Environnement

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09 Juil: Les voitures rejettent-elles plus de chaleur que les climatiseurs, comme l’affirme François Gemenne ?

Les voitures rejettent-elles plus de chaleur que les climatiseurs, comme l’affirme François Gemenne ?

Le climatologue François Gemenne a affirmé sur la chaîne de télévision française LCI que la circulation automobile génère davantage de chaleur que les systèmes de climatisation. Si les flux routiers s’avèrent effectivement plus émetteurs, la réalité est à nuancer selon le type de voiture, l’urbanisme et le nombre de climatiseurs en service.

© Getty Images et JOEL SAGET / AFP

© Getty Images et JOEL SAGET / AFP

© Getty Images et JOEL SAGET / AFP / Montage RTBF (François Gemenne, à gauche et voiture garée devant une climatisation en Argentine, à droite)

À peine retombée la plus intense vague de chaleur jamais enregistrée en Europe occidentale, les débats télévisés s’enflammaient encore ce dimanche 28 juin 2026 autour des conséquences d’un phénomène appelé, de toute évidence, à se répéter.

Ce fut notamment le cas sur la chaîne française LCI qui a organisé une discussion autour de cette question : « La canicule s’achève, le pire à venir à l’hôpital ? ». Sur le plateau, le spécialiste de la gouvernance du climat et des migrations, François Gemenne, a répondu en dénonçant notamment « le débat absurde sur la climatisation ».

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

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Selon le directeur de l’Observatoire Hugo à l’université de Liège, « sur les rejets de chaleur locaux, les voitures rejettent plus de chaleur que les climatiseurs ». Avant de poursuivre que si la climatisation a de « petits impacts sur l’environnement », elle a « d’énormes bénéfices sur la santé publique ».

L’affirmation du climatologue François Gemenne selon laquelle les voitures – en prenant en compte leur emplacement, leur carrosserie ou leur moteur – dégagent plus de chaleur que la climatisation est-elle exacte ?

Chaleur émise par les voitures à l’arrêt

Pour vérifier cette affirmation, il faut d’abord analyser l’empreinte thermique des véhicules. Sollicité par la RTBF, François Gemenne indique que ses conclusions concernant la chaleur émise par les voitures reposent notamment sur les données d’une étude mexicaine parue en 2022.

Les chercheurs ont modélisé différentes configurations de « canyons urbains » orientés nord-sud ou est-ouest, afin de mesurer la hausse des températures sur les façades liée au nombre de véhicules (0, 10 ou 20) immobilisés à un feu rouge. Les résultats montrent que l’orientation des rues et le vent jouent un rôle déterminant.

Ainsi, dans une rue est-ouest (ombragée toute la journée) et sans vent, l’arrêt des voitures fait grimper le thermomètre d’environ 1 °C (passant de 32 à 33 °C). En revanche, le phénomène s’emballe dans une rue nord-sud, beaucoup plus ensoleillée : à l’abri du vent, la présence des véhicules y fait bondir la température de 3,5 °C (de 38 à 41,5 °C), marquant un impact bien plus sévère.

Suivant ces conclusions, François Gemenne confirme que son « raisonnement est de dire que globalement, dans une ville comme Paris, qui est une ville très dense, peu climatisée mais très embouteillée, les rejets de chaleur engendrés par les véhicules sont très clairement supérieurs aux rejets de chaleur engendrés par les climatiseurs ». Avant d’ajouter que « c’est pareil pour Bruxelles, qui est également une ville très embouteillée et peu climatisée ».

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Le climatologue nuance toutefois en précisant que cette étude est une modélisation sur l’impact sur une façade des rejets de chaleur des voitures immobilisées à un feu rouge sur pendant une période donnée et donc une version mathématique du terrain qui n’est jamais une réplique parfaite de la réalité.

L’urbaniste Clément Gaillard, spécialisé dans l’adaptation au changement climatique, abonde en ce sens. Cette étude mexicaine comporte des limites puisqu’elle porte sur une échelle « micro », qui varie d’une ville à l’autre, ou d’un quartier à l’autre, selon sa configuration. Autrement dit, outre l’orientation de la rue, la chaleur émise par les voitures « va beaucoup dépendre [sa] largeur : plus une rue est étroite plus ça va poser problème », précise l’expert.

 

Noire ou blanche

La configuration urbaine n’est pas la seule variable qui joue sur le niveau de chaleur émise par les voitures, toujours à l’arrêt. En effet, leurs couleurs et leurs matériaux sont des facteurs déterminants dans ces niveaux de chaleur.

Ainsi, une étude portugaise citée par François Gemenne, menée à Lisbonne, a montré que les véhicules noirs provoquaient une surchauffe très localisée, à quelques dizaines de centimètres du véhicule. Selon ces chercheurs, cette couleur a un niveau d’émissivité de 0,95 (soit la capacité d’un corps ou d’une surface à absorber et à émettre l’énergie rayonnée, comprise entre 0 (réflecteur parfait, donc aucun rayonnement propre) et 1 (émetteur et absorbeur parfait). À l’inverse, les voitures blanches ont un niveau d’émissivité de 0,85 et les voitures argentées de 0,80. Et donc, plus la carrosserie est de couleur claire, moins elle émet de chaleur.

En plus de la couleur, les matériaux qui constituent les voitures dégagent plus ou moins de chaleur. Ainsi, l’acier qui constitue la plus grande partie de la carrosserie a une conductivité thermique comprise 14,6 et 16 watts par mètre kelvin (W/m-K). Mais c’est surtout l’aluminium, deuxième matériau d’une carrosserie présent sur le capot ou le coffre, qui dégage le plus de chaleur avec une conductivité thermique comprise entre 225 et 235 W/m-K, selon cette étude. En résumé, les matériaux d’une voiture, à commencer par l’acier et l’aluminium renvoient énormément de chaleur du soleil préalablement absorbée.

Tableau 1. Propriétés radiatives et thermiques des peintures automobiles, des matériaux de construction automobile et de l’asphalte. Les pourcentages indiqués après les couleurs représentent leur proportion dans le parc automobile européen.
Catégorie Type / Matériau Albédo (α) / Densité (kg/m³) Émissivité (ε) / Capacité thermique (J/kg·K) Conductivité thermique (k) (W/m·K)
Peinture automobile Blanc (17,4 %) 0,75 – 0,85 0,85
Noir (19,9 %) 0,05 – 0,10 0,95
Argent (7,5 %) 0,50 – 0,60 0,80
Gris (24,0 %) 0,30 – 0,45 0,85
Bleu (16,9 %) 0,25 – 0,40 0,85
Asphalte Propriétés radiatives ~0,05 – 0,20 0,90 – 0,95
Matériel Acier 7500 468 – 502 14.6 – 16
Plastiques 1000 1250 0,1 – 0,5
Aluminium 2700 887 – 921 225 – 235
Caoutchouc 1000 1966 – 2005 0,08
Verre 2500 792 0,8 – 1
Asphalte 2500 ~920 0,7 – 1,0

Sources : M. Matias, G. Mills, T. Silva, C. Girotti, A. Lopes

Thermiques vs électriques

Si la couleur, les matériaux et l’orientation de la rue au feu rouge comptent, le type de moteur reste le facteur déterminant dans les émissions de chaleur du véhicule une fois le contact mis. C’est ce qu’indique François Gemenne lors de l’échange avec notre rédaction : « Il est certain que les voitures électriques ne rejettent pas de chaleur, comme les voitures qui ont un moteur à combustion ».

Une étude de 2014 publiée dans Nature concluait déjà que l’adoption des véhicules électriques présente un potentiel majeur pour l’atténuation des îlots de chaleur urbains grâce à des rejets thermiques inférieurs à ceux des véhicules non électriques. Ces chercheurs prenaient l’exemple de la ville de Pékin où les véhicules électriques ne généraient alors que 19,8% de la charge thermique des véhicules non électriques.

Selon eux, si tous les véhicules de Pékin étaient remplacés par des véhicules électriques, la ville serait environ 1 °C plus fraîche en été.

Une voiture [thermique] c’est essentiellement une machine à faire de l’air chaud

Clément Gaillard, urbaniste

Plus d’une décennie plus tard, le constat est le même. Selon l’étude portugaise citée ci-dessus qui date de 2025, les gaz d’une voiture thermique sont expulsés à une température d’environ 400 °C et la température de fonctionnement du moteur est d’environ 95 °C.

Clément Gaillard explique ainsi qu’en ce qui concerne les véhicules thermiques, « il n’y a que 20% de l’énergie produite qui se transforme en énergie pour faire avancer la voiture. Le reste, 80%, c’est de la chaleur. Une voiture [thermique] c’est essentiellement une machine à faire de l’air chaud ». À l’inverse, poursuit l’urbaniste, « le rendement d’un moteur électrique est proche de 100%. Il est presque parfait. »

Ainsi, plus le parc automobile d’une ville sera électrifié, moins la chaleur émise par les véhicules sera importante. C’est d’ailleurs ce que pointe François Gemenne lors de son échange avec notre rédaction : « on peut faire l’hypothèse par exemple que, à Bruxelles, les rejets de chaleur des voitures seraient un peu moins importants parce que le parc automobile belge est davantage électrique que le parc automobile français. »

En effet, selon les données de Ecoscore.be, transmises par l’administration bruxelloise, les véhicules électriques représentent 5,3% du parc automobile de Bruxelles. Tandis qu’à Paris, cette part avoisine les 4%.

Le bitume bout

Voitures électriques ou thermiques, une fois en mouvement elles convertissent de la même manière l’énergie cinétique en chaleur et leurs pneus frottent tout autant sur le bitume, créant aussi de la chaleur.

L’infographie ci-dessous détaille les différents effets d’absorption ou de réflexion de la chaleur par les voitures.

Impact des véhicules sur les environnements urbains (d’après Chapman & Thornes et Prusa et al.) © RTBF

Par ailleurs, peu importe le type de motorisation, une voiture a besoin d’équipements urbains pour rouler, à commencer par de vastes étendues d’asphalte chauffées par le soleil. Indispensables, ces voiries ont un impact clef sur les températures en ville. Selon l’étude portugaise citée ci-dessus, l’asphalte a un niveau d’émissivité élevé, de l’ordre de 0,90-0,95. Et donc aussi important qu’une voiture avec une carrosserie noire.

Toutefois, il semble difficilement imaginable aujourd’hui de supprimer les routes dans une ville, estime Clément Gaillard. Car « si elles servent effectivement à faire rouler des voitures, elles servent aussi aux camions qui nous livrent pour qu’on puisse manger, aux véhicules de secours quand on ne va pas bien, ou ceux de la police quand on a un problème… ». Avant d’ajouter que si c’est uniquement pour ces usages de première nécessité, alors ces voiries sont peut-être surdimensionnées : « on n’a pas besoin d’avoir des quatre voies ou des trois voies dans les rues pour cela ».

Comment adapter nos villes au changement climatique ? Testez par vous-même

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Outre la réduction de la surface bitumée en ville, il existe d’autres solutions pour réduire la chaleur rejetée par ces voiries exclusivement dédiées au passage des véhicules, comme la végétalisation des rues, la mise en place de points d’eau ou le développement de mobilité douce.

Chaleur des climatiseurs

Une fois l’émission de chaleur des véhicules décrite et expliquée, il convient de s’intéresser à la seconde partie de l’affirmation de François Gemenne qui la compare avec celle des climatiseurs. La première étant plus importante que la seconde, selon lui.

Aujourd’hui, la littérature académique est unanime : si les climatiseurs rafraîchissent bien les intérieurs, il est indéniable qu’ils réchauffent les rues, entre + 0,5 °C et + 2,3 °C selon les études.

C’est donc moins que la chaleur émise par les voitures, en prenant par exemple, l’étude mexicaine citée ci-dessus qui calculait une hausse de la température entre 1 °C et 3,5 °C selon l’orientation de la rue. Toutefois, les méthodologies de calcul diffèrent. Deux études reposant sur des méthodologies différentes ne permettent pas d’aboutir à une conclusion rigoureuse.

Pour aller plus loin, il convient de regarder quelles sont les projections du nombre de climatiseurs installés à l’avenir et l’endroit où ils sont disposés.

Climatiseurs et cheminées

Une étude française de 2020 a modélisé les conséquences d’une généralisation de la climatisation à l’horizon 2100. Selon ces auteurs, en cas de canicule extrême comparable à celle de 2003, la chaleur rejetée par les appareils entraînerait une hausse moyenne de la température extérieure supérieure à 0,25 °C sur l’ensemble de l’agglomération parisienne, avec des pointes nocturnes pouvant atteindre + 2,4 °C dans les secteurs les plus densément bâtis situés hors de la capitale française intra-muros.

Citer [notre étude] comme référence des ordres de grandeur parisiens, c’est donc citer un plancher, pas un plafond

Vincent Viguié, économiste

Sauf que pour l’un de ces coauteurs, Vincent Viguié, « la méthodologie employée [dans cette étude] sous-estime l’augmentation des températures, la résolution spatiale du modèle lissant les effets locaux les plus intenses ». Le chercheur estime que « citer [notre étude] comme référence des ordres de grandeur parisiens, c’est donc citer un plancher, pas un plafond ».

Selon une analyse du Réseau de Transport d’Électricité français, un logement sur deux devrait être équipé d’un climatiseur d’ici 2035, soit deux fois plus qu’aujourd’hui. En Belgique, la trajectoire sera la même : notre pays a connu une hausse de 17% des ventes de climatiseurs durant l’été 2025 par rapport à l’année précédente.

Les installateurs de climatisation dépassés par les demandes

Les installateurs de climatisation dépassés par les demandes

Pour limiter les effets de la chaleur des climatiseurs dans les rues, Clément Gaillard fait une analogie avec les cheminées : « si on a développé tout un savoir-faire pour faire évacuer la fumée [des habitations] vers le haut, c’était une manière de ne pas trop nuire à la ville. »

Une étude publiée en septembre 2025 dans la revue Science arrive au même constat : lorsque les rejets de chaleur sont positionnés au niveau de la toiture, l’air chauffé qui en résulte reste en altitude et se trouve balayé plus vite par le vent, ce qui limite son effet sur le bâtiment lui-même. Ce type d’installation permettrait donc de limiter certains inconvénients associés aux climatiseurs installés en façade.

Clim en hauteur = moins de chaleur

Puisque les véhicules électriques émettent moins de chaleur dans les rues que les thermiques, tout comme les climatiseurs placés en hauteur plutôt qu’en façade, quelle serait la meilleure solution pour diminuer la chaleur en ville : convertir le parc automobile en véhicules électriques, ou déplacer les climatiseurs sur les toits ?

C’est la question que se sont posée des chercheurs basés à Singapour, une ville où 80% des espaces sont climatisés. Dans leur étude, appliquant la même méthodologie aux émissions de chaleur des véhicules et à celles des climatiseurs, ils arrivent à une conclusion simple : placer 25% des climatiseurs sur les toitures permettrait de réduire 2,5 fois plus la température que de remplacer complètement des véhicules thermiques par des véhicules électriques.

Selon eux, si le passage à un parc automobile 100% électrique permettrait de faire baisser la température de l’air de maximum 0,6 °C, le déplacement d’un quart des climatiseurs vers les toits entraînerait une baisse de 1,5 °C.

 

Question d’échelle

Finalement, entre voiture et climatiseur, lequel pèse le plus lourd dans la surchauffe urbaine ? Tout est encore une question d’échelle, pointe l’urbaniste Clément Gaillard : l’étude mexicaine à laquelle fait notamment référence François Gemenne met en évidence un rôle dominant des véhicules thermiques sur certains axes routiers, tandis que celle de Singapour souligne le poids majeur et l’impact positif des systèmes de climatisation installés sur les toitures afin de limiter le réchauffement des rues.

Cette étude singapourienne ne vise pas tant à trancher la question de savoir s’il faut continuer à installer des climatiseurs, leur déploiement restera nécessaire pour des raisons de santé publique, mais plutôt à déterminer comment le faire pour maintenir des températures supportables dans les rues. Sans oublier que la décarbonation du parc automobile demeure, elle aussi, un levier supplémentaire pour réduire la chaleur urbaine.

Selon les données disponibles, et en tenant compte de la réalité actuelle de villes comme Paris ou Bruxelles, il est plutôt exact d’affirmer que les voitures rejettent plus de chaleur que les climatiseurs. Ce constat doit être nuancé selon les modèles de véhicules, la configuration des villes ou le taux d’équipement des ménages en air conditionné.

Non, les packs d’eau ne seront pas interdits à la vente à partir du 12 août 2026 à cause de l’Union européenne - Featured image

08 Juil: Non, les packs d’eau ne seront pas interdits à la vente à partir du 12 août 2026 à cause de l’Union européenne

Non, les packs d’eau ne seront pas interdits à la vente à partir du 12 août 2026 à cause de l’Union européenne

Des utilisateurs du réseau social X et une eurodéputée française indiquent que les bouteilles d’eau ne pourront plus être vendues par paquets avec emballage plastique à partir du mois d’août. Selon eux, un nouveau texte imposé par l’Union européenne contraindrait les supermarchés à vendre les bouteilles en plastique à la pièce. Un règlement européen prévoit effectivement de réduire les emballages à usage unique. Cependant, il n’est pas encore certain que les films plastiques actuellement utilisés disparaissent. Si c’était le cas, cette partie du règlement ne s’appliquerait de toute façon pas avant 2030.

© Getty Images / Image d’illustration représentant des packs d’eau dans un supermarché.

« Les packs d’eau groupés seront interdits par l’UE à partir du 12 août 2026. Vous devrez donc prendre vos bouteilles d’eau 1 par 1 au supermarché. C’est sûr qu’avec ça on va régler le problème de la canicule. Le texte de référence est le PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation – UE 2025/40) », indique un utilisateur sur le réseau social X.

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

Faky, la rubrique de fact-checking de la RTBF

Publié le 2 juillet 2026 par un compte définit comme « parodique », la publication de « KimJongUnique » a fait plus de 600.000 vues et a été partagée plus de 2000 fois depuis sa mise en ligne.

© Capture d’écran X / RTBF / Capture d’écran issue du réseau social X. La croix rouge a été ajoutée par la RTBF.

L’eurodéputée française Virginie Joron (Rassemblement National – Patriotes pour l’Europe) a également publié sur ses comptes Facebook et Instagram un texte qui indique que les packs d’eau allaient disparaître dans un peu plus d’un mois, en dénonçant une décision de l’Union européenne. La même publication, sur X cette fois, a accumulé plus de 195.000 « impressions » depuis sa mise en ligne le 1er juillet 2026.

« Canicule et besoin d’eau ? L’UE a encore fait fort ! Bruxelles va vous obliger à porter vos bouteilles d’eau une par une ? ! Le règlement PPWR entre en vigueur le 12 août 2026. Un des objectifs à terme : réduire les emballages groupés. Résultat concret : adieu les packs d’eau avec poignée, bonjour les bouteilles à transporter séparément. https://www.secoloditalia.it/…/lultima-genialata…/… Pour votre mal de dos, envoyez la facture de votre kiné à ceux qui ont voté pour ».

© Capture d’écran X / RTBF / Capture d’écran issue du réseau social X. La croix rouge a été ajoutée par la RTBF.

Le message de Mme Joron renvoie vers un article (version archivée ; version traduite automatiquement en français ici) du média italien « Secolo d’Italia », soutenu par l’extrême droite italienne, et titré : « La dernière idée « verte » de Bruxelles : adieu les packs d’eau, les bouteilles s’achèteront à l’unité ».

L’application d’une directive qui prend effet en 2030

Les différentes publications font référence au « PPWR ». Il s’agit de la « Packaging and Packaging Waste Regulation », soit le « Règlement relatif aux emballages et aux déchets d’emballages ».

Ce règlement 2025/40 est un acte législatif contraignant adopté par l’Union européenne qui vise à « réduire au minimum les quantités d’emballages et de déchets générés tout en réduisant l’utilisation de matières premières primaires et en favorisant la transition vers une économie circulaire, durable et compétitive ». Il vise aussi a lutter contre les PFAS, ces polluants éternels présents dans certains emballages.

Le règlement européen s’inscrit également dans le cadre d’un accord entre les États membres pour fixer un objectif de réduction de 5% d’ici à 2030 par rapport à 2018 du volume total de déchets d’emballages dans l’UE, puis de 10% en 2035 et 15% d’ici à 2040. Cet accord prévoit globalement (dans l’article 5 du texte) que tous les emballages dans l’UE devront être recyclables à partir de 2030 et effectivement recyclés « à échelle » d’ici à 2035, « de façon à encourager l’essor d’une économie circulaire ».

Le règlement européen prévoit aussi différentes catégories afin de classer les déchets en fonction de leur recyclabilité :

  • A (recyclabilité supérieure ou égale à 95%)
  • B (supérieure à 80%)
  • C (supérieure ou égale à 70%)

« Les emballages d’une classe inférieure à la classe C devraient être considérés comme techniquement non recyclables et la mise sur le marché de ces emballages devrait être soumise à des restrictions », précise le texte.

Qu’en est-il des emballages en plastique des packs de bouteilles ?

Le film plastique souple, résistant et transparent qui maintient les bouteilles d’eau ou de soda en « pack » s’appelle un film de fardelage (ou film thermorétractable). Le plastique utilisé pour fabriquer ces films est composé de Polyéthylène Basse Densité et est dénommé généralement par ses initiales : PEBD.

Ce PEBD est actuellement utilisé par les industriels, essentiellement pour trois raisons :

  • **Pratique** : lors de l’emballage en usine, le film plastique est enroulé lâchement autour des bouteilles, puis le pack passe dans un tunnel chauffant. Sous l’effet de la chaleur, le plastique se rétracte (il rétrécit) de façon uniforme pour épouser et serrer fermement les bouteilles entre elles. Ce phénomène est appelé thermorétractabilité.
  • **Flexibilité et résistance** : le PEBD possède une structure moléculaire ramifiée (ses chaînes de polymères ont beaucoup de ramifications, contrairement au PEHD rigide des bouteilles de lait). Cela lui donne sa souplesse, sa capacité à s’étirer sans se déchirer facilement, et une excellente résistance aux chocs durant le transport.
  • **Transparence** : cela permet aux consommateurs de voir la marque et le produit à travers l’emballage.

Contrairement aux films fins de l’industrie agroalimentaire qui intègrent souvent des barrières dites « complexes » (comme du polyamide), le film de fardelage des packs d’eau est historiquement un plastique 100% pur PEBD. Par ailleurs, le PEBD est recyclable, mais son processus de recyclage est plus complexe que ceux du PET ou du PEHD. Accepté par exemple dans les sacs bleus de Bruxelles-Propreté, il est parfois refusé par d’autres programmes de collecte sélective.

Que dit précisément le règlement européen au sujet de ces emballages ?

Le règlement européen 2025/40 vise la disparition, à terme, des emballages à usage unique. L’annexe V de ce PPWR prévoit spécifiquement le cas des « Emballages groupés en plastique à usage unique ». Leur usage en est restreint s’ils sont « utilisés au point de vente » et « conçus comme des emballages pratiques permettant aux consommateurs d’acheter plusieurs exemplaires du produit ou les encourageant à le faire. » Concrètement, une grande surface ne pourra plus utiliser ce type de films pour rassembler plusieurs produits, afin d’en faire une promotion spécifique, par exemple.

« Les emballages groupés nécessaires pour faciliter la manipulation », comme ceux utilisés pour assembler des bouteilles et en faire packs d’eau, sont « exclus » de ces restrictions.

L’industrie du packaging se pose actuellement la question de l’interprétation de cette annexe V : un pack de six bouteilles d’eau maintenu par un film plastique est-il jugé comme « nécessaire pour faciliter manipulation » ?

Des acteurs industriels font valoir des arguments techniques contre cette éventuelle interdiction et une interprétation restrictive qui les contraindraient à se tourner vers d’autres solutions comme le carton, par exemple. Ils jugent que son utilisation pour faire des paquets de bouteilles serait moins pertinente pour des raisons d’hygiène ou de transfert d’odeurs avec le carton humide. Par ailleurs, ils estiment que l’interdiction de ces films de fardage serait contre-productive puisqu’elle pousserait à utiliser des matériaux jugés moins vertueux.

Pourtant, le sort définitif de cette partie de l’annexe V qui concerne ces films de fardelage pour le transport vers les magasins n’est pas à 100% figé d’ici 2030. La Commission européenne a publié un document d’orientation et une FAQ (Foire Aux Questions) afin de donner des précisions sur l’application du règlement et de son Annexe V. Elle y indique notamment qu’elle fournira des lignes directrices d’ici le mois de février 2027 concernant les questions liées à l’interprétation du texte sur l’utilisation de ces films plastiques pour le transport des packs de boissons et leur manipulation.

Pas de suppression des packs en 2026, mais des changements prévus d’ici à 2030

Concernant les délais d’application, le PPWR n’est pas un texte qui rentre entièrement en vigueur à une date unique. Le règlement intègre un calendrier échelonné, où chaque catégorie de mesure a sa propre date d’application inscrite explicitement dans l’article correspondant.

La date du 12 août 2026 mentionnée dans les publications analysées correspond à la date d’application générale du règlement. La mise en application officielle du règlement a eu lieu le 11 février 2025, et elle sera mise en œuvre dans tous les pays membres à partir de ce 12 août 2026. Cela concerne notamment les limites concernant les matériaux qui contiennent des PFAS. Ce qui devient réellement illégal à partir de cette date, ce sont les emballages alimentaires contenant des PFAS au-dessus des seuils fixés.

L’article 25 du PPWR, fixe cependant une date différente et volontairement plus tardive concernant l’utilisation de certains emballages mentionnés dans l’annexe V, comme les films de fardelage : le 1er janvier 2030.

D’autres changements prévus par le PPWR impacteront également les packs d’eau, tels qu’ils sont commercialisés actuellement, à cette échéance. Il s’agit cependant d’éléments invisibles à l’œil nu :

  • Pour l’éventuel film plastique qui pourra encore entourer les bouteilles pour le transport : d’ici 2030, la loi imposera qu’il contienne au moins 35% de PEBD recyclé (rPEBD).
  • Pour les bouteilles en plastique PET : ces bouteilles devront intégrer au moins 30% de PET recyclé (rPET) en 2030, puis 65% en 2040.

Par ailleurs, des alternatives comme les bacs de plastique solides avec des bouteilles consignées en plastique réutilisables ou en verre sont possibles dans le cas où ces plastiques seraient totalement proscrits. C’est d’ailleurs un système de « consigne » qui doit être mis en place à terme par les États membres, selon le règlement PPWR.

 

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Les températures caniculaires sur une grande partie de la France mi-juin 2025 ont été accompagnées d’un regain de publications virales dénonçant une supposée « manipulation médiatique » autour du réchauffement climatique (archive). De nombreux et internautes et certaines personnalités accusent les chaînes de télévision d’exagérer la situation à l’aide des cartes diffusées dans leurs bulletins météo quotidiens, en les faisant soi-disant apparaître beaucoup « plus rouges » qu’il y a quelques années pour de mêmes niveaux de températures (1, 2, 3).

Attention à cette étude climatosceptique présentée comme rédigée par l'IA Grok - Featured image

15 Avr: Attention à cette étude climatosceptique présentée comme rédigée par l’IA Grok

« Pour la première fois, des chercheurs ont utilisé une IA, Grok, pour mener une étude scientifique validé par les pairs et publié (sic) dans la prestigieuse revue ‘Science of Climate Change' », affirme un utilisateur de X le 27 mars 2025, dans un post partagé plus de 600 fois. La « logique » et la « capacité d’analyse » des IA « vont contredire de plus en plus la propagande diffusée par l’empire du mensonge », assure son auteur, visant le consensus scientifique sur la responsabilité des activités humaines dans les émissions de CO2 et le réchauffement actuel de la planète, dûment documentés.

La montée en surface du poisson-ruban ne présage ni séismes ni tsunamis - Featured image

10 Mar: La montée en surface du poisson-ruban ne présage ni séismes ni tsunamis

« Ce poisson vient en direct d’annoncer une catastrophe naturelle imminente, mais tout le monde rigole. Ce que vous venez de voir, ça s’appelle un ‘régalicidé’, ou plus communément appelé ‘poisson ruban' », peut-on entendre dans une vidéo publiée sur TikTok le 16 février 2025, aimée par un million d’internautes et visionnée plus de 11 millions de fois.

Des épisodes ou records de froid ponctuels ne remettent pas en cause l'existence du réchauffement climatique - Featured image

21 Jan: Des épisodes ou records de froid ponctuels ne remettent pas en cause l’existence du réchauffement climatique

Les scientifiques s’accordent à dire que le climat se réchauffe depuis la période industrielle du fait des émissions de gaz à effet de serre causées par les activités humaines, comme détaillé dans le sixième (et plus récent) rapport du Giec, considéré comme référence mondiale en matières de connaissances sur le climat (lien archivé ici).