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29 Sep: Le MR propose de fermer 60 gares et non 481 comme le dénonce ecolo j, voici lesquelles

Le MR propose de fermer 60 gares et non 481 comme le dénonce ecolo j, voici lesquelles

Une publication Instagram du mouvement de jeunesse du parti Ecolo, ecolo j, dénonce la volonté du président du MR de vouloir supprimer 481 gares sur les 554 que compte notre réseau belge. Une telle déclaration n’a jamais été prononcée par Georges-Louis Bouchez. Le parti libéral a, en revanche, proposé de fermer 60 gares dans le contexte des discussions budgétaires du gouvernement fédéral. Une proposition qui s’inscrit dans ce que dit l’accord de gouvernement.

© BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR / La gare de Jurbise est la 88e gare la plus fréquentée du lundi au vendredi sur un total de 554 gares.

C’est une publication Instagram qui a été partagée plus de 4000 fois, likée plus de 15.000. « Le président du MR vient d’annoncer vouloir supprimer 481 des 554 gares belges. Soit un démantèlement de 87% du réseaux ferroviaire en pleine crise climatique. C’est de la folie. » Elle est postée par deux profils : ecolo j, le mouvement de jeunesse d’Ecolo, et gaetan_b, Gaëtan De Baene, ex-conseiller communal Ecolo à Ittre.

Dans les slides suivantes, les auteurs précisent : « Ce 18/09, il affirme dans un article du Soir que les gares comme Quévy, Frameries ou même Jurbise ne devraient plus exister parce qu’elles allongent le temps de trajet entre villes, comme Mons et Bruxelles. En réalité, 481 gares belges sur 554 ont une fréquentation similaire ou inférieure à Jurbise. Le MR semble avoir trouvé une de ses prochaines cibles… Voici par ordre alphabétique les gares ciblées. Vous avez trouvé la vôtre ? Indiquez-la en commentaire, elle pourrait bientôt disparaître… » et de lister ensuite les centaines de gares qui seraient concernées.

Dans le commentaire du post ainsi que dans une autre publication de Gaëtan De Baene, deux sources sont citées. La première ce sont les statistiques publiées par la SNCB avec le nombre de voyageurs montés par gare en 2024.

Deuxième source : une interview croisée de l’économiste Bruno Colmant et du président du MR Georges-Louis Bouchez publiée dans le journal Le Soir le 18 septembre intitulée « 150.000 à 200.000 fonctionnaires en moins, c’est possible ».

Si vous voulez qu’on fasse Mons-Bruxelles en 40 minutes, vous devez alors ne plus avoir d’arrêt comme Quévy, Frameries, même Jurbise, etc.

À la première question posée par les journalistes du Soir « M. Bouchez, vous voulez supprimer 60 gares. Pourquoi ? », le président du MR répond : « Parce que les modes de transport doivent être utilisés pour remplir les fonctions qui leur ont été assignées. Les trains, c’est fait pour relier les villes entre elles. Les TGV, les grandes villes entre elles. Et les bus pour relier les villages. Le problème de la SNCB, c’est qu’on a une vitesse commerciale qui est beaucoup trop basse pour un coût qui est extrêmement élevé. Si vous voulez qu’on fasse Mons-Bruxelles en 40 minutes, vous devez alors ne plus avoir d’arrêt comme Quévy, Frameries, même Jurbise, etc. »

À aucun endroit dans l’interview, il ne fait mention de la suppression de 481 gares. À propos de Jurbise, il parle donc de « point d’arrêt ».

Extrapolation

Contacté, Gaëtan De Baene explique : « J’ai voulu montrer ce que ça donnait si on appliquait son raisonnement à la Belgique. J’ai donc pris la gare de Jurbise et j’ai regardé les fréquentations similaires. » L’auteur explique avoir repris les valeurs du tableau de la SNCB et avoir multiplié par cinq la fréquentation moyenne par jour du lundi au vendredi afin d’obtenir la fréquentation totale du lundi au vendredi. Ensuite, il a ajouté les valeurs du samedi et du dimanche pour avoir la fréquentation moyenne sur toute la semaine, comme l’a fait Le Soir avec les valeurs de 2023. L’auteur a ensuite trié son tableau en prenant les gares avec une fréquentation inférieure à celle de Jurbise. « Finalement, j’arrive à ce chiffre de 481 gares. »

Ce calcul est donc une extrapolation sur base des propos tenus par le président du MR qui, à aucun moment, n’annonce vouloir supprimer 481 de gares dans cette interview. Pourquoi ne pas avoir repris le nombre de 60 gares dont parle le journal Le Soir ? « Quand j’ai lu 60 gares dans l’article et la mention de la gare de Jurbise, je n’ai pu m’empêcher de voir qu’il y avait une très claire dissonance entre la taille de la gare de Jurbise et les 60 gares qui sont les moins fréquentées et dont il serait apparemment question. Les ordres de grandeur ne sont pas du tout comparables. La gare la plus fréquentée des 60 les moins fréquentées étant de 546 montées par semaine (Viroux) et la gare de Jurbise étant de 9509 montées par semaine en 2024. »

60 gares: celles qui comptent moins de 100 montées par jour

Contacté, Georges-Louis Bouchez clarifie ses propos. « Je n’ai bien évidemment jamais dit ça et je ne l’envisage pas la moindre seconde », précise-t-il. « Ce que j’assume, c’est qu’on a la possibilité aujourd’hui, de fermer une soixantaine de gares, celles qui sont fréquentées par moins de 100 personnes par jour. Ca veut dire que, sur une journée, il y a moins de 100 personnes qui montent et qui descendent. Pourquoi ce raisonnement ? Parce que, pour moins de 100 personnes, on peut gérer le remplacement par un bus. »

Le nombre de 481 gares n’est donc pas correct. Il s’appuie sur un raisonnement qui n’est pas celui de la proposition du MR dans le cadre des discussions budgétaires. Le parti libéral a proposé la suppression de 60 gares, celles qui ont une fréquentation de moins de 100 personnes entre le lundi et le vendredi. Il est donc possible d’établir la liste des gares visées. Les voici :

Gaëtan De Baene maintient son raisonnement : pourquoi citer Jurbise dans ce cas ? « Il n’a peut être pas dit « je vais supprimer 481 gares » mot pour mot, j’explique d’ailleurs dans mon post comment je suis parvenu à ce chiffre avec la source. Il a par contre très clairement dit que Jurbise faisait partie des arrêts qui, selon lui, devraient être supprimés. Ce qui veut dire que 480 autres gares belges ayant les mêmes fréquentations pourraient l’être si on suit son raisonnement. »

« Je ne les ai pas données en exemple pour dire qu’il fallait les fermer », répond le président du MR. « Si on veut un Bruxelles-Mons en 40 minutes, c’est techniquement possible avec des trains à 120km/h. Mais alors, il faut prévoir des trains qui ne s’arrêtent plus à ces arrêts. Est-ce que ça ne doit plus jamais s’arrêter à une gare comme Jurbise ? Je n’ai pas du tout dit ça. »

Dans la proposition du MR, il y aurait donc les 60 gares à faire disparaître et d’autres gares, où la SNCB ferait diminuer le nombre d’arrêts afin d’améliorer la vitesse commerciale.

Supprimer des gares, « une possibilité » dans l’accord de gouvernement

Le gouvernement fédéral envisage-t-il de supprimer des gares ? La proposition du MR s’inscrit en fait clairement dans l’esprit de l’accord de gouvernement. À la p103, on peut lire : « Les arrêts seront adaptés aux évolutions de la demande effective et potentielle, avec […] la possibilité de fermer d’anciens arrêts actuellement désertés par les usagers. Cet exercice prendra en compte le potentiel d’amélioration de la ponctualité, de la vitesse commerciale, des modes alternatifs de transport public et des réalités budgétaires. »

L’accord ne prévoit certainement pas de supprimer automatiquement des arrêts sur la base d’un simple seuil de fréquentation

Nous avons donc interrogé le ministre de la Mobilité fédéral, Jean-Luc Crucke (Les Engagés), pour savoir s’il était question, à l’heure actuelle de supprimer des gares. « Je n’ai aucun tabou », répond-il. « Mais l’accord ne prévoit certainement pas de supprimer automatiquement des arrêts sur la base d’un simple seuil de fréquentation. Il demande également de tenir compte de la demande actuelle et potentielle, de l’impact sur la ponctualité et la vitesse commerciale, de l’existence d’alternatives de transport public et des réalités budgétaires. Il rappelle également l’importance du train local pour l’accessibilité des zones rurales. C’est cette ligne que je défends depuis le début de la législature. »

Une gare fermée, 20.000 euros d’économie

Le ministre rappelle également que la SNCB est une entreprise publique autonome avec un cadre décisionnel bien précis. « Une fermeture ne se décide pas par une déclaration politique », explique Jean-Luc Crucke. « Elle suppose une décision de son conseil d’administration dans le cadre prévu par son contrat de service public. » Ainsi, « toute évolution doit donc être objectivée et concertée avec les autorités locales et les opérateurs de transport concernés. »

Nous sommes donc très loin des milliards d’économies recherchés

Dans le contexte de recherches d’économies par le gouvernement fédéral, le ministre fédéral propose de « remettre l’enjeu budgétaire (de cette mesure, ndlr) à sa juste proportion ». Et de détailler les économies que représente la fermeture d’une gare. « Selon les chiffres communiqués par la SNCB, fermer un point d’arrêt représente environ 20.000 euros d’économie annuelle en frais d’entretien des abords et des équipements de vente. Nous sommes donc très loin des milliards d’économies recherchés au niveau fédéral. La question des points d’arrêt doit d’abord être traitée comme une question de qualité, d’efficacité et de maillage de l’offre ferroviaire, pas comme une mesure d’assainissement budgétaire. »

En conclusion,

  • Il est faux de dire que le président du MR « vient d’annoncer vouloir supprimer 481 des 554 gares belges ». Il s’agit d’une extrapolation.
  • Le MR a en revanche bien proposé de supprimer 60 gares, celles qui comptent, en moyenne, moins de 100 montées par jour du lundi au vendredi.
  • Dans son accord de gouvernement, le gouvernement fédéral s’est donné la possibilité de fermer ou d’ouvrir des gares mais pas sur le seul critère d’un seuil de fréquentation.
  • Si fermetures il y avait, elles devraient se faire dans le cadre d’un processus décisionnel strict où le gouvernement ne peut pas décider seul. Les opérateurs de transports, comme la SNCB, et les autorités locales doivent être concertées.
Croissance à 0%, inflation, faillites record, chômage en hausse : les chiffres de l’Arizona avancés par Paul Magnette sont-ils corrects ? - Featured image

31 Août: Croissance à 0%, inflation, faillites record, chômage en hausse : les chiffres de l’Arizona avancés par Paul Magnette sont-ils corrects ?

Croissance à 0%, inflation, faillites record, chômage en hausse : les chiffres de l’Arizona avancés par Paul Magnette sont-ils corrects ?

Le président du Parti socialiste était l’invité de Matin Première, ce lundi 31 août. Au micro de Laurent Mathieu, il a dressé un bilan particulièrement sombre de la santé économique du pays et de la Wallonie, imputable selon lui aux recettes politiques qui ne fonctionnent pas du gouvernement De Wever. Il a ainsi pointé la croissance, l’inflation, les taux d’intérêt, le nombre de faillites, le taux de création de PME, le taux d’emploi et le nombre de chômeurs en Wallonie. Après vérification, la plupart des chiffres cités sont justes (croissance, inflation, taux d’intérêt, nombre de faillites, taux d’emploi), mais d’autres données sont imprécises (taux de création de PME) ou tout à fait fausses comme le nombre de demandeurs d’emploi en hausse en Wallonie.

© RTBF / Paul Magnette, invité de Matin Première, ce lundi 31 août 2026.

Au lendemain de la rentrée du Parti socialiste, son président, Paul Magnette, était l’invité de Matin Première, ce lundi 31 août. Au micro de Laurent Mathieu, il a pointé le bilan économique de l’Arizona qu’il qualifie d' »échec total ». « La croissance est à 0%, l’inflation est à 4%, les taux d’intérêt augmentent, on n’a jamais eu autant de faillites, le taux de création de PME n’a jamais été aussi bas, le taux d’emploi n’augmente pas et on a même 35.000 chômeurs en plus en Wallonie ».

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

« La croissance est à 0%”

Selon les dernières prévisions de la Banque nationale de Belgique, « sur la base des hypothèses actuelles, la croissance économique en Belgique ralentirait considérablement, tombant à un niveau quasi nul au deuxième trimestre de 2026, avant de repartir assez rapidement à la hausse. En glissement annuel, la croissance du PIB s’établirait à 0,6% cette année, contre 1% l’an dernier. »

Autrement dit, lors du dernier trimestre écoulé, la croissance économique était bien à un niveau « quasi nul », mais la croissance étant généralement évoquée sur une base annuelle, elle devrait s’établir pour l’année en cours à 0,6%.

La déclaration de Paul Magnette est donc plutôt vraie, légèrement exagérée.

“L’inflation est à 4%”

L’inflation selon l’indice européen des prix à la consommation harmonisé, est publiée mensuellement par Statbel, l’office de statistique officiel de la Belgique. Lors de son dernier rapport en août 2026, il la situait à 3,6% par rapport à aout 2026 contre 3,3% en juin et 4,0% en mai. En début d’année, elle était plutôt autour de 2% avec un bond à 4,2% en avril.

Selon les dernières prévisions de la Banque nationale de Belgique, l’inflation totale devrait atteindre 3,4% en moyenne sur l’année 2026.

L’affirmation de Paul Magnette est donc plutôt vraie, légèrement surévaluée.

“Les taux d’intérêt augmentent”

Il n’existe pas de taux d’intérêt officiel ou légal en Belgique. Cela implique donc qu’il n’y a pas une seule et unique source de référence qui permette d’établir que les taux sont à la hausse ou à la baisse. D’ailleurs, les taux d’intérêt peuvent désigner plusieurs réalités différentes.

Pour les entreprises et les particuliers, il s’agit des taux d’intérêt auxquels ils empruntent auprès de leur banque. Pour l’État, il s’agit des taux proposés par les candidats à l’acquisition de parts de la dette belge sur le marché obligataire.

Ces différents taux ne sont pas forcément identiques, mais ils se suivent puisqu’ils dépendent tous, d’une manière ou d’une autre, des « taux directeurs » fixés par la Banque centrale européenne (BCE) qui s’élevaient, lors de leur dernière mise à jour en juillet dernier à 2,25% ce qui concerne le taux de dépôt, qui sert de référence. Ce taux a été augmenté, pour la première fois depuis juillet 2025, en juin dernier en raison des craintes sur l’inflation liée à la guerre au Moyen-Orient.

Le taux précédent était de 2%, mais il était avant cela en baisse constante depuis son record de 4% en septembre 2023, au plus fort de l’inflation liée à la guerre en Ukraine et la reprise économique post-Covid.

De manière générale, lorsque ce taux directeur augmente, les taux sur le marché hypothécaire pour les particuliers ou obligataire pour les États augmentent, et c’est d’ailleurs la raison d’être de ces taux directeurs.

En ce qui concerne les taux constatés par les particuliers auprès de leur banque, l’une des références est le baromètre des taux du site immotheke-finotheker qui renseigne un taux de 4,26% pour un emprunt de 250.000 euros à taux fixe pendant 25 ans, avec apport de 20% du montant. Ce taux-là augmente sans discontinuer depuis mars 2025, et est au plus haut depuis avril 2012.

Enfin, le taux auquel la Belgique emprunte sur le marché des obligations (c’est le nom donné aux parts de la dette belge) a augmenté en août 2026 à 3,8% sur dix ans, son niveau le plus élevé depuis 2012. Là encore, l’explication provient d’une inflation élevée générée notamment par des craintes autour de la situation géopolitique au Moyen-Orient, et l’augmentation des taux directeurs de la Banque centrale Européenne, expliquait alors Jean Deboutte, directeur de l’Agence fédérale de la dette.

Paul Magnette a donc raison lorsqu’il indique que les taux d’intérêt augmentent.

“On n’a jamais eu autant de faillites”

Le nombre de faillites en Belgique est enregistré chaque mois par Statbel pour les trois régions du pays. Un décompte annuel est ensuite réalisé en fin d’année. Ce décompte annuel ne montre évidemment pas de chiffre record pour 2026 car l’année est en cours. Il montre néanmoins que, depuis l’année 2000, le record du nombre de faillites annuelles date de 2013 avec 11.740 faillites déclarées dans le pays. Les chiffres de l’année 2025 ont frôlé ce record, mais ne l’ont pas battu avec 11.685 faillites.

Pour l’année 2026, le nombre de 6947 faillites déjà référencées pour les sept premiers mois ne permet pas à lui seul de savoir si l’année en cours battra le record. Pour le déterminer, nous pouvons comparer le nombre de faillites sur les douze derniers mois et répéter cet exercice jusqu’aux données les plus anciennes en janvier 2000.

 

Cette méthode recense un total de 11.861 sur les douze derniers mois, juste en dessous du record d’avril 2026 (de 11.918 faillites sur les douze derniers mois). En 2013, le nombre le plus haut sur douze mois a été en décembre 2013 avec 11.740 faillites enregistrées.

Paul Magnette a donc raison lorsqu’il dit qu' »on n’a jamais eu autant de faillites », en Belgique, selon les données disponibles.

“Le taux de création de PME n’a jamais été aussi bas”

Le taux de création de PME représente le nombre de créations de PME « rapportées au nombre de PME assujetties à la TVE actives au 31 décembre de la précédente année », rapporte le SPF Economie sur son site. Autrement dit, s’il y a eu 110 PME créées cette année contre 100 au 31 décembre de l’année dernière, le taux de création est de 10%.

Le SPF calcule ce taux sur base des chiffres absolus de Statbel et indique pour la dernière année disponible (2024) un taux de 9,7% de création de PME. Depuis 2014, c’est le deuxième taux le plus faible après 2015 (9,5%). Toutes les autres années, ce taux était entre 10% et 11,6%.

En conclusion, le dernier chiffre disponible (2024) n’est pas forcément assez récent pour pouvoir donner une vue précise de la situation actuelle. Ce chiffre n’est pas non plus imputable à l’Arizona puisque le gouvernement De Wever a prêté serment en février 2025. Enfin, la période de 10 ans proposée par le SPF Economie est un peu courte pour conclure que ce taux n’a « jamais été aussi bas ».

Les données disponibles ne permettent donc pas de confirmer complètement l’affirmation de Paul Magnette selon laquelle ce « taux de création de PME n’a jamais été aussi bas », et si c’est le cas, cela ne peut pas être imputé au gouvernement fédéral actuel comme le sont toutes les autres affirmations.

Invité à réagir, le PS indique que même si « les chiffres les plus récents datent effectivement de 2024, […] on constate une tendance qui s’accentue ces derniers mois. Le rapport annuel PME de GraydonCreditSafe-UCM-Unizo publié en mars 2026 montre que le taux de création nette d’entreprises est toujours en diminution. Si les données ne permettent pas encore de le vérifier avec certitude, on ne peut pas affirmer que cette déclaration est fausse étant donné le contexte de récession décrit (tel que le nombre de faillites qui augmente, la baisse de la consommation des ménages qui s’aggrave avec les mesures prises telles que les sauts d’index). Tout au plus, on peut dire qu’il s’agit d’une tendance qui n’est pas encore documentée. »

“Le taux d’emploi n’augmente pas”

La mesure du taux d’emploi, c’est-à-dire le ratio entre le nombre de personnes qui travaillent et le nombre de personnes en âge de travailler est généralement estimé par l’enquête sur les forces de travail trimestrielle publiée par Statbel. En Belgique, le dernier taux, lors du 1er trimestre de 2026 pour la population de 20-64 ans était de 72,8%.

Lors de l’entrée en fonction du gouvernement Arizona, en février 2025, il était de 72,6%. Il a ensuite augmenté à 73,3% pour se stabiliser depuis trois trimestres autour de 72,7%-72,8%.

Avant cela, sur la période post-Covid 2021-2024, le taux d’emploi avait globalement augmenté de 70% à 72%.

L’affirmation de Paul Magnette selon laquelle le taux d’emploi n’augmente pas est donc vraie.

“On a même 35.000 chômeurs en plus en Wallonie”

Contacté, l’entourage de Paul Magnette indique avoir consulté les chiffres du Forem, l’Office wallon de la formation professionnelle et de l’emploi, entre 2024, dernière année d’action du précédent gouvernement wallon et 2026.

Le tableau interactif du Forem renseigne 232.490 demandeurs d’emploi en moyenne en 2024 contre 267.221 en moyenne sur l’année 2026, qui est toujours en cours. La différence est de 34.731 demandeurs d’emploi, très proche du chiffre de 35.000 cité par Paul Magnette.

© RTBF / Capture d’écran montrant une différence d’environ 35.000 demandeurs d’emploi en Wallonie entre 2024 et 2026.

Cette méthode pose cependant deux problèmes.

D’une part, le chômage est cyclique, il augmente à peu près chaque année à la même période (en juillet, lorsque les jeunes sortent de l’école ou de formation et s’inscrivent au Forem) pour baisser à peu près chaque année à la même période (souvent au mois de novembre). En conséquence, on ne peut pas comparer une année complète (2024) avec une année incomplète (2026). On ne peut pas non plus comparer deux mois différents de deux années différentes, par exemple février 2025, mois d’arrivée de l’Arizona et juillet 2026, chiffres les plus récents.

Pour contourner cet écueil, il faudrait comparer le dernier chiffre disponible (juillet 2026 : 260.484 demandeurs d’emploi) avec le même mois de 2024 (242.079 demandeurs d’emploi). La différence n’est plus que de 18.405 demandeurs d’emploi.

D’autre part, les chiffres du Forem ont subi un changement de méthodologie suite à une décision du gouvernement wallon précédent, dans lequel figurait le PS et dont la ministre de l’Emploi était Christie Morreale (PS). À travers le décret relatif à l’accompagnement orienté coaching et solutions des chercheurs d’emploi du 12 novembre 2021, tous les demandeurs d’emploi doivent désormais être inscrits au Forem, ce qui n’était pas forcément le cas avant. L’objectif de cette réforme était d’avoir une vue plus réaliste, fidèle et complète de la population à la recherche d’un emploi.

Cela concerne par exemple des jeunes qui ne touchent pas le chômage, des exclus du chômage repris au CPAS, des personnes migrantes qui arrivent dans le pays et qui n’ont pas droit au chômage. Toutes ces personnes, par le passé, n’étaient pas obligées d’être inscrites au Forem, et étaient parfois automatiquement retirées des décomptes après trois mois. Aujourd’hui, elles sont inscrites et reprises dans la catégorie « Demandeurs d’emploi libres inoccupés » sans pour autant qu’on puisse en déduire qu’il y a plus de demandeurs d’emploi qu’avant.

Ce décret est entré en vigueur en décembre 2021. Et depuis lors, c’est bien cette catégorie de demandeurs d’emploi libres qui a explosé : 12.273 personnes en janvier 2022, 112.787 aujourd’hui, en partie avant les vagues d’exclusion du chômage qui sont venues grossir ce groupe, en partie après.

Car à cette réforme s’est ajoutée la réforme du chômage du gouvernement fédéral excluant les demandeurs d’emploi de plus de deux ans et les jeunes en stage d’insertion, ce qui a drastiquement fait baisser deux catégories (les demandeurs d’emplois demandeurs d’allocation, et les jeunes demandeurs d’emploi en stage d’insertion) mais qui a continué à alimenter la catégorie des demandeurs d’emploi libres inoccupés.

Autrement dit, en raison de ces deux réformes, les comparaisons statistiques sont impossibles.

La comparaison la plus pertinente, car elle évite l’effet de ceux des réformes, et la plus récente, consistera à comparer le dernier mois avant les premiers effets de la réforme du chômage (février 2026) avec d’autres mois de février, et sans tenir compte du nombre de demandeurs d’emploi sans les libres inoccupés.

  • Février 2024 : 170.758
  • Février 2025 : 172.719
  • Février 2026 : 171.215

Cette comparaison donne alors des chiffres tout à fait stables, avec moins de 500 demandeurs d’emploi en plus en deux ans.

Paul Magnette a donc tort lorsqu’il indique qu’il y a 35.000 demandeurs d’emploi en plus en Wallonie. Et si le chiffre existe bel et bien sur le site du Forem, il ne tient pas compte des ruptures statistiques provoquées par la réforme de l’inscription au Forem et l’exclusion du chômage après deux ans.

Contacté, le PS conteste cette analyse et indique que « si l’on compare la moyenne des sept premiers mois de 2024 et la moyenne des sept premiers mois de 2026, on constate qu’il y avait 227.583 demandeurs d’emploi en 2024 contre 267.221 en 2026, soit une progression de 39.638 demandeurs d’emploi ».

Or ce calcul est à nouveau influencé par l’obligation d’inscription de tous les demandeurs d’emploi qui fausse les comparaisons. « Nous prenons en compte le nombre total de demandeurs d’emploi pour évaluer la situation sur le marché du travail car cela permet de neutraliser les changements réglementaires qui maquillent les chiffres du chômage sans que ces personnes ne soient réellement retournées à l’emploi », conteste le PS pour qui « On ne peut pas dire que le chiffre est faux. On peut tout au plus dire qu’il n’est pas possible de vérifier si, sans la réforme du chômage, il y aurait eu davantage ou moins de chômeurs indemnisés. »

Le PS maintient donc sa présentation des chiffres du chômage en Wallonie, malgré les ruptures statistiques expliquées.

En conclusion

Paul Magnette a globalement raison sur la plupart des sept points factuels évoqués sur La Première ce lundi matin. La croissance est bien proche de 0%, l’inflation proche des 4%, les taux d’intérêt qui augmentent, le nombre de faillites à un record, et le taux d’emploi qui n’augmente pas.

En revanche, les données disponibles ne permettent pas de trancher définitivement le fait que le taux de création de PME est au plus bas, ni de confirmer une augmentation de 35.000 demandeurs d’emploi en Wallonie. Sur ce dernier point, les comparaisons prudentes évitant les ruptures statistiques montrent plutôt un nombre de chômeurs stable en Wallonie, contrairement à ce qu’indique Paul Magnette.

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08 Août: Des journalistes de la VRT accusés à tort d’une mise en scène avec un jeune migrant à Ceuta

Des journalistes de la VRT accusés à tort d’une mise en scène avec un jeune migrant à Ceuta

Des images montrant une équipe de tournage de VRT NWS sur une plage de Ceuta ont été relayées sur les réseaux sociaux et par certaines chaînes françaises. Les commentaires suggèrent ou laissent planer le doute sur le fait que les journalistes auraient créé une mise en scène. C’est faux. L’équipe de la VRT était en train de tourner des plans de coupe d’un garçon interviewé et l’ont prévenu quand la caméra a arrêté de tourner.

© VRT / Chems, 15 ans, est filmé par la VRT dans le cadre d’un sujet sur la situation à Ceuta.

La rédaction de Faky a été interpellée ce jeudi 6 août 2026 via notre bouton « Alertez-nous » par un citoyen qui venait d’entendre et de voir une séquence intitulée : « Ceuta : une guerre de communication? » sur CNews et Europe1, dans l’émission Punchline codiffusée sur les deux chaînes.

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

Dans son intervention, le journaliste, Pierre Crépy, y décrit une « vidéo virale qui fait polémique depuis plusieurs jours », selon les mots de la présentatrice qui lance son intervention.

Dans la version télévisée, on peut voir cette vidéo en boucle pendant que celui-ci la décrit en donnant des éléments de géolocalisation.

Ces images montrent une équipe de tournage filmant un jeune garçon assis sur un rocher sur une plage. Elle communique ensuite avec lui, plusieurs membres lui faisant un signe de la main avec le pouce en l’air. Le garçon se lève alors et marche dans leur direction. Sur la bonnette du micro de la caméra, figure le logo de VRT NWS, la rédaction de la télévision et radio flamande publique belge.

La présentatrice de CNews et Europe1 interroge le journaliste : « Est-ce qu’on peut dire ou non que cette vidéo montre une mise en scène journalistique? ». La réponse de Pierre Crépy laisse planer le doute. « C’est difficile à dire », réplique-t-il. « En tout cas, les images nous le laissent penser, mais il faut être factuel. Il y a eu une enquête qui a été menée par un média espagnol qui s’appelle RTVE. Alors, de leur côté, ils ont pu contacter la radio-télévision flamande, donc VRT NWS, qui leur assure que toutes ces images ont été filmées dans le cadre d’un reportage, que ce ne sont que des images d’illustration qu’il a fallu communiquer avec le garçon, mais que la scène en elle-même était d’origine et qu’elle n’avait pas été trafiquée. Alors, il y a évidemment des doutes qui peuvent persister parce qu’on le voit, effectivement, les journalistes le remercient. Le garçon s’en va tout de suite comme si tout était déjà ordonné. Mais difficile de dire si c’est bien une mise en scène ou pas. »

« Une vidéo virale »

La vidéo montrée dans cette chronique a en effet circulé sur la toile avant que CNews et Europe1 n’en parlent. Elle a notamment été diffusée sur des comptes hispanophones liés à l’extrême droite.

L’un d’eux est le profil X de Revuelta, le lundi 3 août. Il s’agit d’une organisation de jeunesse qui était liée au parti d’extrême droite Vox lorsqu’elle a été fondée en 2023. Elle s’en est ensuite désolidarisé en 2025. Elle accompagne la vidéo de ce commentaire : « C’est ainsi que la télévision manipule les mineurs marocains à Ceuta pour susciter la compassion et justifier leur répartition dans toute l’Espagne. »

D’autres chaînes anti-immigration publient également la vidéo. Par exemple, le compte El Alcázar, qui se décrit comme proposant une « actualité politique depuis une perspective nationaliste. L’Espagne d’abord », avec ce commentaire : « RTVE a été prise en flagrant délit d’enregistrement de séances photo mettant en scène des mineurs à Ceuta afin de justifier l’invasion. »

Il est donc faux de dire qu’il s’agit d’une équipe de RTVE, la chaîne publique espagnole puisque le logo de la VRT est bien visible. La rédaction du média espagnol l’a confirmé.

D’autres comptes, francophones, ont également diffusé la vidéo avec ce genre de commentaires. Comme ici: « À Ceuta, en Espagne, des journalistes VRT (Belges flamands) ont été filmés en train de mettre en scène un mineur pour produire des images destinées à susciter la compassion  » Ou encore là: « Des journalistes ont été filmés en train de mettre en scène un mineur afin de le filmer et de susciter la compassion autour de la situation à Ceuta. »

Malgré la viralité de la vidéo, « aucun [de ces auteurs] ne contacte VRT NWS pour obtenir plus d’explications », explique le média public flamand dans un article publié le 5 août.

« Il ne faut d’ailleurs pas longtemps avant que le message ne soit également repris par des chaînes pro-russes dans le but d’attiser la polarisation », a enquêté la rédaction de la VRT, avec qui Faky, notre rédaction de fact-checking, collabore régulièrement.

Les images ont en effet été diffusées le 4 août par Pravda. Il s’agit d’un réseau russe qui mène des opérations d’influence sur plusieurs plateformes et dans diverses langues, manipule Wikipédia, les LLM (Large Language Models, modèles d’intelligence artificielle entraînés sur de très grands corpus de textes) et X pour amplifier les discours pro-Kremlin. La question de l’immigration y est souvent abordée car il s’agit d’un sujet qui provoque des tensions en Europe.

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Chems, 15 ans, s’abreuvait sur la plage

Dans ce même article, le média public flamand a donné le contexte de la scène. Il s’agit bien d’une de leur équipe en train de réaliser un reportage pour le journal télévisé destiné aux enfants de 9 à 12 ans, appelé Karrewiet. « Afin de rendre l’actualité aussi compréhensible que possible pour les jeunes, le journal fait généralement intervenir des jeunes », explique la rédaction de VRT NWS dans cet article.

Le reportage a été publié lundi 3 août 2026 avec comme titre « Deze Marokkaanse jongeren willen een beter leven in Europa » ou en français : « Ces jeunes Marocains aspirent à une vie meilleure en Europe ». On y découvre entre autre l’histoire de Chems, 15 ans dont « les parents ignorent où il se trouve » et que le garçon « n’arrive pas à joindre », explique la journaliste dans la voix off du reportage.

Chems est interviewé. « Mercredi, je suis parti et j’avais un téléphone avec moi. Je l’avais placé dans un sac plastique atour de mon cou. Mais le téléphone s’est cassé et je ne connais pas le numéro par cœur. » La journaliste décrit ensuite la situation sur place dans sa voix off. À aucun moment, il n’est dit que l’Espagne ou un autre pays de l’UE devrait accueillir les migrants, comme cela est suggéré sur les réseaux sociaux.

Dans cette séquence, au moment où Chems est présenté, à la 21e seconde, on le voit s’abreuver près de militaires espagnols. C’est pour avoir cette image d’introduction que l’équipe a filmé Chems sur la plage. C’est de là que sont issues les images virales. L’équipe se trouve sur la Playa del Trampolín où séjournent de nombreux réfugiés et où des soldats de l’unité d’infanterie espagnole « Regulares » distribuent de l’eau.

Roel Nollet, journaliste de VRT NWS était sur place. Il a réalisé le reportage. « Nous avons discuté avec les jeunes pour savoir pourquoi ils étaient venus à Ceuta de leur propre initiative « , explique-t-il. « Nous leur avons demandé leur autorisation pour les filmer alors qu’ils se rendaient au point d’eau sur la plage, ce que beaucoup de gens faisaient là-bas. »

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« Avant même qu’ils ne commencent à s’abreuver, nous leur avons demandé si nous pouvions les interviewer pour le journal télévisé des jeunes », continue Roel Nollet. « Nous avons réalisé l’interview avec Chems avant même qu’il ne commence à boire. Après notre entretien, il a voulu boire et nous lui avons demandé si nous pouvions filmer cette scène. »

« La première fois qu’il a bu, les images étaient floues ; nous lui avons donc demandé de boire une deuxième fois. Nous lui avons également demandé de continuer à marcher après, afin que nous puissions filmer cela aussi. »

Comme le montrent les images des rushes ci-dessous, après avoir bu, le garçon a continué à marcher un moment, puis s’est assis sur un rocher. « Nous ne lui avons absolument pas demandé de faire ça », précise le journaliste flamand. « Quand nous avons arrêté de filmer, nous avons levé le pouce pour lui signaler que c’était terminé et pour le remercier. »

Afin de prouver cette contextualisation, VRT NWS a fourni les rushes, autrement dit, les images brutes filmées à ce moment-là.

« Ces images ont été utilisées dans un reportage télévisé et sur les réseaux sociaux pour expliquer les événements survenus à Ceuta, en s’adressant tout particulièrement aux jeunes », réagit Luc van Bakel, rédacteur en chef chez VRT NWS. « Nous regrettons donc profondément que ce court extrait ait été délibérément sorti de son contexte sur les réseaux sociaux, dans le seul but d’attiser la polarisation. »

« Le récit n’a en aucun cas été influencé et toutes les personnes présentes sur la plage pouvaient demander de l’eau potable aux soldats, ce qu’elles ont d’ailleurs obtenu. Nous n’avons donc rien mis en scène qui ne se soit pas réellement passé à ce moment-là. »

Des plans de coupe

Si vous avez déjà participé à l’enregistrement d’un reportage, vous l’avez peut-être déjà vécu. Il s’agit en effet d’une pratique courante de la part d’une équipe de tournage d’un sujet du journal télévisé : demander à la personne interviewée de répéter un geste ou une activité réalisée à la base naturellement afin d’avoir une bonne prise ou plusieurs angles de vue de la scène, les équipes de tournage ayant très rarement plusieurs caméras avec elles. Les équipes ne demandent pas aux personnes interviewées de rejouer des actions qu’elles n’auraient pas effectué spontanément.

Conformément à la déontologie journalistique, les équipes préviennent ainsi quand la caméra commence à tourner et quand elle s’arrête, d’où le pouce levé de l’équipe de tournage.

Dans le montage du sujet, ces images permettent de faire apparaître la personne à l’image avant son interview. Et d’y poser un commentaire pour contextualiser sa prise de parole. Dans ce cas-ci, VRT NWS a introduit Chems avec le commentaire « Chems a 15 ans. Ses parents ne savent pas où il se trouve et il n’arrive pas à les joindre. » On appelle cela des plans de coupe. L’image de Chems assis sur la plage a également servi à conclure le sujet diffusé par la VRT.

En conclusion :

  • Les images diffusées et/ou décrites par CNews, Europe1 et sur les réseaux sociaux ne sont en aucun cas « une mise en scène » destinée à manipuler l’opinion dans une « guerre de l’information ».
  • Le reportage de VRT NWS décrit de manière factuelle ce qu’il se passe à Ceuta en ce moment dans un format destiné aux enfants de 9 à 12 ans.
  • À la fin de l’enregistrement, les journalistes font bien un signe de la main pour prévenir le jeune garçon, Chems, que la caméra est coupée, comme cela se fait habituellement en tournage mais cela n’est en aucun cas une preuve de mise en scène.

Note éditoriale: L’article a été modifié le 12 août 2026 pour préciser et nommer correctement ce qu’est un « Large Language Model », en description de ce que fait le réseau Pravda.

Les voitures rejettent-elles plus de chaleur que les climatiseurs, comme l’affirme François Gemenne ? - Featured image

09 Juil: Les voitures rejettent-elles plus de chaleur que les climatiseurs, comme l’affirme François Gemenne ?

Les voitures rejettent-elles plus de chaleur que les climatiseurs, comme l’affirme François Gemenne ?

Le climatologue François Gemenne a affirmé sur la chaîne de télévision française LCI que la circulation automobile génère davantage de chaleur que les systèmes de climatisation. Si les flux routiers s’avèrent effectivement plus émetteurs, la réalité est à nuancer selon le type de voiture, l’urbanisme et le nombre de climatiseurs en service.

© Getty Images et JOEL SAGET / AFP

© Getty Images et JOEL SAGET / AFP

© Getty Images et JOEL SAGET / AFP / Montage RTBF (François Gemenne, à gauche et voiture garée devant une climatisation en Argentine, à droite)

À peine retombée la plus intense vague de chaleur jamais enregistrée en Europe occidentale, les débats télévisés s’enflammaient encore ce dimanche 28 juin 2026 autour des conséquences d’un phénomène appelé, de toute évidence, à se répéter.

Ce fut notamment le cas sur la chaîne française LCI qui a organisé une discussion autour de cette question : « La canicule s’achève, le pire à venir à l’hôpital ? ». Sur le plateau, le spécialiste de la gouvernance du climat et des migrations, François Gemenne, a répondu en dénonçant notamment « le débat absurde sur la climatisation ».

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

Selon le directeur de l’Observatoire Hugo à l’université de Liège, « sur les rejets de chaleur locaux, les voitures rejettent plus de chaleur que les climatiseurs ». Avant de poursuivre que si la climatisation a de « petits impacts sur l’environnement », elle a « d’énormes bénéfices sur la santé publique ».

L’affirmation du climatologue François Gemenne selon laquelle les voitures – en prenant en compte leur emplacement, leur carrosserie ou leur moteur – dégagent plus de chaleur que la climatisation est-elle exacte ?

Chaleur émise par les voitures à l’arrêt

Pour vérifier cette affirmation, il faut d’abord analyser l’empreinte thermique des véhicules. Sollicité par la RTBF, François Gemenne indique que ses conclusions concernant la chaleur émise par les voitures reposent notamment sur les données d’une étude mexicaine parue en 2022.

Les chercheurs ont modélisé différentes configurations de « canyons urbains » orientés nord-sud ou est-ouest, afin de mesurer la hausse des températures sur les façades liée au nombre de véhicules (0, 10 ou 20) immobilisés à un feu rouge. Les résultats montrent que l’orientation des rues et le vent jouent un rôle déterminant.

Ainsi, dans une rue est-ouest (ombragée toute la journée) et sans vent, l’arrêt des voitures fait grimper le thermomètre d’environ 1 °C (passant de 32 à 33 °C). En revanche, le phénomène s’emballe dans une rue nord-sud, beaucoup plus ensoleillée : à l’abri du vent, la présence des véhicules y fait bondir la température de 3,5 °C (de 38 à 41,5 °C), marquant un impact bien plus sévère.

Suivant ces conclusions, François Gemenne confirme que son « raisonnement est de dire que globalement, dans une ville comme Paris, qui est une ville très dense, peu climatisée mais très embouteillée, les rejets de chaleur engendrés par les véhicules sont très clairement supérieurs aux rejets de chaleur engendrés par les climatiseurs ». Avant d’ajouter que « c’est pareil pour Bruxelles, qui est également une ville très embouteillée et peu climatisée ».

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Le climatologue nuance toutefois en précisant que cette étude est une modélisation sur l’impact sur une façade des rejets de chaleur des voitures immobilisées à un feu rouge sur pendant une période donnée et donc une version mathématique du terrain qui n’est jamais une réplique parfaite de la réalité.

L’urbaniste Clément Gaillard, spécialisé dans l’adaptation au changement climatique, abonde en ce sens. Cette étude mexicaine comporte des limites puisqu’elle porte sur une échelle « micro », qui varie d’une ville à l’autre, ou d’un quartier à l’autre, selon sa configuration. Autrement dit, outre l’orientation de la rue, la chaleur émise par les voitures « va beaucoup dépendre [sa] largeur : plus une rue est étroite plus ça va poser problème », précise l’expert.

 

Noire ou blanche

La configuration urbaine n’est pas la seule variable qui joue sur le niveau de chaleur émise par les voitures, toujours à l’arrêt. En effet, leurs couleurs et leurs matériaux sont des facteurs déterminants dans ces niveaux de chaleur.

Ainsi, une étude portugaise citée par François Gemenne, menée à Lisbonne, a montré que les véhicules noirs provoquaient une surchauffe très localisée, à quelques dizaines de centimètres du véhicule. Selon ces chercheurs, cette couleur a un niveau d’émissivité de 0,95 (soit la capacité d’un corps ou d’une surface à absorber et à émettre l’énergie rayonnée, comprise entre 0 (réflecteur parfait, donc aucun rayonnement propre) et 1 (émetteur et absorbeur parfait). À l’inverse, les voitures blanches ont un niveau d’émissivité de 0,85 et les voitures argentées de 0,80. Et donc, plus la carrosserie est de couleur claire, moins elle émet de chaleur.

En plus de la couleur, les matériaux qui constituent les voitures dégagent plus ou moins de chaleur. Ainsi, l’acier qui constitue la plus grande partie de la carrosserie a une conductivité thermique comprise 14,6 et 16 watts par mètre kelvin (W/m-K). Mais c’est surtout l’aluminium, deuxième matériau d’une carrosserie présent sur le capot ou le coffre, qui dégage le plus de chaleur avec une conductivité thermique comprise entre 225 et 235 W/m-K, selon cette étude. En résumé, les matériaux d’une voiture, à commencer par l’acier et l’aluminium renvoient énormément de chaleur du soleil préalablement absorbée.

Tableau 1. Propriétés radiatives et thermiques des peintures automobiles, des matériaux de construction automobile et de l’asphalte. Les pourcentages indiqués après les couleurs représentent leur proportion dans le parc automobile européen.
Catégorie Type / Matériau Albédo (α) / Densité (kg/m³) Émissivité (ε) / Capacité thermique (J/kg·K) Conductivité thermique (k) (W/m·K)
Peinture automobile Blanc (17,4 %) 0,75 – 0,85 0,85 —
Noir (19,9 %) 0,05 – 0,10 0,95 —
Argent (7,5 %) 0,50 – 0,60 0,80 —
Gris (24,0 %) 0,30 – 0,45 0,85 —
Bleu (16,9 %) 0,25 – 0,40 0,85 —
Asphalte Propriétés radiatives ~0,05 – 0,20 0,90 – 0,95 —
Matériel Acier 7500 468 – 502 14.6 – 16
Plastiques 1000 1250 0,1 – 0,5
Aluminium 2700 887 – 921 225 – 235
Caoutchouc 1000 1966 – 2005 0,08
Verre 2500 792 0,8 – 1
Asphalte 2500 ~920 0,7 – 1,0

Sources : M. Matias, G. Mills, T. Silva, C. Girotti, A. Lopes

Thermiques vs électriques

Si la couleur, les matériaux et l’orientation de la rue au feu rouge comptent, le type de moteur reste le facteur déterminant dans les émissions de chaleur du véhicule une fois le contact mis. C’est ce qu’indique François Gemenne lors de l’échange avec notre rédaction : « Il est certain que les voitures électriques ne rejettent pas de chaleur, comme les voitures qui ont un moteur à combustion ».

Une étude de 2014 publiée dans Nature concluait déjà que l’adoption des véhicules électriques présente un potentiel majeur pour l’atténuation des îlots de chaleur urbains grâce à des rejets thermiques inférieurs à ceux des véhicules non électriques. Ces chercheurs prenaient l’exemple de la ville de Pékin où les véhicules électriques ne généraient alors que 19,8% de la charge thermique des véhicules non électriques.

Selon eux, si tous les véhicules de Pékin étaient remplacés par des véhicules électriques, la ville serait environ 1 °C plus fraîche en été.

Une voiture [thermique] c’est essentiellement une machine à faire de l’air chaud

Clément Gaillard, urbaniste

Plus d’une décennie plus tard, le constat est le même. Selon l’étude portugaise citée ci-dessus qui date de 2025, les gaz d’une voiture thermique sont expulsés à une température d’environ 400 °C et la température de fonctionnement du moteur est d’environ 95 °C.

Clément Gaillard explique ainsi qu’en ce qui concerne les véhicules thermiques, « il n’y a que 20% de l’énergie produite qui se transforme en énergie pour faire avancer la voiture. Le reste, 80%, c’est de la chaleur. Une voiture [thermique] c’est essentiellement une machine à faire de l’air chaud ». À l’inverse, poursuit l’urbaniste, « le rendement d’un moteur électrique est proche de 100%. Il est presque parfait. »

Ainsi, plus le parc automobile d’une ville sera électrifié, moins la chaleur émise par les véhicules sera importante. C’est d’ailleurs ce que pointe François Gemenne lors de son échange avec notre rédaction : « on peut faire l’hypothèse par exemple que, à Bruxelles, les rejets de chaleur des voitures seraient un peu moins importants parce que le parc automobile belge est davantage électrique que le parc automobile français. »

En effet, selon les données de Ecoscore.be, transmises par l’administration bruxelloise, les véhicules électriques représentent 5,3% du parc automobile de Bruxelles. Tandis qu’à Paris, cette part avoisine les 4%.

Le bitume bout

Voitures électriques ou thermiques, une fois en mouvement elles convertissent de la même manière l’énergie cinétique en chaleur et leurs pneus frottent tout autant sur le bitume, créant aussi de la chaleur.

L’infographie ci-dessous détaille les différents effets d’absorption ou de réflexion de la chaleur par les voitures.

Impact des véhicules sur les environnements urbains (d’après Chapman & Thornes et Prusa et al.) © RTBF

Par ailleurs, peu importe le type de motorisation, une voiture a besoin d’équipements urbains pour rouler, à commencer par de vastes étendues d’asphalte chauffées par le soleil. Indispensables, ces voiries ont un impact clef sur les températures en ville. Selon l’étude portugaise citée ci-dessus, l’asphalte a un niveau d’émissivité élevé, de l’ordre de 0,90-0,95. Et donc aussi important qu’une voiture avec une carrosserie noire.

Toutefois, il semble difficilement imaginable aujourd’hui de supprimer les routes dans une ville, estime Clément Gaillard. Car « si elles servent effectivement à faire rouler des voitures, elles servent aussi aux camions qui nous livrent pour qu’on puisse manger, aux véhicules de secours quand on ne va pas bien, ou ceux de la police quand on a un problème… ». Avant d’ajouter que si c’est uniquement pour ces usages de première nécessité, alors ces voiries sont peut-être surdimensionnées : « on n’a pas besoin d’avoir des quatre voies ou des trois voies dans les rues pour cela ».

Comment adapter nos villes au changement climatique ? Testez par vous-même

Comment adapter nos villes au changement climatique ? Testez par vous-même

Outre la réduction de la surface bitumée en ville, il existe d’autres solutions pour réduire la chaleur rejetée par ces voiries exclusivement dédiées au passage des véhicules, comme la végétalisation des rues, la mise en place de points d’eau ou le développement de mobilité douce.

Chaleur des climatiseurs

Une fois l’émission de chaleur des véhicules décrite et expliquée, il convient de s’intéresser à la seconde partie de l’affirmation de François Gemenne qui la compare avec celle des climatiseurs. La première étant plus importante que la seconde, selon lui.

Aujourd’hui, la littérature académique est unanime : si les climatiseurs rafraîchissent bien les intérieurs, il est indéniable qu’ils réchauffent les rues, entre + 0,5 °C et + 2,3 °C selon les études.

C’est donc moins que la chaleur émise par les voitures, en prenant par exemple, l’étude mexicaine citée ci-dessus qui calculait une hausse de la température entre 1 °C et 3,5 °C selon l’orientation de la rue. Toutefois, les méthodologies de calcul diffèrent. Deux études reposant sur des méthodologies différentes ne permettent pas d’aboutir à une conclusion rigoureuse.

Pour aller plus loin, il convient de regarder quelles sont les projections du nombre de climatiseurs installés à l’avenir et l’endroit où ils sont disposés.

Climatiseurs et cheminées

Une étude française de 2020 a modélisé les conséquences d’une généralisation de la climatisation à l’horizon 2100. Selon ces auteurs, en cas de canicule extrême comparable à celle de 2003, la chaleur rejetée par les appareils entraînerait une hausse moyenne de la température extérieure supérieure à 0,25 °C sur l’ensemble de l’agglomération parisienne, avec des pointes nocturnes pouvant atteindre + 2,4 °C dans les secteurs les plus densément bâtis situés hors de la capitale française intra-muros.

Citer [notre étude] comme référence des ordres de grandeur parisiens, c’est donc citer un plancher, pas un plafond

Vincent Viguié, économiste

Sauf que pour l’un de ces coauteurs, Vincent Viguié, « la méthodologie employée [dans cette étude] sous-estime l’augmentation des températures, la résolution spatiale du modèle lissant les effets locaux les plus intenses ». Le chercheur estime que « citer [notre étude] comme référence des ordres de grandeur parisiens, c’est donc citer un plancher, pas un plafond ».

Selon une analyse du Réseau de Transport d’Électricité français, un logement sur deux devrait être équipé d’un climatiseur d’ici 2035, soit deux fois plus qu’aujourd’hui. En Belgique, la trajectoire sera la même : notre pays a connu une hausse de 17% des ventes de climatiseurs durant l’été 2025 par rapport à l’année précédente.

Les installateurs de climatisation dépassés par les demandes

Les installateurs de climatisation dépassés par les demandes

Pour limiter les effets de la chaleur des climatiseurs dans les rues, Clément Gaillard fait une analogie avec les cheminées : « si on a développé tout un savoir-faire pour faire évacuer la fumée [des habitations] vers le haut, c’était une manière de ne pas trop nuire à la ville. »

Une étude publiée en septembre 2025 dans la revue Science arrive au même constat : lorsque les rejets de chaleur sont positionnés au niveau de la toiture, l’air chauffé qui en résulte reste en altitude et se trouve balayé plus vite par le vent, ce qui limite son effet sur le bâtiment lui-même. Ce type d’installation permettrait donc de limiter certains inconvénients associés aux climatiseurs installés en façade.

Clim en hauteur = moins de chaleur

Puisque les véhicules électriques émettent moins de chaleur dans les rues que les thermiques, tout comme les climatiseurs placés en hauteur plutôt qu’en façade, quelle serait la meilleure solution pour diminuer la chaleur en ville : convertir le parc automobile en véhicules électriques, ou déplacer les climatiseurs sur les toits ?

C’est la question que se sont posée des chercheurs basés à Singapour, une ville où 80% des espaces sont climatisés. Dans leur étude, appliquant la même méthodologie aux émissions de chaleur des véhicules et à celles des climatiseurs, ils arrivent à une conclusion simple : placer 25% des climatiseurs sur les toitures permettrait de réduire 2,5 fois plus la température que de remplacer complètement des véhicules thermiques par des véhicules électriques.

Selon eux, si le passage à un parc automobile 100% électrique permettrait de faire baisser la température de l’air de maximum 0,6 °C, le déplacement d’un quart des climatiseurs vers les toits entraînerait une baisse de 1,5 °C.

 

Question d’échelle

Finalement, entre voiture et climatiseur, lequel pèse le plus lourd dans la surchauffe urbaine ? Tout est encore une question d’échelle, pointe l’urbaniste Clément Gaillard : l’étude mexicaine à laquelle fait notamment référence François Gemenne met en évidence un rôle dominant des véhicules thermiques sur certains axes routiers, tandis que celle de Singapour souligne le poids majeur et l’impact positif des systèmes de climatisation installés sur les toitures afin de limiter le réchauffement des rues.

Cette étude singapourienne ne vise pas tant à trancher la question de savoir s’il faut continuer à installer des climatiseurs, leur déploiement restera nécessaire pour des raisons de santé publique, mais plutôt à déterminer comment le faire pour maintenir des températures supportables dans les rues. Sans oublier que la décarbonation du parc automobile demeure, elle aussi, un levier supplémentaire pour réduire la chaleur urbaine.

Selon les données disponibles, et en tenant compte de la réalité actuelle de villes comme Paris ou Bruxelles, il est plutôt exact d’affirmer que les voitures rejettent plus de chaleur que les climatiseurs. Ce constat doit être nuancé selon les modèles de véhicules, la configuration des villes ou le taux d’équipement des ménages en air conditionné.

Non, la BBC n'a pas révélé que "70.000 mercenaires français" combattent en Ukraine - Featured image

22 Juin: Non, la BBC n’a pas révélé que « 70.000 mercenaires français » combattent en Ukraine

Les acteurs de la désinformation prorusse prennent régulièrement pour cible l’Ukraine et ses alliés depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022, usant de modes opératoires récurrents destinés à diffuser et amplifier au maximum de fausses informations sur les réseaux sociaux. Des comptes relayant régulièrement ce type de propagande ont ainsi diffusé mi-juin 2026 des publications affirmant que « 70 000 mercenaires français » combattraient aux côtés de l’Ukraine, en s’appuyant sur une supposée déclaration du ministère des Affaires étrangères. Mais c’est faux, et les publications diffusées usurpent l’identité de médias français et britanniques. 

Les Engagés ont-ils trahi leurs promesses de campagne sur la revalorisation salariale des profs et les deux périodes supplémentaires devant la classe ? - Featured image

12 Juin: Les Engagés ont-ils trahi leurs promesses de campagne sur la revalorisation salariale des profs et les deux périodes supplémentaires devant la classe ?

Les Engagés ont-ils trahi leurs promesses de campagne sur la revalorisation salariale des profs et les deux périodes supplémentaires devant la classe ?

Une publication en ligne dénonce le décalage entre le programme électoral des Engagés et les mesures votées au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles concernant l’enseignement. Parmi ces mesures, on retrouve l’ajout de deux périodes face à la classe pour les enseignants du secondaire supérieur, sans contrepartie financière. Le décalage entre les propositions des Engagés dans leur programme avec le texte voté est manifeste. Si le sentiment d’avoir été trompé est bien réel pour certains électeurs, cet écart entre le programme et les faits ne s’apparente cependant pas, selon les politologues, à une « trahison » mais davantage à une « confrontation avec le réel ».

© © Tous droits réservés / Des personnes se rassemblent pour une manifestation d’enseignants devant le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles à Bruxelles, le jeudi 4 juin 2026.

Le vote du décret-programme en Fédération Wallonie-Bruxelles et particulièrement les mesures qui prévoient la réforme de l’enseignement suscitent la colère d’une partie du corps enseignant, d’élèves, de parents et de l’opposition. Le gouvernement MR-Les Engagés espère économiser 500 millions d’euros d’ici 2029 pour réduire le déficit budgétaire de la FWB.

Le 26 mai, plusieurs centaines de directions d’écoles de l’enseignement libre ont manifesté devant le siège des Engagés pour dénoncer les décisions du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles concernant l’enseignement. Un mouvement de grogne actif notamment du côté de l’enseignement libre, dont les liens avec l’ancien parti social-chrétien, PSC (devenu cdH, puis Les Engagés) sont historiques, qui illustre le sentiment que certains électeurs qui ont voté pour Les Engagés en 2024 se sentent aujourd’hui trahis.

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

C’est dans ce contexte que le compte « Profpascontent » a publié un « carrousel » (ndlr : une suite de plusieurs visuels à faire défiler sur les réseaux sociaux), sur son compte Instagam et sur Facebook, le 4 juin 2026. Une publication partagée par le compte « marsattackfwb », du nom du collectif d’acteurs de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles (profs, directions, parents et élèves) Mars Attack, né en mars 2026 pour contester les réformes budgétaires et scolaires de la majorité MR- Les Engagés.

La publication, constituée de dix visuels a accumulé plus de 8300 « J’aime » et près de 1000 partages depuis sa mise en ligne. La première image reprend le texte : « Désolé J’ai fait une erreur J’ai voté pour Les Engagés en 2024 ».

La légende de la publication débute par ce texte : « J’ai voté Les Engagés en 2024. Aujourd’hui, je m’en excuse. Pas parce que j’ai été déçu par une ambiance ou un changement de ton. Mais parce que j’avais fait le travail : j’avais lu leur programme. Noir sur blanc. Et aujourd’hui, je le relis, ligne par ligne, en face de ce que cette majorité MR – Les Engagés fait vraiment. Le résultat dans ce carrousel ». Plus loin on peut lire au sujet des Engagés : « Le parti du « courage de changer » fait aujourd’hui exactement l’inverse de ce qu’il m’avait promis. »

Parmi les dix visuels, nous avons choisi de vérifier plusieurs informations liées aux augmentations de salaire et aux deux périodes supplémentaires face à la classe. L’un des points clés du décret programme.

Deux heures devant la classe, prestées sans salaire supplémentaire

La cinquième visualisation de la publication analysée indique :

« PROMIS :

© Capture d’écran Instagram / Extrait d’un carrousel publié par les comptes Instagram de « Mars Attacks » et de « profpascontent ».

Ce texte fait référence à la partie du décret programme qui prévoit que les professeurs du secondaire supérieur (4e, 5e et 6e années) devront prester deux périodes supplémentaires de cours par semaine de 50 minutes dès la rentrée de l’année scolaire 2026-2027. Leur horaire va donc passer de 20 à 22 périodes de 50 minutes devant la classe. Soit une augmentation du temps de travail face à des élèves de 10%. Un accroissement du temps de travail qui engendre également du temps de travail supplémentaire, en préparation, accompagnement et corrections selon les opposants à la réforme et cela sans revalorisation salariale prévue en lien avec cette charge horaire supplémentaire.

Des mesures d’économies annoncées en octobre 2025 et votées ce 5 juin 2026 par la majorité

Cette disposition fait partie des mesures validées lors d’un vote au Parlement de la Fédération Wallonnie Bruxelles (FWB) par ce vote du décret-programme. Il s’agit de l’augmentation de la charge horaire des enseignants du secondaire supérieur sans compensation salariale.

Ces mesures s’inscrivent dans le plan d’économies annoncé en octobre 2025 par la majorité MR- Les Engagés pour réduire le déficit chronique de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elles visent à faire quelque 500 millions d’euros d’économies, sur un budget global de 15 milliards d’euros environ d’ici 2029 afin de réduire le déficit à 1,2 milliard par an, au lieu d’1,6 milliard actuellement.

Parmi les partis qui ont voté en faveur de ce décret programme le 5 juin 2026, on retrouve l’ensemble des députés Engagés, à l’exception de l’abstention de Mathilde Vandorpe.

Que disait le programme des Engagés en 2024 ?

Mais que contenait le programme des Engagés pour les élections de 2024 concernant l’enseignement et, en particulier, les propositions qui visaient le salaire et le temps de travail des enseignants ?

Le « Programme national pour les élections 2024 » des Engagés est un document de 701 pages. Parmi ces 701 pages, deux chapitres sont spécifiquement orientés « Enseignement ». Un volet « enseignement obligatoire » et un volet « enseignement supérieur et recherche », pour un total de plus de 63 pages consacrées de près ou de loin à l’enseignement.

Une revalorisation de salaire de 10% pour tous les enseignants ?

Dans un chapitre intitulé « Lutter contre la pénurie et revaloriser la fonction des enseignants », section 1.2 « Mieux rémunérer les enseignants et modifier leur statut » (ndlr : page 329-330) le programme des Engagés de 2024 indique : « Afin qu’une revalorisation salariale soit soutenable budgétairement et afin de lutter contre la pénurie, celle-ci devra être associée avec une augmentation des périodes consacrées à l’encadrement des élèves ».

Après avoir évoqué les enjeux liés aux statuts des professeurs et leur « nécessaire modernisation », le programme indique :

« En ce qui concerne l’enseignement, dans l’attente de cette modernisation et au vu du souhait de revalorisation salariale, nous souhaitons laisser le choix aux enseignants entre le statut de nomination actuel et un statut alternatif comprenant les éléments suivants :

– Un engagement sur base d’un contrat à durée indéterminée pour les enseignements qui ne sont pas déjà nommés.

– Une revalorisation salariale de minimum 10%.

– Une augmentation du temps en classe de deux périodes consacrées à l’encadrement ou au soutien des élèves, sauf en début et en fin de carrière. »

Le projet de nouveau statut « CDI », pas abouti

Le projet écrit par Les Engagés envisageait de permettre aux enseignants d’opter pour un statut « alternatif » à la nomination. Ce projet de changement de statut, vise à remplacer celui de la nomination par un CDI. Dans le programme des Engagés, ce nouveau statut « CDI » serait accompagné d’une augmentation salariale de « minimum 10% » en lien avec une augmentation « du temps en classe de deux périodes ».

Contactés par nos soins, Les Engagés indiquent : « Il n’a pas été prévu dans le programme d’augmenter de facto le salaire de tous les enseignants de 10%, mais bien de ceux qui seraient engagés en CDI. Aujourd’hui, le projet de « CDI enseignants » n’est pas encore finalisé. Cette augmentation n’est donc pas à l’ordre du jour. »

Les discussions autour du changement de statut se confrontent à d’autres contraintes budgétaires. Selon l’avant-projet de décret, un basculement généralisé vers le CDI ferait fortement augmenter les cotisations patronales supportées par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le surcoût pourrait atteindre plusieurs centaines de millions d’euros, selon Trends/Tendances. Les discussions à ce sujet sont actuellement en suspens, en l’absence de solutions concrètes. Les 10% d’augmentation salariale prévue dans ce cadre sont donc, à ce stade, gelés.

Deux périodes supplémentaires devant la classe pour les enseignants du secondaire supérieur

Concernant les deux heures supplémentaires, comme l’indique la publication sur Instagram, le décret-programme prévoit en effet le passage de 20 périodes à 22 périodes de 50 minutes supplémentaires devant la classe à partir de la rentrée 2026 pour les professeurs du secondaire supérieur.

Les enseignants de l’enseignement spécialisé ne sont pas concernés par cette augmentation du temps de travail. Par ailleurs, les enseignants qui entament leur première année d’enseignement (qui prestent plus d’un mi-temps) et ceux de plus de 60 ans peuvent bénéficier d’un aménagement équivalent sous forme de missions pédagogiques ou d’accompagnement.

Diminution de salaire prévue au prorata et augmentation de 5% pour les diplômés en quatre ans

Concernant le « retrait de 9% sur le salaire » évoqué dans le texte en cas de refus de prester les deux périodes devant la classe prévues, le décret-programme une réduction automatique de la rémunération au prorata. Si un professeur refuse de dispenser deux heures sur les 22 devenues obligatoires, il ne s’agit dès lors plus d’un temps plein.

Le salaire brut sera mécaniquement réduit à hauteur des heures non effectuées, soit une diminution mathématique d’environ 9,1% du salaire brut (2/22), puisqu’il manquerait deux heures sur 22 par rapport au salaire complet lié à un temps plein.

Enfin, l’augmentation salariale de 5% évoquée dans la publication pour « une poignée de jeunes enseignants » ne figure pas dans le nouveau décret-programme. Elle correspond aux revalorisations déjà prévues dans le cadre de la réforme de la formation initiale (master en quatre ans au lieu de trois ans d’études), un dossier distinct.

Le nouveau barème, acté le 30 janvier 2026, « s’appliquera aux titulaires d’un master en enseignement entrant dans la profession à partir de la rentrée 2027 ». Elle concernera donc, à terme, l’ensemble des enseignants qui sont dorénavant formés en quatre ans.

Un décalage justifié par la « nécessité de pérenniser notre système éducatif »

Le décret-programme voté ce 5 juin ne correspond effectivement pas au projet des Engagés de 2024. L’ambition de permettre volontairement aux enseignants de prester deux périodes supplémentaires devant la classe en échange d’une revalorisation d’au minimum 10% de salaire et de l’abandon du statut de la nomination n’est pas aboutie à ce stade.

Le passage de 20 à 22 périodes devant la classe pour les professeurs du secondaire supérieur sans augmentation salariale en contrepartie ne figure pas dans le programme. S’il envisageait une augmentation de deux heures de cours, c’était dans un cadre précis qui prévoyait, en contrepartie, une revalorisation salariale.

Du côté des Engagés, ce décalage est expliqué par la situation budgétaire. Le parti indique à la RTBF que « les décisions qui ont été prises ne l’ont pas été de gaieté de cœur. On est conscient qu’elles demandent un effort et qu’elles ne sont pas faciles ».

Les Engagés indiquent assumer ces mesures parce qu’elles sont « nécessaires pour pérenniser notre système éducatif ». « Le déficit est passé de 300 millions d’euros en 2019 à près de 1,5 milliard aujourd’hui. Sans intervention, la dette pourrait atteindre 21 milliards d’euros à l’horizon 2029. Dans un budget consacré pour plus de la moitié à l’enseignement obligatoire, essentiellement composé de dépenses salariales, les marges de manœuvre sont extrêmement limitées ». Pour le parti : « Stabiliser les finances de la Fédération n’est donc pas un choix de confort, mais une nécessité pour préserver durablement sa capacité à financer ses missions essentielles. »

Les Engagés ont-ils trahi leurs électeurs ?

Ce décalage entre le programme et les mesures votées par Les Engagés peut-il être considéré comme une trahison par les électeurs ?

Les programmes des partis sont parfois en décalage avec les mesures votées une fois au pouvoir pour plusieurs raisons : « Cela peut être de la trahison, cela peut être dû au fait qu’on promet une chose mais qu’on sait très bien qu’on ne va pas la tenir. Cela peut être la dimension qui impose de faire des compromis avec son ou ses partenaires de coalition, et on n’obtient donc pas nécessairement tout ce que l’on souhaitait. Cela peut être aussi lié la confrontation au réel », explique Jean Faniel, directeur général du CRISP (Centre de recherche et d’information socio-politiques).

Concernant le jeu des coalitions, résultat de notre système électoral proportionnel, il impose notamment de trouver des accords avec d’autres partis pour former des majorités. Aucun parti n’exécute donc son programme à la lettre.

Les élus ont une certaine autonomie par rapport à leurs programmes

« En Belgique, le mandat impératif n’existe pas. On ne confie pas aux élus un mandat auquel ils doivent se tenir sans avoir la possibilité d’avoir une certaine autonomie, une certaine indépendance, une prise de distance par rapport à leurs promesses », indique Jean Faniel.

Soit dans le cas présent parce que le parti doit faire des compromis, des concessions. Soit parce que la situation évolue et qu’il se confronte au réel.

« Dans le cas des Engagés, notamment par la voix de la ministre présidente et ministre du budget Elisabeth Degryse, il y a également l’idée de la confrontation au réel. C’est-à-dire qu’on aimerait bien faire plein de choses, mais on n’a pas les sous pour le faire », indique encore le docteur en sciences politiques. « Donc en termes d’analyse politique, on peut difficilement parler de trahison. On peut néanmoins constater qu’il y a des écarts avec ce qui a été promis, ou qui en tout cas était souhaité, ou annoncé dans le programme du parti. »

« Après, évidemment, on peut aussi entrer dans les détails. Il y a notamment un contre-rapport qui a été fait par des économistes qui montrent que la situation de la communauté française sur le plan budgétaire n’est pas aussi catastrophique que ce qui est annoncé par le monde politique », indique Jean Faniel. Ce contre-rapport estime que le diagnostic « d’insoutenabilité » des finances de la FWB repose sur une lecture contestable de la situation budgétaire de l’entité.

Des écarts réels entre le programme et les mesures votées

En dépit des nuances factuelles qui accompagnent la publication de « Mars Attacks » et « profpascontent », l’analyse des positions entre le programme des Engagés et ce que le parti a voté en matière d’augmentation de travail et des salaires dans l’enseignement montre effectivement des écarts. Ces écarts alimentent le sentiment de certains électeurs d’avoir été « trahis ».

Cependant, en Belgique, le mandat impératif n’existe pas et les élus ont une certaine autonomie et de l’indépendance par rapport aux programmes présentés lors des campagnes électorales. Par ailleurs, la constitution de coalitions impose de faire des concessions par rapport au projet présenté devant les électeurs.

Enfin, la « confrontation au réel », à savoir ici la situation budgétaire difficile de la FWB, impose parfois aux partis de revoir leurs copies. Dans ce contexte, chaque électeur est à même de se positionner sur la pertinence des choix ou des renoncements effectués par le parti pour lequel il a voté.

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