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Les infections à l’hantavirus ne sont pas liées à un effet secondaire du vaccin de Pfizer contre le Covid

Les infections à l’hantavirus ne sont pas liées à un effet secondaire du vaccin de Pfizer contre le Covid - Featured image

Author(s): Par Grégoire Ryckmans

Des publications en ligne affirment que l’hantavirus serait un effet secondaire du vaccin contre le Covid. Selon elles, la mention du virus dans un document officiel de Pfizer en serait la preuve. Le hantavirus figure effectivement dans un document de la société pharmaceutique, mais uniquement dans une annexe répertoriant tous les événements médicaux signalés par les participants au cours de la période d’étude, qu’ils aient ou non été liés au vaccin. Selon les experts, cette mention ne prouve en rien que le vaccin provoque une infection à hantavirus.

Depuis le mois d’avril, l’histoire des passagers du Hondius s’est invitée dans l’actualité. Après le décès d’un Néerlandais qui se trouvait à bord et la découverte de plusieurs autres cas d’hantavirus parmi les participants à la croisière partie d’Argentine, le virus transmis par les rongeurs et sa souche « Andes » est au centre d’une attention particulière.

Sur Instagram, une utilisatrice a publié une vidéo le 8 mai 2026. Dans celle-ci, elle se filme et un texte indique en anglais : « The Hantavirus is listed as a Pfizer c-vid shot side effect in their own documents. », soit : « Le hantavirus est répertorié comme effet secondaire du vaccin Pfizer contre la Covid-19 dans leurs propres documents », en français.

Après quelques secondes, la vidéo montre la page 38 d’un document et on retrouve le mot « hantavirus » encerclé en rouge. Cette vidéo a été vue plus de 2,8 millions de fois.

Une autre publication sur Instagram reprend plusieurs théories sur la résurgence récente de l’hantavirus. Cette vidéo, vue plus de 40 millions de fois, montre elle aussi le visuel et la mention « hantavirus » de la page après une recherche Google sur les effets secondaires du vaccin contre le Covid de Pfizer.

© Capture d’écran Instagram

Sur le réseau social X, une utilisatrice a republié cette vidéo accompagnée d’une capture d’écran du même visuel et une légende en français : « Et c’est là qu’on apprend que l’infection pulmonaire Hantavirus apparaît dans le document Pfizer 5.3.6 sur les effets secondaires des vaccins Covid ???? ????. On nous prendrait pas pour des cons ? ». La publication a fait plus de 58.000 « vues ».

Une liste publiée par Pfizer à la demande de la FDA en 2021

Nous avons retrouvé le document qui mentionne l »infection pulmonaire à hantavirus ». Il est disponible en ligne. Il s’agit d’un rapport de Pfizer à destination de la FDA, l’agence de la Santé états-unienne, qui date du 30 avril 2021 et à l’époque identifié comme « confidentiel ».

La mention de l’hantavirus dans le document de Pfizer sur son vaccin, aussi appelé Comirnaty, figure à la page 33 du PDF, soit la quatrième page, de l’annexe de neuf pages intitulée : « Liste des effets indésirables présentant un intérêt particulier ».

Dans cette partie, Pfizer y recense, à la demande de la FDA, les signalements d’événements indésirables survenus après le lancement des campagnes de vaccination anti-Covid-19 dans une soixantaine de pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, la France ou encore l’Allemagne. Au total, selon le rapport, « jusqu’au 28 février 2021, 42.086 signalements ont été enregistrés », dont un grand nombre relatif à des maux de tête, de la fièvre ou une fatigue générale.

Comme le précise la méthodologie du document en page 5 du document, ces données émanent de signalements d’événements indésirables « indépendamment de l’évaluation de la causalité » avec le vaccin. Cela signifie que ces signalements ne sont donc pas forcément liés à l’injection du, ces signalements pouvant « aussi être dus à des maladies sous-jacentes, à un ou plusieurs autres facteurs qui peuvent s’ajouter, dont des antécédents médicaux ou la prise d’autres médicaments en parallèle ».

Pour les experts, aucun lien causal entre le vaccin anti-Covid et l’hantavirus n’est établi

Jean-Michel Dogné est professeur et directeur du département de pharmacie à l’Université de Namur (UNamur). En tant qu’expert auprès de l’Agence Fédérale des Médicaments et Produits de Santé (AFMPS) en Belgique et auprès de l’Agence Européenne des Médicaments (EMA), il est habitué à analyser ce type de documents.

L’expert indique : « Ce document n’est pas une liste d’effets indésirables démontrés du vaccin, mais une annexe réglementaire de pharmacovigilance contenant des événements d’intérêt particulier (ndlr : « adverse events of special interest », ou AESI en anglais) surveillés pendant le développement et le suivi post-autorisation du vaccin ».

« Dans le cas de l’hantavirus, la mention retrouvée dans le document correspond à une catégorie d’événement médical recensée dans une période de surveillance, indépendamment du fait qu’il soit ou non lié à la vaccination », précise le professeur Dogné.

Une liste d’événements qui ne démontre pas forcément de lien de causalité

La liste de neuf pages reprend une série très larges d’évènements au sens médical et qui comprennent, par exemple, différents types d’herpès ou la tachycardie.

« Ces rapports ne démontrent pas une causalité. En pratique, ce type de document sert à élargir la vigilance de sécurité : on y retrouve aussi de nombreuses autres affections, sans que cela signifie qu’elles soient des effets du vaccin. C’est un point essentiel, car une liste de surveillance n’est pas une liste d’effets indésirables confirmés ».

Interrogé par nos confrères de la VRT, le virologue Steven Van Gucht confirme que cette liste plus ou moins exhaustive de signalements peut reprendre « toutes les affections médicales ou tous les événements qu’une personne a subis pendant la période d’étude du vaccin. Cela ne signifie pas qu’ils sont causés par le vaccin, ni qu’il s’agit d’effets secondaires reconnus ». Il indique également que « de tels signalements peuvent tout aussi bien être liés à une maladie sous-jacente, à un hasard, à une exposition à un agent pathogène ou à d’autres facteurs. « 

Une infection qui se contracte suite à une exposition au virus, pas à un vaccin

Le professeur Van Gucht souligne également qu’une infection par le hantavirus peut être causée « généralement après une exposition à des rongeurs infectés ». « Un vaccin ne peut pas ‘provoquer’ une infection à hantavirus à moins que le virus lui-même ne soit présent dans le vaccin, ce que rien ne permet de le supposer », précise le spécialise des zoonoses émergentes.

« L’infection par le hantavirus figure dans une longue liste de maladies potentielles à signaler si elles surviennent au cours de la période suivant la vaccination contre le Covid-19. Cela ne signifie pas pour autant qu’il s’agisse d’un effet secondaire du vaccin », indique de son côté le virologue Marc Van Ranst. Pour lui, « il est absurde d’affirmer que ces cas d’infection par le hantavirus ont un quelconque lien avec le vaccin contre le Covid ».

« À ma connaissance, il n’existe pas d’élément probant montrant que l’hantavirus soit un effet du vaccin Comirnaty/BNT162b2. Il faut rappeler que les vaccins, comme l’ensemble des médicaments, restent soumis à une surveillance continue après leur autorisation. En Europe, l’EMA et les autorités nationales analysent régulièrement les données de pharmacovigilance, notamment les PSUR des vaccins Covid-19, afin de détecter tout signal potentiel et de l’examiner en détail s’il apparaît », rappelle le professeur Jean-Michel Dogné.

Ces données de pharmacovigilance européenne sur les effets secondaires des vaccins contre le Covid-19 sont disponibles sur le site de l’EMA. Ces dernières, qui ont fait l’objet d’un travail d’analyse des experts en pharmacologie, ne reprennent pas l’hantavirus.

L’EMA met en garde contre des « fausses informations qui circulent en ligne »

De son côté, l’entreprise Pfizer a elle-même confirmé à l’agence de presse Reuters que la mention de l’infection pulmonaire dans le document ne signifie pas que son vaccin contre le Covid est susceptible de provoquer une infection à l’hantavirus. « L’annexe contient un aperçu de tous les événements médicaux survenus chez une personne au cours de la période d’étude comprise entre décembre 2020, date à laquelle le vaccin contre le Covid-19 a été approuvé pour la première fois, et le 28 février 2021, qu’ils soient liés ou non au vaccin », a ajouté le porte-parole de la société pharmaceutique.

La liste des composants du vaccin Comirnaty de Pfizer ne contient par ailleurs aucun hantavirus. Selon les informations publiées par Pfizer, le vaccin Comirnaty ne contient pas de virus vivants.

Ce 12 mai 2026, l’Agence Européeene du Médicament (EMA) a indiqué suivre de près l’épidémie d’hantavirus et a mis en garde le public concernant ces allégations fallacieuses : « L’EMA met en garde contre les fausses informations qui circulent en ligne qui établissent un lien erroné entre l’infection par le hantavirus et la vaccination contre le Covid-19, car aucune preuve scientifique ne vient étayer ces allégations. »

Une liste qui a déjà fait l’objet de publications trompeuses en 2022

Cette liste d’événements médicaux survenus chez des personnes au cours de la période d’étude du vaccin a déjà fait l’objet d’interprétations trompeuses.

En mars 2022, des publications virales affirmaient qu’un « rapport » de Pfizer répertoriait au moins des « centaines » d’effets secondaires de son vaccin contre le Covid. Ces allégations avaient fait l’objet d’un article de vérification d’AFP Factuel. Ce dernier mettait déjà en évidence qu’il ne s’agissait « pas des effets indésirables du vaccin Pfizer-BioNTech, mais d’un appel à la vigilance standard lors de la commercialisation d’un nouveau vaccin ».

Depuis l’annonce des quelques cas d’hantavirus décelés à bord d’un bateau de croisière dans l’Atlantique, les mêmes théories infondées ou conspirationnistes que lors de l’épidémie de Covid-19 émergent sur les réseaux sociaux.