Mercredi soir, l’émission « QR le débat » a abordé la question de la réforme du chômage. Au cours du débat, des discussions ont porté sur le nombre d’emplois vacants qui seraient disponibles, notamment pour les personnes exclues du chômage. Du côté du ministre de l’Emploi, David Clarinval, on a affirmé que 375.000 emplois étaient, à ce jour, disponibles en Belgique, ce que conteste le banc syndical. En réalité, le chiffre cité par David Clarinval reprend l’ensemble des offres publiées ces douze derniers mois, sans compter celles qui ne seraient plus disponibles. Le bon chiffre se situe entre 175.000 selon Statbel et 266.000 selon des extrapolations des chiffres des offices régionaux de l’emploi.
La limitation du chômage à deux ans et l’exclusion de jeunes bénéficiaires d’allocations d’insertion concerneront à peu près 193.000 personnes au cours de l’année 2026. Le début public se concentre sur les possibilités de retrouver de l’emploi pour ces futurs exclus.
Selon le ministre de l’Emploi, David Clarinval, porteur de la réforme, de nombreuses possibilités de trouver de l’emploi existent. « 375.000 emplois (sont) disponibles aujourd’hui à l’heure où je vous parle selon les organismes régionaux », dit-il. Un chiffre mis en doute directement par Selena Carbonero Fernandez, secrétaire générale de la FGTB. « Les chiffres que j’ai à ma disposition, c’est environ 350.000 demandeurs d’emploi pour 170.000 emplois vacants qui se concentrent majoritairement en Flandre. »
La différence entre les chiffres du ministre et ceux de la FGTB vont donc du simple au double. Qui a raison ?
159.613 postes vacants selon Statbel, fin 2025
Aux environs de la mi-décembre, Statbel, l’office belge de statistique, a publié le nombre d’emplois vacants dans les entreprises belges au 3e trimestre 2025. Selon Statbel, à cette période, les entreprises belges offraient 159.613 emplois vacants, soit un peu moins que le trimestre précédent (163.562).
Le nombre d’emplois vacants a atteint, dans les données de Statbel, son point le plus haut au 2e trimestre 2022, soit 213.822, dont 184.756 postes fixes et 29.066 postes d’intérim. Le nombre de postes vacants a ensuite progressivement diminué, surtout du côté des postes fixes, pour arriver à 159.613 emplois vacants au 3e trimestre 2025. À cette période, Statbel comptabilisait 139.289 postes fixes et 20.324 postes d’intérim.
Notons que pour établir ces statistiques, Statbel interroge un panel d’entreprises comptant au moins un salarié et extrapole les données récoltées à l’ensemble des entreprises du pays. Les entreprises déclarent les nouveaux postes qu’elles créent ou ceux qui sont ouverts aux candidats externes.
Les statistiques de Statbel sont ventilées par région :
- La Wallonie compte 32.533 postes vacants, dont 28.639 postes fixes ;
- Bruxelles enregistre 20.460 postes vacants à Bruxelles, dont 19.365 postes fixes ;
- La Flandre compte 106.620 emplois vacants, dont 91.285 postes fixes
Selon Statbel, deux tiers des emplois disponibles (66,8%) se trouvent donc en Flandre contre 20,38% en Wallonie et 12,82% à Bruxelles.
Les chiffres du Forem, d’Actiris et du VDAB sont différents
Cela dit, du côté du ministre de l’Emploi, on ne se basait pas sur les chiffres de Statbel mais sur ceux des organismes régionaux de l’emploi, c’est-à-dire le Forem en Wallonie, Actiris à Bruxelles et le VDAB en Flandre.
« J’ai additionné les chiffres des organismes régionaux et j’ai extrapolé avec toute une série de chiffres d’emplois disponibles mais qui ne sont pas nécessairement annoncés par les régions, explique en direct dans QR Le Débat David Clarinval. Par exemple, BECI (la Chambre de commerce de Bruxelles, ndlr) donne 100.000 emplois (disponibles à Bruxelles, ndlr) parce qu’ils ont à la fois pris des chiffres des organismes régionaux et des employeurs qui font simplement une annonce sur Facebook parce que tous les employeurs ne demandent pas au Forem ou à Actiris de chercher pour eux, beaucoup font les recherches elles-mêmes et on arrive à ce chiffre de plus de 300.000 emplois. »
-
Fin novembre dernier, Beci, la Chambre de commerce de Bruxelles, avait avancé, en collaboration avec Partena Professional, qu’il y aurait quasi 100.000 offres d’emploi à portée de main des Bruxellois, soit un chiffre nettement plus élevé que les 38.038 offres actuellement recensées par Actiris.
La méthodologie utilisée par Beci et ses partenaires étaient différentes. Avec l’aide de l’intelligence artificielle, la recherche d’offres d’emploi avait été étendue aux offres publiées sur internet et les réseaux sociaux, de plus en plus d’employeurs publiant eux-mêmes des annonces, sans forcément passer par l’office régional de l’emploi Actiris.
De plus, l’étude orchestrée par Beci et Partena Professional avait brassé large : elle incluait des offres pour des postes disponibles en dehors de la Région Bruxelles-Capitale, en particulier en Brabant wallon et en Brabant flamand.
Ces organismes régionaux, compétents pour l’accompagnement des demandeurs d’emploi, disposent effectivement de statistiques. Ces organismes comptabilisent les offres d’emploi que les entreprises leur font parvenir.
- Ainsi, [chez Actiris, à Bruxelles, on totalise 38.038 offres d’emploi](https://www.actiris.brussels/fr/citoyens/offres-d-emploi/?localisation=Tout&page=1&keywordSearchType=Partout), dont 6617 en Région Bruxelles-Capitale. La grande majorité des offres d’emploi proposées aux demandeurs d’emploi accompagnés par Actiris sont donc des offres pour des postes disponibles en Flandre ou en Wallonie.
- [Du côté wallon, au Forem, ce sont 43.647 offres d’emploi qui sont recensées](https://www.leforem.be/recherche-offres/resultat-recherche-offre?&operateur=ET), dont 23.030 en Région wallonne. Plus de 20.000 offres proposées aux demandeurs d’emploi wallons concernent donc des postes à pourvoir en dehors du territoire wallon.
- [En Flandre, le VDAB totalise 231.740 offres d’emploi](https://www.vdab.be/vindeenjob/vacatures?sort=standaard) dont l’immense majorité, 206.626, est localisée en Flandre.
Pour éviter de comptabiliser deux fois des offres présentées simultanément par le VDBA, le Forem ou Actiris, nous n’additionnons que les offres strictement localisées dans chacune des régions. Cela représente alors un total de 236.273 offres d’emploi.
Ce chiffre-là n’est pas suffisant car le Forem comme Actiris affirme ne pas capter l’ensemble des offres disponibles, comme l’expliquait David Clarinval. Il faudrait donc extrapoler, généralement en doublant, les chiffres wallons (23.030) et bruxellois (6617), ce qui nous amène à environ 266.000 offres d’emploi pour l’ensemble du pays.
Nous ne savons pas quelle proportion des offres d’emploi réellement disponibles capte le VDAB en Flandre et s’il faudrait l’augmenter. Ce total de 266.000 offres reste 100.000 en dessous du chiffre cité par David Clarinval (375.000).
Selon ces chiffres affichés sur les sites des trois organismes régionaux, 78% des offres d’emploi se trouvent en Flandre, 17% en Wallonie et 5% à Bruxelles, soit des proportions un peu différentes de celles calculées par Statbel (66,8% en Flandre, 20,38% en Wallonie et 12,82% à Bruxelles.)
Mis en parallèle avec le nombre d’exclus par région, ils montrent le clair déséquilibre d’offres d’emploi disponibles, surtout en Flandre, par rapport aux exclus du chômage où Wallonie et Bruxelles sont surreprésentées.
Notons enfin que les offres d’emplois reçues par les organismes régionaux Forem, Actiris et VDAB sont en baisse en 2025 par rapport à 2024, soit -10% de moins pour le VDAB, -28,3% de moins pour Actiris et -21,5% de moins au Forem, signe d’une économie qui ralentit.
Les 375.000 emplois du ministre Clarinval correspondent au total d’offres publiées
Nous avons contacté le cabinet du ministre Clarinval pour savoir comment le chiffre de 375.000 emplois disponibles, cité par le ministre dans l’émission "QR le débat", avait été calculé. Celui-ci nous indique que "les chiffres utilisés par le ministre Clarinval sont des données de l’administration provenant directement des services régionaux de l’emploi : le VDAB, le Forem, Actiris et l’ADG."
Plus précisément, "ces données sont collectées par l’ONEM par courrier électronique, sur une base trimestrielle. Le tableau ci-dessous reprend les nombres mensuels d’offres d’emploi reçues par région, d’octobre 2024 à septembre 2025. Ces données sont ensuite intégrées dans les indicateurs trimestriels de l’ONEM. Le chiffre de 375.000 auquel le ministre fait référence (période 10/2024 – 09/2025) correspond aux données telles que publiées dans ces indicateurs trimestriels (Source ONEM)."

© Cabinet Clarinval / Tableau du nombre d’offres disponibles reçues par les opérateurs régionaux de l’emploi
Le cabinet précise encore qu'"il s’agit de données officielles et collectées selon la même méthodologie depuis de nombreuses années et utilisées par l’ONEM à des fins de pilotage et de suivi des politiques". Par exemple, en 2024, l’Onem avait enregistré presque 413.000 offres d’emploi selon cette méthodologie, ressort-il de ses indicateurs trimestriels. En 2023, ce même chiffre était de 460.000 et même 509.000 en 2022.
Ce chiffre de 350.000 est donc le total des offres d’emploi publiées en Belgique ces douze derniers mois, mais sans tenir compte du nombre d’offres qui auraient trouvé preneurs, et qui ne sont donc plus disponibles aujourd’hui. Or, sur le plateau de QR Le Débat, David Clarinval évoquait "375.000 emplois disponibles aujourd’hui à l’heure où je vous parle". Ce chiffre de 375.000 offres disponibles actuellement n’est donc pas correct.
Le nombre d’offres d’emploi actuellement disponibles en Belgique est situé entre 163.562 selon Statbel et 266.000 selon nos décomptes, soit au moins 100.000 de moins que le chiffre avancé par David Clarinval.