Scroll Top

Un climatiseur mobile sans tuyau de sortie, ni unité extérieure à 138 euros ? Attention, à cette arnaque

Un climatiseur mobile sans tuyau de sortie, ni unité extérieure à 138 euros ? Attention, à cette arnaque - Featured image

Author(s): Par Grégoire Ryckmans

Sur plusieurs sites et applications d’information, des publicités vantent les mérites d’un climatiseur « révolutionnaire ». Un nouveau système qui permettrait de bénéficier de la climatisation sans installation lourde, sans unité extérieure et sans tuyaux d’évacuation. Le tout pour un prix bien en dessous de ceux affichés pour des climatiseurs mobiles d’entrée de gamme. Derrière les marques Coolizi, Jiuberry, Epicooler, CollingAce ou Breezo par exemple, se cachent pourtant des arnaques.

Suite à la vague de chaleur qui a touché notre pays en cette fin de mois de juin, de nombreuses personnes se sont renseignées sur les systèmes qui permettent de refroidir leurs logements. Très logiquement, suivant l’algorithme de leurs recherches, elles ont ensuite été exposées à des publicités pour des climatiseurs.

Dans ce contexte, des publicités faisant la promotion d’un « climatiseur sans unité extérieure qui fait fureur en France », accompagnées d’un visuel marquant, sont diffusées largement sur des sites et applications d’information en Belgique francophone et en France. Suite à la diffusion de l’une de ces publicités sur le site de la RTBF et sur son application RTBF Actus, plusieurs internautes ont signalé ces contenus.

© Capture d’écran RTBF / Captures d’écran de l’application RTBF Actus (30/06/2026)

Un publireportage basé sur « une belle histoire »

Dans l’article vers lequel les internautes sont renvoyés, l’histoire commence par « Thomas », un ingénieur décrit tantôt comme lyonnais, tantôt parisien. Cet ingénieur « bouleverse l’industrie du refroidissement » avec l’invention d’un climatiseur au concept simple qui vise à « aspirer l’air chaud, le refroidir rapidement et le rejeter ». « Sans compresseur, sans réfrigérant et sans la facture d’électricité qui les accompagne ».

Après la construction d’un « prototype fonctionnel », le résultat est décrit de la sorte : « Un refroidissement réel dans n’importe quelle pièce, en moins de deux minutes, sans machines encombrants (sic.), sans réfrigérant et sans installation coûteuse ».

Suivent alors des témoignages élogieux de personnes au sujet de ce « climatiseur révolutionnaire ». Exemple : « ‘J’ai installé le prototype dans mon salon alors qu’il faisait 35°C et j’ai appuyé sur le bouton », se souvient un certain M. Beaumont. « En deux minutes, le thermomètre affichait 17°C. J’ai refait le test quatre fois pour en être certain.' »

Enfin, la page décrit un produit appelé « Coolizi », avant de le proposer à la vente via un lien, en ces termes :

  • Refroidit n’importe quelle pièce de 35 °C à 17 °C en moins de 2 minutes – testé, reproductible, constant
  • Jusqu’à 90% de consommation électrique en moins qu’une climatisation classique –
  • Fonctionne pendant des heures avec une faible consommation
  • Aucune installation requise – branchez et appuyez sur un bouton
  • Silencieux (< 40 dB) – plus silencieux qu’une bibliothèque, utilisable la nuit
  • Ultra portable (moins de 1 kg) – facile à déplacer de la chambre au bureau

Des performances irréalistes d’après les principes de la thermodynamique

Francesco Contino, professeur à l’Ecole Polytechnique de l’UCLouvain, a analysé les caractéristiques affichées de l’appareil vendu. « Les propriétés techniques décrites sur le site concernant cet appareil sont aberrantes en termes scientifiques », explique l’expert des questions énergétiques. « Il y a des incohérences évidentes en matière de respect des principes de la thermodynamique qui indiquent que la fiche technique est certainement mensongère ». Parmi les éléments, il y a notamment :

  • Des performances irréalistes : passer de 35 degrés à 17 degrés (- 18 degrés) en moins de 2 minutes pour « n’importe quelle pièce » est physiquement impossible pour un appareil mobile de moins de 1 kg. Un climatiseur capable d’un tel exploit nécessiterait une puissance colossale, bien loin d’un modèle portable sans installation.
  • Consommation électrique très faible : l’affirmation « jusqu’à 90% de consommation électrique en moins » est un argument marketing classique pour des ventilateurs ou rafraîchisseurs d’air (qui utilisent de l’eau en plus), mais ces appareils ne sont pas des climatiseurs et ne peuvent pas faire chuter la température d’une pièce entière de manière significative.
  • Absence de tuyau d’évacuation : pour réellement refroidir une pièce, la chaleur doit être évacuée vers l’extérieur, comme c’est notamment le cas avec les climatiseurs mobiles qui possèdent un tuyau qui doit être posé à l’extérieur afin d’évacuer l’air chaud aspiré de la pièce. Un appareil « sans installation » qui ne fait que souffler de l’air (éventuellement humidifié) peut donner une sensation d’un air rafraîchi mais ne réduit pas la température ambiante globale.

Un vrai climatiseur portable est plus lourd, en raison notamment du compresseur, et nécessite toujours un tuyau d’évacuation pour l’air chaud extrait de la pièce.

Des techniques marketings bien rodées pour organiser une arnaque

Au-delà des performances irréalistes, le prix affiché de 138 euros par pièce, et encore moins élevé en cas d’achat groupé, est particulièrement compétitif pour un appareil avec les performances affichées. Les prix d’entrée de gamme d’un climatiseur portable équipés d’un tuyau d’évacuation et d’un compresseur, élément essentiel de l’appareil qui permet de faire circuler le fluide frigorigène et d’augmenter sa pression et sa température pour permettre le transfert de chaleur, se situent entre 200 et 300 euros.

Le site frauduleux joue également sur une série de techniques marketings pour pousser à l’achat et maximiser les profits. Des supports visuels utilisés ont été générés avec l’aide de l’IA (1, 2).

© Capture d’écran en ligne / Des visuels générés par IA sont utilisés sur des sites pour vendre des « climatiseurs révolutionnaires ».

La publicité évoque une promotion de 60% sur le prix pour afficher un prix aussi compétitif. Pour un produit dont la « demande explose », cela n’a pas de sens en tenant compte du principe économique de la loi de l’offre et de la demande. Si un produit est très demandé, son prix aura tendance à augmenter plutôt qu’à baisser s’il est conforme et légitime. Il s’agit par ailleurs d’une technique manipulatrice documentée déjà largement mise en évidence par des associations de consommateurs sous la dénomination anglophone « dark patterns ».

Autre technique mise en œuvre, la baisse de prix en fonction du volume. Au moment de passer commande, le site vous propose des offres encore plus attractives. 137,99 euros si vous achetez une pièce, mais 249,99 euros pour deux (125 euros/pièce), 339,99 euros (120 euros/pièce) pour trois et 399,99 euros pour quatre pièces (100 euros/pièce). Le consommateur est incité à acheter en volume. Dans le cas d’une fraude, comme c’est le cas ici, les auteurs de l’arnaque maximisent leurs profits en poussant à l’achat sur le volume.

Enfin, une autre technique de vente classique éprouvée et appliquée ici, jouer sur la supposée rareté ou la pénurie du produit. « Il nous reste actuellement environ 3200 unités en stock. Une fois écoulées, il faudra attendre au moins 8 semaines avant la prochaine livraison », indique la page.

Un ventilateur mural basique, s’il arrive

En faisant une recherche en ligne sur les noms des produits vendus, nous avons retrouvé une publication d’un site dédié au signalement des arnaques. Sur ce site, un article publié le 26 juin 2026 détaille une enquête menée sur un « réseau de faux climatiseurs qui écume la canicule 2026 ». Parmi les marques citées, nous retrouvons le « Coolizi ».

Dans cette publication, l’auteur explique que « Coolizi, Coolzy, Breezo, Cooling Ace, Jiuberry » sont « cinq marques de climatiseurs portables qui ne sont en réalité qu’une seule et même boutique, cachée derrière des sociétés écrans à Hong Kong et aux États-Unis » et que les produits sont en réalité expédiés depuis Guangzhou, en Chine.

Il explique également que les publireportages qui font la promotion de ces « innovations françaises » utilisent le même texte, quasiment mot pour mot et que seuls des détails et la marque change.

Une autre enquête publiée par le site Clubic, évoque de son côté un autre climatiseur : « l’Epicooler ». Basé sur les mêmes caractéristiques, l’article détaille le procédé frauduleux en ligne des marques et l’utilisation d’images générées par IA. Concernant les personnes qui ont commandé ces climatiseurs, plusieurs d’entre elles indiquent qu’elles rencontrent de nombreux problèmes au niveau de la commande et dans le processus de livraison. Clubic indique : « Ceux qui reçoivent finalement un colis finissent par recevoir un ventilateur mural basique. »

Des espaces publicitaires concédés par les médias

Mais comment les publicités de ces produits frauduleux se retrouvent sur des plateformes comme celles de la RTBF ?

Une part importante de la publicité en ligne est aujourd’hui commercialisée via des plateformes d’achat et de vente automatisées. Les éditeurs de médias y mettent à disposition une partie de leurs espaces publicitaires, qui sont ensuite vendus en temps réel à des annonceurs au sein d’un écosystème de publicité programmatique.

Dans ce modèle, les médias qui commercialisent des espaces publicitaires n’entretiennent pas de relation directe avec chacun des annonceurs présents sur ces places de marché automatisées. « Malgré les mécanismes de contrôle mis en œuvre par les plateformes publicitaires et les éditeurs, certaines campagnes trompeuses peuvent exceptionnellement être diffusées avant d’être détectées puis retirées », indique Christophe Chantraine, responsable des plateformes digitales de la RTBF.

En ce qui concerne les publicités renvoyant vers la page « Coolizi » depuis RTBF Actus, M. Chantraine indique qu’elles « ont été signalées et retirées des plateformes concernées ».

Que faire si j’ai été victime de la fraude ?

Si vous avez été victime d’une de ces arnaques au climatiseur, vous pouvez contester la transaction que vous avez effectuée via le site « Ma Carte ».

Il s’agit de la possibilité de faire appel au « chargeback » ou à la rétrofacturation. Si vous avez acheté quelque chose en ligne avec Visa et que le produit a été livré en mauvais état, ne correspondait pas à ce que vous aviez acheté ou n’a pas été livré, et que le commerçant ne vous offre pas de solution, vous pourriez récupérer votre argent.

Vous devez introduire votre contestation de paiement, généralement dans un délai de 30 à 90 jours suivant la transaction ou la date de livraison prévue.

Si vous avez utilisé la plateforme Paypal, vous pouvez ouvrir un litige.

Vous pouvez aussi signaler la fraude via la plateforme « Consumer Connect » du SPF Finances.