Après les tirs qui se sont produits lors du banquet des correspondants accrédités auprès de la Maison Blanche, de nombreuses théories ont rapidement émergé sur les réseaux sociaux. Certains estiment, entre-autres, qu’il pourrait s’agir d’un coup monté par Donald Trump pour refaire monter sa cote de popularité. Une déclaration prémonitoire, un mystérieux message qui a surpris les invités, en passant par une vidéo de l’auteur régénérée par IA, un tweet de 2023 et des bouteilles de vins « volées », nous avons décrypté ces théories à l’aide de nos confrères d’EBU Spotlight.
Au cours du dîner annuel des correspondants de la Maison Blanche de 2026, organisé à Washington, des coups de feu ont retenti alors que le président Donald Trump était assis sur la scène de la salle de bal de l’hôtel, quelques instants avant qu’il ne prononce son discours d’ouverture.
Des invités se sont mis à terre et se sont précipités sous les tables tandis que des agents armés faisaient irruption dans la salle pour escorter hors de la salle Donald Trump, sa femme Melania et les membres du gouvernement présents à l’événement, comme JD Vance, le Vice-président.
L’homme arrêté et identifié par les forces de l’ordre est Cole Tomas Allen, un homme de 31 ans originaire de Torrance, près de Los Angeles. Allen aurait forcé le passage à un poste de contrôle du hall d’entrée, armé d’un fusil de chasse, d’un pistolet et de plusieurs couteaux. Un coup de fusil aurait été tiré sur un agent des services secrets avant qu’Allen ne soit maîtrisé et placé en détention.
Tout comme les tentatives d’assassinat précédentes ont captivé l’imagination des utilisateurs des réseaux sociaux, cette dernière menace contre la vie de Donald Trump a engendré un déluge de fausses images, d’affirmations non fondées et de théories du complot. L’idée générale derrière certaines de ces théories est que cette fusillade serait un coup monté par Donald Trump lui-même, afin de tenter de faire remonter sa cote dans les sondages d’opinion qui lui sont défavorables, particulièrement en ce moment.
Avec nos confrères du réseau de fact checking Eurovision News Spotlight nous avons analysé quelques-unes de ces théories, vous pouvez cliquer sur le titre de votre choix pour y accéder directement :
- Des commentaires de la porte-parole de la Maison Blanche sortis de leur contexte
- Le mystère de l’homme avec un bout de papier
- Une vidéo du suspect générée par IA
- Une ancienne ministre ukrainienne accusée à tort d’avoir volé une bouteille de vin
- Une publication reprenant le prénom et le nom du suspect, datée de décembre 2023
Des commentaires de la porte-parole de la Maison Blanche sortis de leur contexte
Une des affirmations qui a circulé sur les réseaux sociaux après la fusillade repose sur une déclaration de la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, aurait prédit la tentative d’attaque avant qu’elle n’ait lieu, en disant « il y aura des coups de feu ce soir dans la pièce ». Mais la phrase a été sortie de son contexte.
La porte-parole de la Maison-Blanche faisait en fait référence au discours de Trump, et aux piques qu’on s’attendait à ce qu’il lance dans la salle pleine de journalistes, comme l’ont détaillé nos confrères de la cellule de fact checking de la ZDF.
Dans une entrevue avant la soirée avec Fox News, elle a déclaré : » [Donald Trump] est prêt à se battre. Je vais vous dire, ce discours ce soir sera un classique de Donald J. Trump. Ça va être drôle, ça va être divertissant ».
Elle ajoute ensuite « There will be some shots fired tonight in the room », que l’on peut traduire en français par : « Des coups vont être tirés dans la pièce ce soir ».
« Shots fired » est une expression souvent utilisée pour décrire des répliques cinglantes, voire des insultes. C’est purement une coïncidence que ce soit le terme qu’elle utilisait avant une tentative de fusillade. La cérémonie est souvent le terrain de jeu d’humoristes ou des présidents eux-mêmes pour adresser des piques ou des remarques cinglantes à leurs adversaires.
Obama avait par exemple glissé quelques tacles à un Donald Trump alors en campagne avait sciemment laissé tomber son micro pour conclure son speech en 2016. Et même Joe Biden en 2024 : celui qui était alors encore président avait indiqué être en compétition pour un nouveau mandat à la Maison-Blanche face à un « enfant de six ans », en faisant référence à Donald Trump. Voici quelques exemples de ces traditionnels « shots fired ».
Le mystère de l’homme avec un bout de papier
Beaucoup de spéculations en ligne se sont concentrées sur un homme qui, peu avant la tentative de fusillade, a montré un bout de papier avec quelque chose d’écrit à Donald Trump, Melania Trump, la porte-parole de la Maison-Blanche Karoline Leavitt et la présidente de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche, Weijia Jiang.
Dans plusieurs vidéos, on voit le groupe réagir à ce qui est montré sur un bout de papier, quelques secondes avant d’entendre les coups de feu à l’extérieur de la pièce. Des utilisateurs des réseaux sociaux ont supposé que cet homme annonçait l’attaque, ou qu’il donnait un signal secret en brandissant une carte ce qui indiquerait que la fusillade était planifiée à l’avance et connue des services de sécurité.
Cependant, l’homme est Oz Pearlman, un mentaliste qui était là pour divertir les invités. Il a depuis décrit le tour de lecture de pensées qu’il faisait à l’époque — la révélation du prénom de bébé de Karoline Leavitt, qui doit accoucher très prochainement. Comme l’a expliqué le média CNN – qui a interrogé le mentaliste -, les personnalités ont réagi de la sorte car celui-ci aurait effectivement deviné le prénom exact de l’enfant à venir.
D’autres versions manipulées de la scène avec OZ Pearlman tenant le morceau de papier ont circulé. Selon les versions, elles montraient diverses inscriptions sur son bout de papier.
Une vidéo du suspect générée par IA
Une vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux a été présentée comme s’il s’agissait d’images réelles du suspect de la fusillade passant devant un détecteur de métaux alors que plusieurs gardes pointaient leurs armes sur lui.
Bien qu’elles soient basées sur de vraies images de caméras de sécurité de l’hôtel Hilton, ces images sont fausses et ont été générées grâce à l’intelligence artificielle. Une analyse image par image révèle des erreurs typiques de l’IA – comme un changement de casquette et de veste d’un agent en plein clip -, et des inscriptions incompréhensible sur les vestes des policiers, ont noté nos collègues de VerificaRTVE.

© Capture d’écran X / Image issue d’une vidéo générée par IA et inspirée d’une vidéo réelle du suspect avant la fusillade de Washington, le 25 avril 2026.
De plus, l’enregistrement circulant sur les réseaux sociaux montrait le filigrane CapCut AI, un logiciel de montage doté d’une intelligence artificielle, dans le coin supérieur gauche.
Un utilisateur de X qui a affirmé avoir créé la vidéo, indique l’avoir fait à l’aide de l’IA : « J’ai amélioré les images de sécurité de la tentative d’assassinat d’hier soir à l’aide de l’IA. Les images étaient de très mauvaise qualité et il semble que l’IA ait inventé certaines choses pour combler les lacunes, mais cela donne une meilleure vue de ce qui s’est passé », a commenté l’auteur.
Une ancienne ministre ukrainienne accusée à tort d’avoir volé une bouteille de vin
Les images d’une femme qui aurait « volé » deux bouteilles alors qu’elle quittait la salle après la fusillade ont cumulé des millions de vues sur diverses plateformes.
La vidéo a suscité beaucoup de débats sur les réseaux sociaux, y compris de fausses allégations concernant l’identité de la femme, certains affirmant qu’il s’agissait de l’ambassadrice ukrainienne à Washington, Olha Stefanichyna, l’ancienne ministre de la Justice de Volodymyr Zelensky.
Cette dernière était bien présente au dîner et a même publié des selfies lors de l’événement mais les traits du visage et la longueur de ses cheveux ne correspondent pas à la personne qui a récupéré la bouteille. Nos confrères de France 24 indiquent encore que la tenue de la dame sur les images n’est pas la même que celle de Mme Stefanichyna, le même soir.
La femme vue sur les images en train de récupérer des bouteilles de vin est en fait une journaliste et il n’y a par ailleurs aucune preuve qu’il s’agisse d’un vol.

© Capture d’écran X / Photos Getty image / Les traits du nez et la longueur des cheveux de la journaliste qui a récupéré des bouteilles au dîner des correspondants ne correspondent pas à ceux d’Olga Stefanichyna, l’ambassadrice ukrainienne à Washington.
Nos confrères suédois de la SVT ont réussi a identifié cette journaliste et ont réussi a contacté une de ses collègues sur place. Il ne s’agit donc en aucun cas de l’ex ministre ukrainienne.
Le média public suédois indique : « Le dîner est normalement payé par les invités ou leurs organisations, et la collègue de la femme a indiqué que le vin avait été payé par l’entreprise pour laquelle ils travaillent, et que leurs patrons les avaient encouragés à récupérer ce qu’ils avaient payé. »
D’autres vidéos montrent par ailleurs d’autres personnes qui récupéraient des bouteilles de vin avec leurs effets personnels alors qu’elles se préparaient à quitter la salle.
Une publication reprenant le prénom et le nom du suspect, datée de décembre 2023
Un tweet de décembre 2023 d’un certain Henry Martinez, a émergé dans la foulée de la fusillade. Dans celui-ci, ce compte mentionne juste « Cole Allen« , le prénom et le nom du suspect de la fusillade survenue lors du dîner des correspondants de la Maison Blanche. Cette publication a dépassé les 56 millions de vues sur le réseau social X. Il s’agit à ce stade de la seule publication de ce compte, identifié comme ayant été créé au même moment que celui de la publication : en décembre 2023.
Une autre publication en français sur X a recueilli plus de 4,1 millions de vues en partageant la publication d’Henry Martinez. « Le truc le plus flippant que tu liras aujourd’hui. Le tireur du dîner de la Maison Blanche hier soir s’appelle Cole Allen. Un compte Twitter a posté ce nom exact le 22 décembre 2023. Son unique tweet. Un seul post. Juste « Cole Allen ». T’es pas prêt pour la suite… ».

© Capture d’écran X
La théorie suggère donc que ce compte aurait dévoilé le nom du suspect plus de deux ans avant que les faits se produisent. Certains internautes estimant dès lors qu’il s’agirait d’un « voyageur du temps ». Parmi eux, certains ont examiné la photo de profil du compte, et celle-ci correspond à une image publiée sur un site web appelé TimeMachine.eu, un projet européen visant à recréer des scénarios historiques à l’aide du big data et des technologies actuelles.
Des utilisateurs ont également commencé à s’imaginer toutes sortes de scénarios autour de cette hypothèse et de la correspondance supposée entre l’image de fond du profil d’Henry Martinez représentant le projet « Time Machine » et l’une des photos de la tentative d’assassinat de Trump en 2024.

© Capture d’écran X
Une explication plus réaliste pour expliquer cette « révélation anticipée » tient davantage à un aspect plus technique de la plateforme X. Cette technique consiste à créer un compte privé et à publier un grand nombre de messages en les maintenant cachés. Ces messages contiennent des noms célèbres et/ou des événements potentiels. Si l’un de ces événements se produit, l’utilisateur supprime tout le reste du contenu, rend public le message correspondant et laisse l’illusion de l’anticipation faire le reste
Comme l’explique David Puente, un journaliste italien spécialisé en fact-checking, pour maximiser leurs chances de réussite, ces utilisateurs opportunistes ont tendance à utiliser des noms qui ont déjà une certaine notoriété et qui pourraient être associés dans le futur à un événement important. Comme indiqué par nos confrères de 3cat, média de service public catalan, Cole Allen est un acteur qui a joué dans quatre films. S’il avait gagné un oscar en 2025, l’effet supposé de la prémonition aurait pu également fonctionner dans ce cas.
Par ailleurs, il existe plusieurs profils sous le nom de Henry Martinez, avec de légères variations dans l’identifiant. L’un d’eux a par exemple posté un seul nom, celui de Gavin Newsom, au cas où le gouverneur démocrate de Californie se trouvait au cœur d’une affaire largement médiatisée.