OUT », une photo du joueur accompagné de logos « FUERA » et « Mbappe Out », une petite légende en anglais invitant les supporters « à se faire entendre », un compteur et un bandeau en anglais invitant à « signer la pétition ». Le site est hébergé sur Replit, une plateforme de prototypage souvent utilisée par des étudiants pour tester des idées d’applications grâce à l’IA.
Les indications discrètes en bas de la page mentionnent que le site a été réalisé par un certain « Deedawz », dont la seule trace directe en ligne est un compte X suspendu.
Plus de 30 millions de « signataires » en deux jours
Archivé pour la première fois le 5 mai, le site affiche des chiffres exponentiels. À la mi-journée ce mardi, le compteur affichait 1.364.223 « supporters madrilènes signataires », dépassant déjà largement la jauge affichée dans le visuel de la page et fixée à 200.000.
Au fur et à mesure de son succès grandissant, la pétition en ligne a été relayée sur les réseaux sociaux et dans une partie de la presse en ligne, comme ici, ici ou ici.
Sur Instagram, une publication de la chaine de sport Beinsport indique ce mercredi 6 mai concernant Mbappé : « Une pétition en ligne demandant son départ du Real Madrid a dépassé les 11 millions de signatures, ce qui indique un mécontentement croissant parmi les fans du club ». Accompagné d’un visuel reprenant la jauge du site, la publication a été « aimée » plus de 128.000 fois. Ce même jour, une publication en français reprenant le chiffre de « 12 millions de signatures » était aussi partagée en français sur le réseau social.
Ce jeudi 7 mai, le site dépassait déjà les 30.000.000 de signataires.
Des chiffres sans aucune fiabilité
Pour soutenir la pétition, l’utilisateur n’a besoin que d’un seul clic. Et en principe, il n’est possible de « signer » qu’une seule fois. Cependant, en utilisant des fenêtres de navigation privée et en changeant de navigateurs, nous avons été en mesure de voter plusieurs fois. À chaque clic, le compteur grimpait de plusieurs centaines de signataires en une seule fois, ce qui est suspect.
Par ailleurs, lors de notre observation, 841.378 signataires auraient signé la pétition en 1h12 de temps.

© Capture d’écran internet / RTBF / L’évolution des chiffres du nombre de signataires est ultrarapide : 841.378 signataires auraient signé la pétition en 1h12.
S’il est possible de signer manuellement la pétition à plusieurs reprises, l’opération reste toutefois chronophage car elle nécessite d’ouvrir une nouvelle fenêtre de navigation à chaque fois. Cependant, à l’aide de l’intelligence artificielle, cette contrainte peut être contournée assez facilement car il n’y a aucune vérification de l’IP, aucun token, ni aucun cookie côté serveur.
Les journalistes de « Vrai ou Faux » de France Info ont mené l’expérience à l’aide de Claude, une IA particulièrement « douée » pour le code. Ces derniers affirment que l’IA leur a ainsi fourni une commande permettant de signer à plusieurs reprises. En exécutant le bout de code généré, sur un outil de développement, ils déclarent avoir été capables de signer la pétition plus d’une centaine de fois en à peine une dizaine de secondes.
Par ailleurs, nous avons été analyser le code du site avec l’inspecteur de page de chrome. Le code indique que le développeur a un accès direct à la Replit Database qui sert à afficher le nombre de signataires. Il peut donc également modifier directement ce compteur lui-même .
Une pétition ne se signe pas en un clic
La pétition qui a une valeur légale constitue un droit reconnu aux citoyens, tant au niveau national qu’européen afin de solliciter les parlements et mettre des sujets à l’ordre du jour des débats des représentants politiques. Elle doit toutefois répondre à certains critères pour être jugée recevable lorsqu’elle est destinée à être adressés à des institutions publiques.
La condition essentielle et commune à l’ensemble de ces instances, afin d’éviter la fraude, est l’identification des signataires. La Chambre des représentants de Belgique et le Parlement européen exigent ainsi le nom et l’adresse des signataires pour qu’une pétition soit considérée comme valable.
Toutes les pétitions ne sont pas pour autant destinées aux parlements. Avant d’être considérées comme un outil de démocratie participative, elles constituent avant tout un moyen de pression ou de visibilisation d’une revendication.
De nombreuses initiatives passent ainsi aujourd’hui par des plateformes en ligne, dont les critères de recevabilité sont parfois moins stricts. Néanmoins, les plus connues d’entre elles exigent au minimum qu’une adresse e-mail soit associée à chaque signature. Sur Change.org comme sur Avaaz.org, le nom et le prénom sont également requis.
La plateforme américaine Change.org déclare compter plus de 500 millions d’utilisateurs en 2026. Nos confrères de France Info rappellent que la pétition réclamant justice pour George Floyd était devenue, en 2020, la plus signée de l’histoire de la plateforme, avec plus de 17 millions de signatures. À titre de comparaison, les plus de 30 millions de signatures prétendument recueillies pour le départ de Kylian Mbappé paraissent peu crédibles.
Des chiffres peu crédibles malgré le malaise tangible de certains supporters madrilènes
Les chiffres impressionnants affichés par le site « Mbappeout » ne sont pas représentatifs du nombre réel de personnes qui ont pu adhérer à cette cause et qui se sont manifestés en fournissant un simple clic sur la plateforme.
Que ce soit dans la façon dont les signatures sont recueillies ou dans l’approche technologique et légale, ces chiffres sont affichés d’une manière qui ne permet en aucun cas le contrôle.
Si le malaise d’une partie des supporters du Real Madrid est réel, poussant l’entourage du joueur à communiquer officiellement, la façon dont les signatures sont recueillies indique clairement qu’il n’y a pas réellement plus de 30 millions de personnes différentes qui ont soutenu les revendications d’un départ de Killian Mbappé auprès de la direction du Real de Madrid, en deux jours à peine.