
La retranscription d’un échange entre un journaliste et Donald Trump au sujet de la position du président des États-Unis sur l’Union européenne circule sur Facebook. Dans ce texte, M. Trump explique la raison pour laquelle il « déteste l’UE » et pourquoi il lui impose des droits de douane supplémentaires. Son mécontentement viendrait de contraintes imposées par l’Europe dans le cadre d’un projet d’investissement autour du golf qu’il possède à Doonberg, en Irlande. La première partie de la conversation reprend des éléments échangés lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche à l’occasion de la réception du Premier ministre irlandais Micheál Martin. La suite de l’échange avec le journaliste n’a cependant pas eu lieu et a été inventée.
« Ce type est vraiment cinglé !!! Trump conclut sa conférence de presse par une promotion pour son entreprise et explique pourquoi il déteste l’UE ». C’est avec ces mots que commence une publication sur Facebook partagée plus de 2400 fois depuis sa mise en ligne le 15 mars 2025.
La suite du texte reprend une conversation entre Donald Trump et un journaliste et commence par les mots suivants :
« TRUMP : J’ai une propriété, une grande propriété en Irlande. C’est l’un des hôtels les mieux notés d’Europe. C’est magnifique. Doonbeg. C’est un magnifique domaine de 240 hectares au bord de l’océan, et tout le monde le sait… l’UE a dû l’approuver… ce fut une très mauvaise expérience.
JOURNALISTE : Monsieur, juste pour que les choses soient claires, vous expliquez votre haine de l’Union européenne… parce qu’ils vous ont obligé à respecter les lois de zonage pour votre terrain de golf ? ».
La suite de la conversation est axée autour du ressentiment du président des États-Unis vis-à-vis de l’Union européenne à laquelle il impose des droits de douane complémentaires pour une question de « vengeance personnelle » suite à des délais supplémentaires imposés par l’UE dans son projet d’agrandissement du golf qu’il possède à Doonbeg en Irlande.
Une rencontre bien réelle entre Trump et le Premier ministre irlandais à la Maison Blanche
La photo d’illustration de la publication sur Facebook reprend un visuel de la chaîne Fox News. Une capture d’écran de la chaîne états-unienne dans laquelle on peut lire en anglais : « Trump répond aux questions pendant son entretien avec le Premier ministre irlandais ».
En effet, le président Donald Trump a bien rencontré le Premier ministre irlandais Micheál Martin dans le Bureau ovale le 12 mars 2025. Plusieurs médias ont couvert la rencontre ainsi que la séance de questions-réponses qui a suivi, notamment PBS NewsHour.
Sur Youtube, une vidéo intégrale de la rencontre qui a eu lieu quelques jours avant la journée de la Saint Patrick a été mise en ligne par Fox. Le cadre de l’image, le contexte et la cravate de M. Trump correspondent au visuel utilisé sur Facebook. L’outil « transcription » permet d’avoir une version texte de l’échange et d’y faire des recherches sur des termes utilisés en anglais.
À 45’03 » de la vidéo retranscrite intégralement par le site rev.com, Donald Trump évoque bien sa propriété de Doonbeg située au sud ouest de l’Irlande, et un projet d’extension de celle-ci qui aurait été approuvée par l’Irlande mais qui aurait dû être également approuvée par l’Union européenne. Cette contrainte aurait entraîné un délai supplémentaire évalué à sept ans par l’actuel président des États-Unis. Il ajoute ensuite avoir « abandonné le projet » et expliqué qu’il s’agissait pour lui d’une « mauvaise expérience » avec l’UE.
Le premier paragraphe du texte diffusé sur Facebook n’est pas totalement la reprise littérale des propos de Donald Trump mais un résumé qui en reflète le contenu assez fidèlement. Des propos repris par exemple par le Irish Star, un média irlandais.
Aucune mention des « meilleurs œufs » de Doonbeg
Par ailleurs, la transcription complète permet bien de retrouver le terme « eggs » (œufs en français), à deux reprises. Mais il n’y a aucune occurrence qui permet de retrouver les dernières phrases de ce texte où il est question des « beaux œufs », des « meilleurs œufs » de Doonbeg :
« JOURNALISTE : Alors, quand les Américains demandent pourquoi leurs prix augmentent, devraient-ils simplement blâmer votre mauvaise expérience avec l’UE ?
TRUMP : Les prix n’augmentent pas. Fake news. Les œufs ? Jamais moins chers.
JOURNALISTE : Monsieur, les œufs coûtent littéralement 10 $.
TRUMP : Eh bien, peut-être dans l’Amérique de Biden. Mais à Doonbeg ? De beaux œufs. Les meilleurs œufs. Et ils me respectent là-bas. Contrairement à l’UE. Question suivante ! »
La suite, un texte inventé en anglais traduit en français et enfin publié sur Facebook
La suite de l’échange tel que retranscrit dans la publication sur Facebook est par contre introuvable en faisant des recherches en ligne en français.
En recherchant des éléments du texte en anglais, nous avons cependant retrouvé la trace de ce même échange sur le réseau social X.
En réponse à un tweet mettant en évidence un des moments de la conférence de presse et le début de l’intervention de Trump qui évoque son golf à Doonbeg devant la presse, un compte a publié le « reste de la conversation » le 12 mars 2025. Il s’agit du même texte que celui publié sur Facebook mais en anglais. Cette publication a fait 260.000 vues.
Il s’agit d’un texte publié par « Last Day With You », un compte tenu par un écrivain ouvertement hostile à la politique menée par Donald Trump et adepte de la publication de conversations imaginaires et satiriques inspirées d’extraits vidéo de politiciens.
La publication en français a récupéré le contenu de ce tweet en anglais, l’a traduit et l’a ensuite publié sur Facebook en y ajoutant une capture d’écran de la vidéo diffusée dans le tweet en anglais avec l’intervention originale de M. Trump.
Un texte satirique repris littéralement
L’échange repris et partagé par des utilisateurs francophones sur Facebook est donc une traduction d’une publication satirique publiée sur X, suite à la visite du Premier ministre irlandais à la Maison Blanche.
Si dans l’interview originale, Donald Trump émet bien des critiques sur l’Union européenne qui lui imposerait trop de contraintes concernant le projet d’extension de son golf à Doonbeg, la suite de la conversation n’est pas factuelle.