Des utilisateurs du réseau social X et une eurodéputée française indiquent que les bouteilles d’eau ne pourront plus être vendues par paquets avec emballage plastique à partir du mois d’août. Selon eux, un nouveau texte imposé par l’Union européenne contraindrait les supermarchés à vendre les bouteilles en plastique à la pièce. Un règlement européen prévoit effectivement de réduire les emballages à usage unique. Cependant, il n’est pas encore certain que les films plastiques actuellement utilisés disparaissent. Si c’était le cas, cette partie du règlement ne s’appliquerait de toute façon pas avant 2030.
« Les packs d’eau groupés seront interdits par l’UE à partir du 12 août 2026. Vous devrez donc prendre vos bouteilles d’eau 1 par 1 au supermarché. C’est sûr qu’avec ça on va régler le problème de la canicule. Le texte de référence est le PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation – UE 2025/40) », indique un utilisateur sur le réseau social X.
Publié le 2 juillet 2026 par un compte définit comme « parodique », la publication de « KimJongUnique » a fait plus de 600.000 vues et a été partagée plus de 2000 fois depuis sa mise en ligne.

© Capture d’écran X / RTBF / Capture d’écran issue du réseau social X. La croix rouge a été ajoutée par la RTBF.
L’eurodéputée française Virginie Joron (Rassemblement National – Patriotes pour l’Europe) a également publié sur ses comptes Facebook et Instagram un texte qui indique que les packs d’eau allaient disparaître dans un peu plus d’un mois, en dénonçant une décision de l’Union européenne. La même publication, sur X cette fois, a accumulé plus de 195.000 « impressions » depuis sa mise en ligne le 1er juillet 2026.
« Canicule et besoin d’eau ? L’UE a encore fait fort ! Bruxelles va vous obliger à porter vos bouteilles d’eau une par une ? ! Le règlement PPWR entre en vigueur le 12 août 2026. Un des objectifs à terme : réduire les emballages groupés. Résultat concret : adieu les packs d’eau avec poignée, bonjour les bouteilles à transporter séparément. https://www.secoloditalia.it/…/lultima-genialata…/… Pour votre mal de dos, envoyez la facture de votre kiné à ceux qui ont voté pour ».

© Capture d’écran X / RTBF / Capture d’écran issue du réseau social X. La croix rouge a été ajoutée par la RTBF.
Le message de Mme Joron renvoie vers un article (version archivée ; version traduite automatiquement en français ici) du média italien « Secolo d’Italia », soutenu par l’extrême droite italienne, et titré : « La dernière idée « verte » de Bruxelles : adieu les packs d’eau, les bouteilles s’achèteront à l’unité ».
L’application d’une directive qui prend effet en 2030
Les différentes publications font référence au « PPWR ». Il s’agit de la « Packaging and Packaging Waste Regulation », soit le « Règlement relatif aux emballages et aux déchets d’emballages ».
Ce règlement 2025/40 est un acte législatif contraignant adopté par l’Union européenne qui vise à « réduire au minimum les quantités d’emballages et de déchets générés tout en réduisant l’utilisation de matières premières primaires et en favorisant la transition vers une économie circulaire, durable et compétitive ». Il vise aussi a lutter contre les PFAS, ces polluants éternels présents dans certains emballages.
Le règlement européen s’inscrit également dans le cadre d’un accord entre les États membres pour fixer un objectif de réduction de 5% d’ici à 2030 par rapport à 2018 du volume total de déchets d’emballages dans l’UE, puis de 10% en 2035 et 15% d’ici à 2040. Cet accord prévoit globalement (dans l’article 5 du texte) que tous les emballages dans l’UE devront être recyclables à partir de 2030 et effectivement recyclés « à échelle » d’ici à 2035, « de façon à encourager l’essor d’une économie circulaire ».
Le règlement européen prévoit aussi différentes catégories afin de classer les déchets en fonction de leur recyclabilité :
- A (recyclabilité supérieure ou égale à 95%)
- B (supérieure à 80%)
- C (supérieure ou égale à 70%)
« Les emballages d’une classe inférieure à la classe C devraient être considérés comme techniquement non recyclables et la mise sur le marché de ces emballages devrait être soumise à des restrictions », précise le texte.
Qu’en est-il des emballages en plastique des packs de bouteilles ?
Le film plastique souple, résistant et transparent qui maintient les bouteilles d’eau ou de soda en « pack » s’appelle un film de fardelage (ou film thermorétractable). Le plastique utilisé pour fabriquer ces films est composé de Polyéthylène Basse Densité et est dénommé généralement par ses initiales : PEBD.
Ce PEBD est actuellement utilisé par les industriels, essentiellement pour trois raisons :
- **Pratique** : lors de l’emballage en usine, le film plastique est enroulé lâchement autour des bouteilles, puis le pack passe dans un tunnel chauffant. Sous l’effet de la chaleur, le plastique se rétracte (il rétrécit) de façon uniforme pour épouser et serrer fermement les bouteilles entre elles. Ce phénomène est appelé thermorétractabilité.
- **Flexibilité et résistance** : le PEBD possède une structure moléculaire ramifiée (ses chaînes de polymères ont beaucoup de ramifications, contrairement au PEHD rigide des bouteilles de lait). Cela lui donne sa souplesse, sa capacité à s’étirer sans se déchirer facilement, et une excellente résistance aux chocs durant le transport.
- **Transparence** : cela permet aux consommateurs de voir la marque et le produit à travers l’emballage.
Contrairement aux films fins de l’industrie agroalimentaire qui intègrent souvent des barrières dites « complexes » (comme du polyamide), le film de fardelage des packs d’eau est historiquement un plastique 100% pur PEBD. Par ailleurs, le PEBD est recyclable, mais son processus de recyclage est plus complexe que ceux du PET ou du PEHD. Accepté par exemple dans les sacs bleus de Bruxelles-Propreté, il est parfois refusé par d’autres programmes de collecte sélective.
Que dit précisément le règlement européen au sujet de ces emballages ?
Le règlement européen 2025/40 vise la disparition, à terme, des emballages à usage unique. L’annexe V de ce PPWR prévoit spécifiquement le cas des « Emballages groupés en plastique à usage unique ». Leur usage en est restreint s’ils sont « utilisés au point de vente » et « conçus comme des emballages pratiques permettant aux consommateurs d’acheter plusieurs exemplaires du produit ou les encourageant à le faire. » Concrètement, une grande surface ne pourra plus utiliser ce type de films pour rassembler plusieurs produits, afin d’en faire une promotion spécifique, par exemple.
« Les emballages groupés nécessaires pour faciliter la manipulation », comme ceux utilisés pour assembler des bouteilles et en faire packs d’eau, sont « exclus » de ces restrictions.
L’industrie du packaging se pose actuellement la question de l’interprétation de cette annexe V : un pack de six bouteilles d’eau maintenu par un film plastique est-il jugé comme « nécessaire pour faciliter manipulation » ?
Des acteurs industriels font valoir des arguments techniques contre cette éventuelle interdiction et une interprétation restrictive qui les contraindraient à se tourner vers d’autres solutions comme le carton, par exemple. Ils jugent que son utilisation pour faire des paquets de bouteilles serait moins pertinente pour des raisons d’hygiène ou de transfert d’odeurs avec le carton humide. Par ailleurs, ils estiment que l’interdiction de ces films de fardage serait contre-productive puisqu’elle pousserait à utiliser des matériaux jugés moins vertueux.
Pourtant, le sort définitif de cette partie de l’annexe V qui concerne ces films de fardelage pour le transport vers les magasins n’est pas à 100% figé d’ici 2030. La Commission européenne a publié un document d’orientation et une FAQ (Foire Aux Questions) afin de donner des précisions sur l’application du règlement et de son Annexe V. Elle y indique notamment qu’elle fournira des lignes directrices d’ici le mois de février 2027 concernant les questions liées à l’interprétation du texte sur l’utilisation de ces films plastiques pour le transport des packs de boissons et leur manipulation.
Pas de suppression des packs en 2026, mais des changements prévus d’ici à 2030
Concernant les délais d’application, le PPWR n’est pas un texte qui rentre entièrement en vigueur à une date unique. Le règlement intègre un calendrier échelonné, où chaque catégorie de mesure a sa propre date d’application inscrite explicitement dans l’article correspondant.
La date du 12 août 2026 mentionnée dans les publications analysées correspond à la date d’application générale du règlement. La mise en application officielle du règlement a eu lieu le 11 février 2025, et elle sera mise en œuvre dans tous les pays membres à partir de ce 12 août 2026. Cela concerne notamment les limites concernant les matériaux qui contiennent des PFAS. Ce qui devient réellement illégal à partir de cette date, ce sont les emballages alimentaires contenant des PFAS au-dessus des seuils fixés.
L’article 25 du PPWR, fixe cependant une date différente et volontairement plus tardive concernant l’utilisation de certains emballages mentionnés dans l’annexe V, comme les films de fardelage : le 1er janvier 2030.
D’autres changements prévus par le PPWR impacteront également les packs d’eau, tels qu’ils sont commercialisés actuellement, à cette échéance. Il s’agit cependant d’éléments invisibles à l’œil nu :
- Pour l’éventuel film plastique qui pourra encore entourer les bouteilles pour le transport : d’ici 2030, la loi imposera qu’il contienne au moins 35% de PEBD recyclé (rPEBD).
- Pour les bouteilles en plastique PET : ces bouteilles devront intégrer au moins 30% de PET recyclé (rPET) en 2030, puis 65% en 2040.
Par ailleurs, des alternatives comme les bacs de plastique solides avec des bouteilles consignées en plastique réutilisables ou en verre sont possibles dans le cas où ces plastiques seraient totalement proscrits. C’est d’ailleurs un système de « consigne » qui doit être mis en place à terme par les États membres, selon le règlement PPWR.